MONTRÉAL – Le Mammoth de l’Utah n’est pas le genre d’adversaire contre lequel, si elle avait le luxe de choisir, une équipe chancelante voudrait essayer de se relancer.
L’équipe d’André Tourigny n’est pas sans faille, mais elle est parmi les meilleures de la Ligue nationale pour générer de l’attaque cette saison. Elle tire souvent au but et le fait à partir des endroits où ça paye. Avant d’arriver au Centre Bell, elle se créait plus de dix chances de marquer en moyenne par match et son jeu de puissance affichait un taux de succès hallucinant de 36,4%.
C’est contre ce poids lourds que le Canadien devait se remettre de son trouble de stress post-traumatique, deux jours après avoir subi l’une des défaites les plus gênantes de l’histoire de la LNH. Et disons qu’on a très rapidement douté de voir l’état du patient s’améliorer.
Contre les Jets, l’adversité avait frappé trop vite et trop tard pour que le Canadien ait le temps de réagir. Contre le Mammoth, elle a récidivé comme une hyène sur une proie blessée. Après dix minutes, les locaux étaient dans un sale pétrin. Tout était en place pour que la soirée glisse vers le très, très laid.
Mais si on voulait voir le verre à moitié plein, on pouvait se dire qu’il restait amplement de temps au Tricolore pour se secouer et préparer une riposte. Si les Jets le lui en avaient mis une solide dans les dents, comme l’avait illustré Martin St-Louis après le choc de mardi, ses rivaux du jour ne lui avaient asséné rien d’autre qu’une bine sur l’épaule. Une sapristi de bine, mais rien qui soit supposé vous envoyer au plancher.
L’occasion était parfaite pour voir ce que ce groupe de gars avait dans le ventre.
Et comme de fait, le Canadien est resté debout. Puis il a commencé à s’élancer. Sa réponse devant tout ce que le Mammoth a lancé en sa direction n’a pas été parfaite. Il lui a donné cinq jeux de puissance et l’a payé comptant en concédant trois fois à court d’un homme. Défensivement, il a accordé quatre buts en temps réglementaire dans un troisième match de suite, ce après en avoir encaissé un total de quatre dans un voyage de quatre matchs.
Tout ça n’est pas anodin et devra être décortiqué, analysé et corrigé en temps et lieu. Pour l’instant, il serait de bon ton de s’incliner devant la résilience des hommes en bleu-blanc-rouge.
Avec une confiance qu’on avait toutes les raisons de croire fragile, ils ont comblé un retard de deux buts sans traîner, puis sont revenus de l’arrière deux autres fois avant d’étendre le glaçage sur le gâteau en prolongation.
Ce n’est probablement pas un hasard si cette impressionnante remontada a été réussie le soir du retour au jeu de Nick Suzuki. Remis d’une blessure à une main qui lui a fait rater six matchs, le capitaine a été impérial.
Il a passé la soirée à mettre ses coéquipiers dans des positions pour faire la différence. Pensez à cette échappée de Lane Hutson en première période, cette longue chevauchée qui a mené à une chance de Noah Dobson en deuxième, cette mise en jeu en zone offensive (il a gagné 55% de ses duels) qui a mené à un tir sur le poteau de Juraj Slafkovský ou sa contribution directe sur le but de Kirby Dach.
On a aussi pu constater que Suzuki n’a pas perdu, pendant sa convalescence, ce don qu’il possède d’obtenir la meilleure version de son compagnon Slafkovský. Un peu perdu dernièrement, le grand Slovaque a joué comme si son joueur de centre l’avait menacé de dévoiler quelconque secret à son sujet. « Probablement le meilleur match de la saison de Slaf », jugeait St-Louis à chaud.
Il faudra un jour que Slafkovský apprenne à marcher tout seul, mais pour l’instant, il est aussi précieux pour ça, Suzuki.
Ah, détail : il a lui-même marqué le premier but de son équipe et a terminé son match avec trois points.
Le culot d’Arber, la fierté de Kirby
D’autres acteurs qu’on pourrait dire « de soutien » ont aussi apporté des réponses dignes de mention dans cette performance collective libératrice.
Arber Xhekaj ne manque pas de culot. Dans la foulée de la catastrophe contre Winnipeg, certains ont identifié le moment où il a jeté les gants contre Tyrel Bauer comme le point tournant du match. C’est une idée qu’il a d’ailleurs gentiment démontée, en pesant bien ses mots, dans le vestiaire après la victoire contre l’Utah.
« On menait 4-0, il restait dix minutes, il m’avait harcelé durant toute la partie et j’ai décidé de régler ça là. Ça n’a rien changé au résultat du match », a-t-il plaidé.
On est d’accord avec lui. Ceci dit, ça prenait quand même du front pour retourner jeter les gants, cette fois contre Liam O’Brien, quatre secondes après avoir lui-même porté le pointage à 2-2 avec un puissant tir frappé. Un match bien rempli dans lequel on peut ajouter un pied de nez à ses détracteurs pour Xhekaj, qui livre à bas bruit une saison plutôt solide dans le rôle qui est le sien.
Mention honorable aussi à Kirby Dach. Après avoir passé une semaine à voir Owen Beck et Florian Xhekaj allumer des feux d’artifice sur le quatrième trio, le jeune vétéran a démontré qu’il ne se laissera pas tasser sans se battre pour son poste.
La sauce a mis un peu de temps à prendre sur l’unité qu’il complétait avec Alex Newhook et Oliver Kapanen, mais un intéressant crescendo s’est observé à mesure que le match progressait.
Dach jouait son meilleur hockey de la saison avant de tomber malade. Il était encourageant de voir qu’il a décidé de reprendre où il avait laissé.