Le grand Robert Charlebois chantait : « J’suis un gars ben ordinaire ». Et quand on prend le temps d’y penser, cette mentalité de musicien qui carbure aux éloges de son public, sans tenir son amour pour acquis, reflète plutôt bien les facettes d’un discours que Martin St-Louis utilise à l’occasion devant les membres des médias.
Le pilote du Canadien insiste beaucoup sur les détails, sur le fait de faire les choses « ordinaires » de façon continue, pour que le tout mène éventuellement à des choses « extraordinaires ». Nick Suzuki est un maître dans l’art de perfectionner les nombreux détails au fil d’un match, pour éventuellement créer des choses offensivement le moment venu.
Vendredi soir, alors que le capitaine ratait un match pour la première fois de sa carrière, celui qui a le mieux représenté ces qualités, c’est Jake Evans. Dans un groupe de musique, Evans jouerait probablement le rôle du bassiste timide. Celui qui se camoufle aux côtés du batteur et qui se contente de battre la mesure, pendant que le chanteur et le guitariste attirent l’attention et font des clins d’œil et des sourires aux fans en délire...
Evans, c’est ce gars « ordinaire », qui est constamment un héros obscur. Celui qui brille dans l’art de briser des jeux avec son bâton en désavantage numérique. Celui qui avait une fiche de 0 but et 0 passe en 9 matchs, avant le duel contre les Blackhawks. Et bien voilà que le bassiste a soudainement pris le devant de la scène, pour y aller d’un solo, nous rappelant que ses aptitudes sont des éléments déterminants dans l’aspect collectif.
Les deux buts d’Evans sont des représentations parfaites d’une bonne application des détails sur la surface de jeu. Le premier étant le fruit d’une belle entrée de zone d’Owen Beck et d’un bon travail en fond de territoire. Beck, Kirby Dach et Evans ont ensuite réalisé un bel échange, complété par Evans, qui a bien lu le jeu et s’est retrouvé seul devant le but, complétant avec une belle touche en confiance. Une belle séquence, à l’image de la belle performance des trois joueurs de ce trio dans la victoire à Chicago.
Le 2e but d’Evans est celui qui fera le tour des faits saillants, un tir parfait dans le haut du filet. Mais surtout, un but inscrit à court d’un homme, le domaine dans lequel Evans brille match après match. Une contre-attaque rapide et un tir des ligues majeures dans la lucarne. Une action ordinaire à la base, qui a mené à une action extraordinaire. Résultat des courses, une soirée de travail payante pour le numéro 71 sur la feuille de pointage : 2 buts, 1 passe, fiche de plus-4 et surtout, le droit de revêtir la tête de loup réservée au joueur du match dans le vestiaire après la rencontre.
Les éloges sont également venus de St-Louis :
« Quand un joueur respecte la “game” et qu’il a de bonnes intentions, il se fait récompenser. Je suis content qu’il soit récompensé, parce que c’est un joueur qui amène beaucoup à notre équipe, pas nécessairement sur la feuille de pointage! »
Il y a des choses qui ne mentent pas pour comprendre ce qu’un joueur représente au sein d’une équipe. Lorsque Mike Matheson est tombé au combat et qu’il a dû rater des matchs, quelqu’un devait le remplacer comme adjoint au capitaine. Ce rôle est revenu à Evans. Le retour de Matheson coïncidant avec l’absence de Suzuki, Evans a donc gardé son « A », parmi les trois assistants... Evans, Matheson et Josh Anderson.
Evans occupe aussi un rôle important dans la marche d’avant-match vers la patinoire. Anciennement, Brendan Gallagher était le joueur qui donnait le signal au gardien dans le corridor d’amorcer sa marche vers la glace. Ce rôle symbolique de joueur qui mène les autres vers la bataille est maintenant assuré par Evans.
Un jour il « y en aura d’autres, plus jeunes, plus fous, pour faire danser les boogaloos » comme le chantait Charlebois. Mais les gars comme Evans, ils ne seront pas toujours faciles à trouver.
Des joueurs de centre dominants
Cette performance d’Evans a presque relégué au second plan le principal sujet de discussion depuis l’annonce de la blessure à Suzuki vendredi... la promotion d’Oliver Kapanen au centre du premier trio.
Samedi matin, Phillip Danault disait à propos de Kapanen : « Il ne sera pas tout seul là-dedans, il sera soutenu par tout le monde ». C’est exactement ce qu’on a pu voir au niveau de la ligne de centre, notamment avec une domination dans le cercle de mise en jeu... 63 % en faveur du Canadien.
St-Louis a bien partagé les tâches entre ses joueurs de centre gauchers ou droitiers, selon l’endroit où les mises en jeu étaient disputées, pour s’assurer autant que possible d’avoir un joueur qui se retrouve de son côté fort. La stratégie a porté ses fruits et les pourcentages sont impressionnants :
Phillip Danault : 74%
Oliver Kapanen : 61%
Jake Evans : 58%
Alex Newhook : 57%
Il y aura des tests plus importants, contre des joueurs de centre plus aguerris et le fait de perdre un as de la possession de rondelle comme Suzuki aura des répercussions... mais le premier test a été relevé avec brio pour s’assurer de commencer les séquences avec le contrôle de la rondelle.