MONTRÉAL – Dilué, c’est le mot qui revient pour décrire le hockey québécois quand on parle aux recruteurs des équipes de la LNH qui épient la relève.
Même en faisant la route de Rouyn-Noranda à Baie-Comeau, on aurait manqué de temps pour décortiquer les enjeux qui minent le développement. Voici un résumé d’une discussion avec un recruteur d’une équipe de la LNH qui ne se promène pas uniquement dans la LHJMQ.
« C’est sûr que ça coute très cher pour jouer au hockey présentement et ça provoque parfois un impact sur la qualité des athlètes qui peuvent s’y inscrire », a reconnu cet intervenant qui voudrait que Hockey Québec sollicite plus souvent l’avis de sa confrérie.
Comme il le rappelle, on est loin de l’époque où le hockey était joué par des jeunes de familles modestes et que le sport servait notamment à s’évader dans le plaisir.
« Ensuite, il y a tellement de programmes qui se sont créés depuis 20 ans, c’est rendu difficile et dilué. On voit des joueurs affronter des adversaires moins forts », a-t-il ajouté.
Dans son rôle de recruteur, le changement de cap annoncé par Hockey Québec s’avère positif, même si c’est loin d’être parfait. La création de ces deux ligues réunissant l’élite à 14 ans et à 15 ans devrait rehausser le niveau de compétition.
« Mais le désir doit venir des jeunes, c’est l’un des plus gros problèmes. Les parents déboursent tellement d’argent que ça devient comme un investissement. Le plus important, c’est de faire du sport », a rappelé cet homme de hockey.
« C’est quoi le but de jouer au hockey? Est-ce pour jouer dans la LNH? Dès qu’on s’inscrit dans le novice? La saison commence tellement tôt au Québec que tu ne peux presque pas jouer au soccer ou baseball en même temps. Les autres sports font la même chose, ils veulent avoir les meilleurs joueurs. Ça prend plus de compréhension et un vrai travail d’équipe », a-t-il poursuivi.
Également à lire : Peut-on guérir le hockey québécois?
Avec une meilleure collaboration, le hockey miserait sur davantage d’athlètes qui ont pratiqué plusieurs sports. À ce sujet, il a remarqué une différence dans la culture du football aux États-Unis.
« Les jeunes rêvent beaucoup plus de jouer dans la NCAA ou même à leur école secondaire avant de penser à la NFL. C’est pour ça que beaucoup d’athlètes de la NFL ont joué à d’autres sports comme le baseball et le basketball. Ce sont souvent des athlètes de multisports et c’est quelque chose qui manque un peu à la culture du hockey. On essaie très jeune de les cadrer et de faire un peu des robots avec eux », a mentionné cette source.
Au Québec, pour plusieurs joueurs, la saison se prolonge plutôt avec le hockey de printemps qui est devenu « une business » d’après de nombreux spécialistes.
Sébastien Beaulieu, qui supervise le développement de gardiens en Suisse, écarterait le hockey de printemps de l’équation.
« Durant l’entraînement estival, on fait beaucoup d’autres sports durant l’été. L’Europe, ce n’est pas une terre de hockey comme le Québec, les jeunes font d’autres sports environ jusqu’à 12 ans », a précisé Beaulieu.
« J’hallucinais en voyant, au Québec, la frénésie des jeunes en bas âge pour des tournois de hockey de printemps. Mais c’est trop tôt! Ce n’est pas le temps de penser aux buts ou à écraser les autres équipes. À six ou sept ans, c’est le développement et les habiletés », a-t-il enchaîné.
Beaucoup plus cher aux États-Unis
S’il faut continuer d’augmenter les efforts pour limiter les coûts du hockey au Québec, inutile d’envier le modèle américain.
C’est vrai que le système de développement américain a mené plus d’athlètes vers la LNH. Toutefois, ce modèle élitiste coûte une fortune.
« C’est beaucoup plus dispendieux, ça peut parfois atteindre 35 à 40 000$ par saison. Au Québec, toutes les équipes M18AAA se battent pour garder les prix bas. Mais tu veux avoir les meilleurs entraîneurs et tu as besoin de ressources dans l’élite. C’est très délicat et je veux qu’on garde ça très abordable. C’est un peu comme l’histoire des A’s d’Oakland avec leur approche Moneyball. Ils opèrent de manière intelligente, mais ça reste difficile de battre les Yankees de New York régulièrement », a décrit Gervais.
En Suisse, grâce à un bassin plus petit de joueurs, les clubs sont parvenus à garder les coûts très abordables.
« Un enfant issu de la classe économique basse peut jouer au hockey. C’est complètement différent. Le hockey est financé en grande partie par la ville et des commanditaires », a noté Beaulieu.
Bruno Gervais n’exagérait pas en disant « qu’on pourrait en parler pendant des heures ». En fait, il faudrait en parler pendant des jours et des mois pour relancer le hockey québécois.
« Il y a beaucoup de résistance par rapport au changement au Québec, c’est un autre facteur. Va falloir qu’on se débarrasse de certaines façons de faire qui existent depuis toujours, ça ne veut pas dire que c’est la bonne façon », a admis le recruteur consulté.
« Mais ce n’est pas impossible de développer des joueurs dans les circonstances actuelles, ça se fait encore. Il y a plein de gens extrêmement passionnés et compétents. Au Québec, il y a plusieurs bons chemins. Si le jeune est passionné, il va faire son propre chemin en étant bien supporté », a conclu Gervais.