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Alexis Joseph « ira loin, très loin »

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MONTRÉAL – Travis Crickard les a vus tout de suite. Dès le premier match. En un seul jeu.

Les deux atouts qui, à ses yeux, font d’Alexis Joseph un joueur au potentiel exceptionnel.

D’abord, en semant un couvreur des Eagles du Cap-Breton en zone neutre pour ensuite filer en échappée, la recrue de 16 ans des Sea Dogs de Saint John a fait montre de son habileté à changer le cours d’un match à lui seul lorsque la rondelle atteint la lame de son bâton en transition.

« Le temps s’est en quelque sorte arrêté. Tout le monde s’attendait à ce qu’il marque à son premier match », se souvient l’entraîneur-chef des Sea Dogs de cette soirée du 19 septembre dernier à domicile.

« Mais Alexis a trébuché et est tombé. Il n’a même pas réussi à tirer. »

C’est alors que le tout premier choix du dernier repêchage de la LHJMQ a pu exposer un autre de ses précieux outils.

L’humilité.

« La plupart des jeunes de son âge seraient revenus furieux au banc », estime Crickard.

« Lui, il en riait. C’était comme s’il se disait : “des gaffes, ça arrive, je vais avoir d’autres opportunités”. »

—  Travis Crickard

L’imposant joueur de centre de 6 pi 5 po et 200 lb a finalement dû patienter jusqu’à son quatrième match, un peu plus d’une semaine plus tard à Halifax, pour se reprendre.

Dans un gain de 5-2 des siens sur les Mooseheads, Joseph a alors brisé la glace avec un tour du chapeau.

Une demi-saison plus tard, Joseph tient une cadence d’un peu plus d’un point par sortie avec un dossier de 18 buts et 19 passes en 33 rencontres. Une production qui le place au sommet des meilleurs pointeurs du circuit chez les recrues de 16 ans.

« Je suis quand même content de ma saison. Cependant, il y a une différence entre être satisfait et être content. Je ne suis pas satisfait parce que je suis quelqu’un qui en veut toujours plus. C’est sûr que je suis content de ce que j’apporte personnellement, mais en tant qu’équipe, on a une saison plus difficile qu’on s’attendait », nuançait-il cette semaine au RDS.ca.

Avec un dossier de 15-20-4, les Sea Dogs occupent le 16e rang du classement général et luttent pour la dernière place donnant accès aux éliminatoires.

« Je fais partie de cette équipe-là, alors je ne suis pas satisfait de ma saison parce qu’il faut que j’aide mon équipe à gagner. »

« Il n’est pas le genre de joueur qui se contente de n’importe quoi, confirme Crickard. Il veut réussir en équipe et individuellement. »

Et il en prend tous les moyens. Entre autres en posant des questions. Beaucoup de questions.

« Sa mentalité est très, très différente [des joueurs de son âge], expose son enseignant. Il veut apprendre. S’il n’est pas certain de quelque chose, il ne laisse pas ça aller. Si nous, les coachs, on fait une erreur dans ce qu’on dit, il va poser une question pour clarifier le tout. »

« J’essaie de poser le plus de questions pour m’améliorer, mais je ne veux pas être trop fatigant non plus », rigole l’élève modèle.

Cette soif de savoir, Crickard l’a remarqué chez son jeune protégé dès leur première rencontre. C’était avant la tenue du repêchage, dans un restaurant de Boisbriand.

L’entraîneur-chef et l’espoir ont alors fait plus ample connaissance. Puis ils ont jasé hockey et… désavantage numérique.

« L’une des premières choses qu’il m’a demandées, c’était quelle était ma philosophie pour le déploiement de mes joueurs en infériorité numérique, plus spécifiquement si j’ai quatre attaquants prédéterminés, ou si je donne une chance à tout le monde au début de la saison », s’étonne encore aujourd’hui Crickard.

« Généralement, la plupart des jeunes pensent davantage à comment ils peuvent aider offensivement ou comment ils peuvent produire. »

« Jouer en désavantage numérique, c’est quelque chose qu’on apprend à aimer plus à mesure qu’on vieillit, justifie Joseph. C’est une facette très importante dans une équipe et plus je peux en faire partie, plus je peux aider. Ça me tient beaucoup à cœur. »

Et ça paraît. Employé au sein de la quatrième meilleure unité de désavantage numérique de la LHJMQ (82,9 %), Joseph a inscrit trois buts en pareilles circonstances, ce qui le place au deuxième rang de la ligue à égalité avec quatre joueurs qui ne sont toutefois pas des recrues.

« C’est tout le temps quelque chose de plaisant, mais l’important c’est de ne pas en accorder », relativise-t-il.

« Notre jeu en infériorité numérique étant très agressif, ça lui permet d’avoir cet état d’esprit où il se dit que s’il récupère la rondelle, il va se lancer en transition pour tenter de marquer », explique Crickard.

Cette mentalité, Joseph parvient aussi à l’exploiter à égalité numérique ou sur le jeu de puissance, où il tire de plus en plus avantage de son impressionnante carrure pour s’imposer sur la route du filet adverse.

« Il travaille sur cette facette de son jeu pour qu’elle soit plus constante, mais quand il le fait, c’est très spécial, observe Crickard. […] La première fois qu’il l’a fait, c’était lors de son tour du chapeau à Halifax, sur son deuxième but. »

« Quand il est revenu au banc, c’est comme s’il avait réalisé que : “Wow ! Je peux faire ça tout le temps pour probablement battre beaucoup de défenseurs et marquer”. Depuis ce temps, il a marqué des buts assez remarquables pour nous. »

Crickard pense entre autres au but qu’il a marqué le 12 décembre dernier à Chicoutimi et qui a probablement nourri l’algorithme de votre plateforme sociale préférée.

« C’était l’égalité 4-4 et il a fait ça avec deux minutes à jouer dans le match. Il a débordé un défenseur, puis il a été patient avec la rondelle avant de battre de force le gardien. […] Je me mets dans les patins du défenseur, ça doit être tout un défi de contenir un homme de 6 pi 5 po et 200 lb qui s’en vient à toute vitesse. Il rend la tâche des défenseurs difficiles quand il fait ça. »

« J’ai quand même un autre step à aller chercher sur le plan physique, je peux l’être davantage que je le suis en ce moment, analyse Joseph. […] C’est quelque chose qui doit devenir un automatisme. Quand je suis arrivé dans la ligue, j’avais peut-être d’autres choses à travailler, mais en ce moment, c’est l’une de mes priorités que de devenir un joueur plus physique. »

C’est assurément l’une des facettes du développement de Joseph qui fait déjà rêver les éclaireurs de la LNH. Certains observateurs, tels que notre confrère de TSN Craig Button, l’identifient d’ailleurs déjà comme le meilleur espoir de la cuvée 2027.

Joseph, bien sûr, affirme pour l’instant ne pas se préoccuper de ces projections. C’est encore bien loin et entre temps, il a une équipe à faire gagner. Cette année et l’année prochaine, insiste-t-il.

Reste que le potentiel est là.

« Je pense qu’il peut devenir ce qu’il veut, projette Crickard. La position de joueur de centre est plus nuancée et compliquée que les gens peuvent le croire. Sur le plan du coup de patin, il faut être capable de changer constamment de vitesse. En zone défensive, il faut être capable de ralentir, de s’arrêter et de repartir pour toujours supporter le porteur de la rondelle.

« Si tu es en mesure de maîtriser toutes ces choses, tu as peut-être l’étoffe d’un joueur de centre no 1 dans la LNH. Alors qu’il continue de grandir et de développer son jeu, je suis sûr que c’est ce qu’il vise, parce qu’il a tellement d’outils qui, j’en suis certain, rendront excités les dépisteurs de le suivre à son année de repêchage. Il ira aussi loin qu’il le souhaite. Et d’après tout ce que j’ai appris sur lui jusqu’à présent, il ira très loin. »

Il trébuchera possiblement en chemin, mais il se relèvera. Toujours sans se morfondre, promet-il.

« Peu importe où tu es, si tu travailles fort et que tu n’abandonnes pas, il y a de bonnes chances que tu finisses au sommet. »