SHERBROOKE – Zachary Morin est probablement le seul joueur, parmi les 40 qui ont participé au Match des espoirs de la LHJMQ, qui aurait préféré ne pas y être invité.
L’opération séduction devant les recruteurs, la tournée des médias, les listes et les prédictions, les attentes et la pression, Morin a connu tout ça la saison dernière.
Il y a exactement un an jour pour jour, la Centrale de recrutement de la Ligue nationale l’identifiait comme un espoir de catégorie B, c’est-à-dire un candidat pour la deuxième ou la troisième ronde du repêchage. En février, il avait été l’un des six prospects du Québec et des Maritimes mis en vitrine lors d’une visite au Centre Bell.
Le 19 juin, une semaine avant le repêchage, la LHJMQ a publié une vidéo dans laquelle Morin racontait à quel point la perspective d’être sélectionné par une équipe de la LNH l’enchantait. « C’est beaucoup de bonheur. Ça va être une belle expérience pour ma famille, moi-même et tout le monde autour de moi. »
La suite est d’une cruauté qu’on ne souhaite à aucun jeune homme de 18 ans. Morin n’a finalement pas été sélectionné. Pas en deuxième ronde, ni en troisième, pas même en septième. « J’avais vu que ma cote avait baissé, mais je pensais vraiment me faire drafter, racontait-il lundi après un premier entraînement avec ses coéquipiers éphémères. J’avais eu des conversations. Ça a été quand même assez dur. »
Le voici donc, après un été qui de son propre aveu n’a pas été trop joyeux, pour un deuxième tour de piste.
« C’est une belle opportunité de prouver que les équipes auraient dû me repêcher, entrevoyait-il la veille de l’événement. Je pense qu’il y a aussi des raisons pourquoi je ne me suis pas fait prendre et je suis ici pour montrer que j’ai changé ça. »
Après la déception du repêchage, Morin a eu des discussions honnêtes avec quelques membres de sa garde rapprochée. Ils lui ont expliqué ce qui n’avait pas fonctionné dans les mois précédents et lui ont donné la marche à suivre pour éviter de répéter les mêmes erreurs. Parmi les phrases clés qu’il a retenues : « jouer davantage nord-sud », « finir ses mises en échec », « emmener plus de rondelles au filet ».
Des clichés, mais qui, rassemblés en un tout, lui ont permis de visualiser le prototype de joueur qu’il devait devenir.
« Je pense que j’ai vraiment beaucoup appris sur quelle sorte de joueur je devais être si je veux aller au prochain niveau, a compris l’attaquant de 6 pieds 2 pouces et 180 livres. Je dois me transformer en power forward. »
Le constat est intéressant venant d’un joueur qui l’an passé, en entrevue avec RDS, se décrivait comme « un gars offensif, qui veut scorer, qui veut amener de l’offensive ».
« Je n’ai pas beaucoup joué à mon année de 16 ans et l’année passée, je pense que je me cherchais un peu, confesse Morin. J’essayais de trouver mon identité. [Ce qu’on m’a demandé d’ajouter à mon jeu], je le faisais, mais je pense que ce n’était pas assez constant. C’est vraiment ça que je travaille cette année, la constance. »
Un baume à Vancouver
Tout n’a pas été négatif pour Morin cet été. Alors que le repêchage de la LNH tirait à sa fin, il a reçu un appel de l’organisation des Canucks de Vancouver qui l’invitaient à leur camp de développement. Émilie Castonguay, l’assistante au directeur général, travaillait autrefois dans l’agence qui le représente.
L’expérience a été comme un baume sur son orgueil blessé. Le fait saillant de son voyage a été sa participation au Grouse Grind, une course en montagne à laquelle sont soumis chaque année les espoirs des Canucks.
« C’est l’affaire la plus dure que j’ai fait de ma vie, je te dirais! Tu regardes ce qui se fait dans d’autres camps, à Pittsburgh les gars vont jouer au paintball. Mais nous, c’était un peu différent. C’était quand même un camp très dur. »
Morin a pu s’abreuver des paroles des frères Sedin, qui sont responsables du développement des joueurs à Vancouver. Il a aussi été marqué par une rencontre avec Tyler Myers, un ancien choix de première ronde qui a partagé son expérience avec les jeunes qui tentent de suivre ses traces.
Surtout, lorsqu’il était sur la glace, il se rendait compte qu’il n’avait pas de raison d’être intimidé par les joueurs qui l’entouraient, quel que soit leur statut.
« C’est sûr que des fois, t’arrives là-bas, tu ne sais pas trop quoi penser. Mais j’avais ma place là. Cette année, c’est juste de montrer ma confiance. »



