Le décès de l’ancien gardien des Canadiens de Montréal Ken Dryden a chamboulé le monde du hockey.
Dryden s’est éteint à l’âge de 78 ans dans la nuit de vendredi à la suite d’un combat contre le cancer.
Le gardien, originaire de Hamilton, en Ontario, a porté l’uniforme de Montréal de 1971 à 1979. En huit saisons avec le Tricolore, il aura marqué les esprits en remportant six coupes Stanley et en étant nommé à cinq reprises pour le trophée Vézina.
Coéquipier de Dryden pendant ses huit années, l’ancien capitaine des Canadiens Serge Savard se rappellera d’un homme qui a changé le monde du hockey.
Dryden a annoncé sa retraite définitive en 1979 et a été admis au Temple de la renommée du hockey en 1983. Il a ensuite vu son célèbre numéro 29 être retiré dans les hauteurs du Centre Bell, le 29 janvier 2007.
« Il était un gars de principe. On se rappelle qu’il a quitté les Canadiens pendant un an pour des disputes de contrat, ce qui lui a permis d’aller faire l’examen du Barreau, il est devenu un vrai avocat [par la suite] », raconte Savard.
« Ce qui nous a le plus marqués dans notre carrière est la victoire à Moscou. Même si on a gagné plusieurs coupes Stanley, cette victoire nous a marqués. Il a été le meilleur de son temps, sans contredit. »
Dryden, un homme avant-gardiste
Serge Savard l’avoue; il s’est posé des questions les premières fois qu’il a vu Ken Dryden dans l’environnement du Canadien de Montréal au tournant des années 70. Plus d’un demi-siècle plus tard, Savard est en mesure de reconnaître que le jeune homme de 23 ans, à l’époque, n’était pas fait dans le même moule que la moyenne des joueurs de hockey. Et c’était loin d’être négatif.
Au fil de sa carrière de joueur, Savard a été associé à huit éditions championnes de la coupe Stanley avec le Canadien, les six dernières quand Dryden était également un membre à part entière du Tricolore.
Mais au-delà de ses habiletés à protéger le filet de la formation montréalaise, c’est de la façon que Dryden occupait ses temps libres, lorsqu’il mettait ses jambières de côté, qui a particulièrement intrigué Savard au début de leur association.
« Quand on arrivait dans le hockey dans les années 60, on avait tous à choisir entre le hockey et les études. Si on était chanceux, on finissait notre secondaire. Lui arrive en 1971, vers la fin de la saison avec ses livres sous le bras. Puis après la pratique, il s’en allait à l’Université McGill. On le regardait un peu comme un gars qui arrivait d’une autre planète », admet Savard.
« Je l’ai écrit dans mon livre il y a cinq ans, il était réellement en avant de son temps. Il nous parlait d’environnement il y a cinquante ans. Nous, ça fait cinq ou six ans qu’on entend parler des effets du gaz CO2, des gaz de serre. Lui, il nous parlait de ça il y a 50 ans et il travaillait avec Ralph Nader l’été aux États-Unis. Il était réellement en avant de son temps. »
Ce temps auquel fait allusion Savard a aussi fait en sorte de beaucoup rapprocher les deux anciens hockeyeurs.
L’ancien grand défenseur du Tricolore a notamment raconté que ses liens avec Dryden sont devenus particulièrement étroits au fil des récentes années, lors de réunions commémorant de grands moments qu’ils ont partagés sur les patinoires de la LNH et d’ailleurs.
« J’ai été pas mal en contact avec lui depuis deux, trois ou quatre ans. J’ai rendu hommage à l’équipe de 1972 (la Série du siècle contre l’Union soviétique) lors de mon tournoi de golf il y a quelques années. L’an passé, c’étaient les quatre coupes Stanley du Canadien de 1976 à 1979, il était encore présent. On a vécu des bons moments, puis je peux dire aujourd’hui que ç’a été plus qu’un rapprochement. Ç’a été un rapprochement qui est devenu une amitié plus intime. »
Savard a aussi pris le temps de parler de Dryden, l’écrivain. Son fameux livre «The Game» est le meilleur livre jamais écrit sur le sport, estime Savard.
« C’est un gars qui avait une plume extraordinaire, c’est un gars qui était excessivement travaillant. Le livre sur Scotty Bowman, le nombre d’heures qu’il a mis là-dessus, c’est tout à fait incroyable. C’était un gros travaillant, Ken. Tout ce qu’il a fait, ce n’était pas bâclé, ce n’était pas à peu près. Tout était pensé. »
C’est vendredi après-midi que Savard a appris la nouvelle du décès de Dryden, après une conversation téléphonique avec l’épouse de l’ancien gardien du Canadien. Le choc a été d’autant plus grand que Savard ignorait tout des problèmes de santé de Dryden.
Selon ce qu’a appris Savard, Dryden savait depuis deux ans qu’il était atteint d’un cancer et ça faisait quelques mois que Dryden avait été informé qu’il n’y avait plus de possibilité de guérison.
Dryden a tenu à garder les nouvelles de sa santé à l’intérieur du cercle familial, a expliqué Savard.
« À part sa famille immédiate, personne n’était au courant de sa situation. Les dernières fois que j’ai passé quelques jours avec lui, c’est lors du tournoi des Quatre nations. La Ligue nationale et l’Association des joueurs avaient rendu hommage à Équipe Canada 72. Puis on avait eu une réception. On a passé quelques jours ensemble. Il n’avait pas l’air d’un gars malade du tout, du tout. Il avait l’air en pleine forme. C’est pour ça que c’est arrivé un peu comme une grande surprise, un choc pour moi. »
Ce choc, Larry Robinson l’a également ressenti.
« Nous nous sommes retrouvés au tournoi de golf de Serge Savard l’année dernière. Et j’ai vu une interview où il félicitait (Lane) Hutson cette année pour avoir obtenu le titre de recrue de l’année. Je n’avais donc aucune idée qu’il était malade. Je suis tout simplement abasourdi. C’est un jour triste, très triste », a déclaré Robinson.
Sur les réseaux sociaux, plusieurs personnalités publiques ont envoyé leurs sympathies à la famille de Dryden.
Une journée après que son contrat eut été échangé aux Sharks de San Jose, le gardien Carey Price a souligné l’aide que Dryden lui avait offert. Le Québécois Martin Brodeur a aussi écrit un message.





