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Inébranlable Fowler

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TORONTO – Pour le Canadien, la victoire contre le Mammoth de l’Utah, imparfaite mais combien importante, avait agi comme une longue douche chaude, avec gant de crin et savon exfoliant, afin de faire peau neuve après la « ride » dans la bouette que lui avait donnée les Jets de Winnipeg.

Tout le monde avait eu la chance de laisser cette mauvaise expérience s’écouler dans le drain, de mettre aux poubelles ses habits souillés et de ressortir au soleil avec un goût de menthe en bouche.

Tout le monde sauf Jacob Fowler. À Toronto samedi soir, le gardien recrue retrouvait pour la première fois ses poteaux depuis qu’il avait perdu ce qui ressemblait beaucoup à un blanchissage assuré en accordant cinq buts en quelque six minutes.

Ça aurait été un gros test n’importe où et contre n’importe quel adversaire. À Toronto, contre des Leafs qui n’étaient pas dans leur meilleure forme, mais dont l’attaque est toujours une menace et qui pouvaient réinsérer John Tavares dans leur top-6, le coefficient de difficulté était rehaussé.

Mais si quelqu’un en doutait encore, peut-être aura-t-il été convaincu par ce qu’il a vu. Ce jeune-là ne se laisse pas intimider facilement.

On ne sait pas si on a aimé le match du Canadien comme l’a aimé Martin St-Louis, pour qui « tous les départements opéraient ». L’équipe n’a certes pas mal joué. Son quatrième trio lui a donné deux gros buts en première période, elle a fait payer aux Leafs quelques décisions douteuses – Montréal s’est offert 13 chances de marquer sur des revirements de l’adversaire, selon Sportlogiq – et ses spécialistes du désavantage numérique ont assuré de belle façon en fin de troisième période, quand Juraj Slafkovský a écopé d’une double mineure pour une utilisation négligente de son bâton.

Mais les statistiques racontent l’histoire d’un match qui aurait facilement pu glisser dans l’autre sens. Les Leafs ont contrôlé la rondelle en zone offensive pendant presque trois minutes de plus que le Canadien et ont généré 22 chances de marquer de qualité contre seulement 12 pour leurs vis-à-vis, toujours selon Sportlogiq.

Quand on constate qu’Auston Matthews a placé huit tirs – HUIT! – à côté de la cible et qu’on se rappelle que trois tentatives des Bleus ont frappé le poteau, on est obligé de se dire qu’il y a eu un peu de chance dans l’opération réussie du Canadien sur le bord du lac Ontario.

Mais il ne faudrait pas que les déveines du capitaine ou la douce mélodie du caoutchouc qui donne contre l’acier nous fassent perdre de vue la véritable raison de la résistance tricolore dans la Ville Reine.

Des tirs de Matthews, Fowler en a bloqué trois. Le premier a été décoché en plein cœur de l’enclave au terme d’un échange à trois bien synchronisé, peu de temps après le deuxième but d’Alex Newhook. Avant la fin de la première période, Gavin McKenna et Jack Roslovic ont goûté à la même médecine. Easton Cowan et Nick Paul, notamment, ont vécu le même genre de frustration au deuxième tiers.

Fowler a finalement flanché en troisième période et c’est là que son niveau de tolérance au stress a véritablement été mis à l’épreuve. En l’espace de 55 secondes, les Leafs ont ramené l’avance du CH à un seul but. Il ne fallait pas beaucoup d’imagination pour commencer à flairer une autre catastrophe.

Le scénario a toutefois vite été écarté. Le but de Zachary Bolduc en avantage numérique, son troisième dans ces circonstances, a créé la séparation nécessaire pour faire baisser la pression. Fowler, quant à lui, a bloqué les quatre derniers tirs qui lui ont été soumis.

La brève tempête qu’il a traversée, a-t-il juré, ne lui a pas fait revivre les traumatismes du passé. « Ça va arriver d’accorder deux buts “bang-bang”. Mon travail, c’est de ne pas en donner un de plus », a simplifié le jeune homme masqué.

Sans avoir l’air de trop comprendre l’angle des questions qui lui étaient destinées, comme si ce qu’il venait de faire était tout à fait normal, il a poursuivi : « Je veux dire, j’aimerais bien avoir un blanchissage à chaque match. Ça serait bien plus simple. Mais en réalité, je me dis que si je peux accorder deux buts ou moins, je donne une chance à mon équipe. Accorder deux buts en si peu de temps, ce n’est certainement pas l’idéal, mais on est une équipe résiliente. Je ne veux pas dire qu’on a traversé des moments difficiles parce que notre fiche est quand même très bonne, mais ce n’est pas nécessairement facile de se remettre de ce qui nous est arrivé mardi. Et je trouve qu’on y a bien répondu jusqu’à maintenant. »

Pour Martin St-Louis aussi, les performances de Fowler commencent à être « prévisibles », pour reprendre un qualificatif qu’il affectionne. « Il a fait ça à chaque niveau qu’il a joué, ce n’est pas quelque chose qui nous a surpris. Il a l’air très à l’aise, confiant. On essaie de bien jouer devant lui pour ne pas qu’il ait à nous voler un match. Ce soir j’ai trouvé qu’il a fait son travail et qu’on a fait le nôtre en face de lui. »

C’est déjà la deuxième fois cette saison, après la solide prestation de Jakub Dobeš à l’entame du calendrier, qu’un gardien du Canadien joue les trouble-fête à Toronto. Et quelque chose nous dit, après avoir revu à l’œuvre Sergei Bobrovsky, que Samuel Montembeault, même sur une jambe, lui serait lui aussi un meilleur parti.

S’il y a une équipe pour laquelle l’âge de son gardien était un problème samedi soir, ce n’était certainement pas le Canadien.