Dès jeudi, suivez le Tournoi des Maîtres dans notre environnement multiplex au RDS.ca et sur les ondes de RDS
Si j’ai attiré certains d’entre vous sur cet article à la mention de Tiger Woods, mission accomplie. Pour les autres, je vous présente mes excuses, car pour le bien de tous, il est grand temps de changer de sujet!
Malgré tout, encore une fois cette année, l’ombre de Tiger flottera sur l’Augusta National pour l’amorce du Tournoi des Maîtres. Chaque mois d’avril, les mêmes interrogations surgissent à son sujet. Jouera ou jouera pas? Peut-il réellement compétitionner dans l’espoir de remporter un 6e Veston vert? Est-ce qu’il reste quelque chose dans la « tank » de ce golfeur érodé par le poids des années?
Cette année, ces questions n’ont pas besoin d’être posées.
Après s’être fait arrêter après avoir renversé son SUV dans une rue résidentielle, alors qu’il regardait son cellulaire et qu’il était visiblement en état d’ivresse, Woods a choisi de se retirer de la vie publique pour prendre soin de sa santé. Grand bien lui fasse.
Après des dizaines d’opérations, que ce soit au dos, ou à sa jambe droite gravement endommagé par un autre accident de la route en 2021, c’était un secret de polichinelle que Woods consommait de puissants antidouleurs. Clairement, le temps était venu pour lui de faire les gestes nécessaires pour ajuster ses habitudes de vie.
La carrière sportive de Tiger est carrément exceptionnelle, l’une des plus décorées et dominantes de l’histoire, tous sports confondus. Mais dans sa vie personnelle, Woods a fait un trop grand nombre de frasques pour qu’on lui laisse à nouveau le bénéfice du doute. Ses comportements destructeurs au fil des années, à la fois pour lui-même et son entourage, laissent une tache grandissante sur son héritage.
Il est grand temps pour le golf de regarder ailleurs et de bâtir une nouvelle image qui met de l’avant les talents d’aujourd’hui et de demain.
On pourra continuer de célébrer les accomplissements sportifs de Tiger Woods, mais après cette nouvelle déconvenue, il a prouvé qu’il ne méritait plus d’être le porte-étendard de l’image du sport et d’être la voix des importantes discussions qui sont présentement en cours sur l’avenir du golf professionnel.
Voilà, sujet clos. Enfin.
Concentrons-nous donc sur ce qui se passe sur le terrain cette semaine lors de la 90e présentation du Tournoi des Maîtres sur les allées du Augusta National.
Pour la plupart des amateurs, il s’agit du rendez-vous le plus attendu de l’année. Pour les golfeurs, il s’agit du titre le plus prestigieux et difficile à remporter. Pour nous, Québécois, victimes de l’hiver éternel, le Masters représente l’arrivée non officielle du printemps et nous fait rêver d’aller fouler les allées des terrains près de chez nous quand le beau temps aura l’audace de s’inviter.
L’héritier
Non, il n’a pas la même flamboyance, la même envergure, le même charisme que Tiger, mais Scottie Scheffler a sans aucun doute mériter d’être considéré comme le meilleur joueur depuis Woods.
Le Texan n’attire en rien les passions comme le faisait Tiger jadis, mais au niveau sportif, Scheffler a accédé à un niveau qu’on croyait inatteignable.
À seulement 29 ans, Scheffler trône au sommet du classement mondial depuis 181 semaines consécutives. Il est vainqueur de quatre tournois majeurs, dont deux Masters, il est le médaillé d’or olympique en titre et quatre fois joueur de l’année sur le circuit de la PGA.
Même si l’on doit le considérer comme le grand favori encore une fois cette année, Scheffler n’affiche pas la même superbe qu’à son habitude au cours des derniers mois.
Des ennuis répétés lors des premières rondes l’ont tenu à l’écart du cercle des vainqueurs depuis la fin du mois de janvier. D’ordinaire si stoïque, quasi-robotique, Scottie a montré qu’il était humain après tout, affichant de l’impatience et de la frustration à quelques occasions.
Reste qu’on doit s’attendre à ce que Scheffler soit au sommet de son art pour son retour à Augusta, où il affiche des résultats impressionnants depuis sa première visite en 2020. L’Américain a gagné en 2022, terminé 10e en 2023, remporté le tournoi à nouveau en 2024, avant de prendre la 4e place lors du triomphe de Rory McIlroy l’an dernier. Sa présence au sommet du tableau des meneurs semble presque inévitable.
Le style est certainement différent que celui-dont-on-ne-doit-plus-prononcer-le-nom, mais le niveau est le même. Sa classe, ses qualités humaines, son côté humble et son respect de l’héritage du sport font de lui un digne représentant de l’élite, et ce, pour encore plusieurs années.
Sinon, qui?
Oui, Scottie semble dans une classe à part, mais il y a une foule de prétendants qui peuvent aspirer au Veston vert cette semaine.
À tout seigneur, tout honneur, on se doit de mentionner Rory McIlroy d’emblée. On se souviendra que l’an dernier, le Nord-Irlandais a complété sa quête du grand chelem en ajoutant le seul tournoi majeur qui manquait à sa collection après une victoire en prolongation sur l’Anglais Justin Rose.
Comme tous les champions en titre, McIlroy devra enfiler plusieurs chapeaux au cours de la semaine. Entre les évènements protocolaires, dont la tâche d’être l’hôte du Champions Dinner, qui réunit tous les anciens champions du tournoi, McIlroy en aura beaucoup dans son assiette. Mais une fois qu’il sera lancé dans l’arène, il faut s’attendre à le voir quelque part dans les hauteurs du tableau des meneurs.
Après avoir vaincu ses démons à Augusta, rien n’indique que Rory se limitera à un seul Veston vert au cours de sa carrière. À 36 ans, McIlroy est toujours au sommet de son art et sans la pression de compléter le grand chelem, il sera très dangereux.
Parmi les joueurs qui n’ont jamais remporté de tournoi majeur, il faudra avoir à l’oeil l’Américain Cameron Young, plus récent vainqueur du Championnat des joueurs au TPC Sawgrass. L’impassible cogneur possède une combinaison de puissance et de finesse qui se marie parfaitement au défi que représente l’Augusta National.
Si Young a pu se faufiler vers le titre au Players, il doit remercier Ludvig Aberg, qui s’est écroulé en ronde finale après avoir mené le tournoi d’un bout à l’autre. Le Suédois de 26 ans a prouvé qu’il n’était nullement intimidé par le théâtre du Masters avec une 2e place à sa première visite en 2024, avant une - presque décevante - 7e place l’an dernier. Ce serait fou de penser qu’Aberg ne remportera jamais de tournoi majeur, et si une destination semble lui convenir, c’est bien l’Augusta National.
Il faut également jeter un coup d’oeil dans le contingent de 10 golfeurs qui proviennent de LIV Golf, à commencer par ses deux plus gros noms, Bryson DeChambeau et Jon Rahm.
Le premier est bien connu et extrêmement populaire, mais avant tout, il est dans une forme radieuse après avoir remporté les deux derniers tournois du circuit LIV en prolongation. On sait que Bryson, la star de Youtube, rêve d’un titre au Masters depuis le jour où il a touché à un bâton de golf pour la première fois.
Le second, Rahm, s’est fait un peu oublier depuis son départ controversé du circuit de la PGA vers LIV. Reste que l’Espagnol est sans aucun doute l’un des golfeurs les plus talentueux sur la planète. Champion au Masters en 2023, Rahm est un modèle de constance sur le circuit LIV en 2026 avec cinq top-5 en autant de tournois (2e, 2e, 1er, 5e, 2e).
Un autre nom qui va attirer l’attention, c’est celui de Brooks Koepka. Déjà champion de cinq tournois majeurs, dont quatre lors d’une séquence torride entre 2017 et 2019, Koepka a effectué un retour sur le circuit de la PGA après un séjour de quelques années sur le circuit LIV. L’Américain semble avoir retrouvé son amour du jeu et il s’amène à Augusta en ayant amélioré ses résultats semaine après semaine depuis le début de la saison. Avec son pédigrée en tournois majeurs, une attitude plus positive et une confiance renouvelée, Brooks semble mûr pour un premier Veston vert.
Il y a aussi les prétendants habituels - les Schauffele, Morikawa, Fleetwood, Matsuyama et Fitzpatrick - pour ne nommer que ceux-là. Une bonne vingtaine de golfeurs peuvent être considérés comme de sérieux aspirants au titre, et encore là, nous ne sommes jamais à l’abri d’un vainqueur surprise.
Un successeur à Mike Weir?
Le Tournoi des Maîtres aura également une saveur locale, avec la présence de trois Canadiens dans le peloton de départ.
Évidemment, on y retrouve Mike Weir, champion en 2002. Bien qu’il soit hautement improbable qu’il soit dans la course pour le titre, le petit gaucher de 55 ans est encore capable de tirer son épingle du jeu. La longueur du parcours l’empêchera de rivaliser avec les longs cogneurs, dont certains n’étaient même pas nés quand Weir a triomphé en prolongation il y a 24 ans.
Nick Taylor sera également de la danse pour la 4e fois à Augusta. Bien qu’il n’ait jamais connu le succès escompté avec comme meilleur résultat une égalité au 29e rang à sa première visite en 2020, le golfeur de Winnipeg a le don de s’inviter parmi les meneurs quand on s’y attend le moins. On ne sait jamais...
Reste que Corey Conners est assurément le golfeur canadien avec le plus de chances d’offrir à son pays un 2e titre au Masters.
Conners a un jeu parfaitement taillé pour les méandres d’Augusta. Son jeu avec ses fers est l’un des meilleurs sur le circuit de la PGA et ses précédents résultats sont impressionnants. En huit participations à l’évènement, Conners compte déjà quatre top-10, dont une 8e place l’année dernière.
C’est souvent le jeu sur les verts qui empêche Conners de réellement prétendre à la victoire. Si son fer droit produit un peu de magie, il ne serait pas surprenant de voir Conners au coeur de la lutte tard dans l’après-midi, dimanche, quand les joueurs aborderont le mythique Amen Corner.
Car oui, le dicton le dit, au Masters, le vrai tournoi s’amorce réellement sur le neuf de retour, lors de la ronde finale. D’ici là, il s’agit simplement d’éviter les erreurs coûteuses, de profiter des opportunités qu’offre le parcours et de rester concentré, un coup à la fois.
Tiger n’y sera pas. Phil Mickelson non plus. Cette année à Augusta, c’est le présent et l’avenir qui seront à l’avant-plan. Au grand plaisir des amateurs qui attendent ce rendez-vous annuel du printemps, on pourra véritablement se concentrer sur le jeu, les joueurs, et l’extraordinaire parcours qu’est l’Augusta National.
Bonne semaine du Masters!





