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Peut-on guérir le hockey québécois?

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Le modèle européen comme exemple pour Hockey Québec?

Le modèle européen comme exemple pour Hockey Québec?

La courbe de développement est différente pour chaque joueur

La courbe de développement est différente pour chaque joueur

MONTRÉAL – Peut-on guérir le hockey québécois? Comme remède, Hockey Québec a choisi d’identifier l’élite pour mieux la développer, mais il s’agit d’une opération périlleuse d’après plusieurs experts.

Le calibre est trop dilué, les coûts sont trop élevés, le plaisir s’est estompé, les dirigeants s’opposent au changement, les entraîneurs ne sont pas toujours suffisamment qualifiés… Voilà les maux qui sont souvent associés au hockey.

Mais le nœud du problème, c’est que le hockey demeure un sport de masse au Québec (autour de 80 000 joueurs), malgré le ralentissement survenu depuis 20 ans. Ça devient donc extrêmement difficile d’identifier l’élite, qui peut aspirer à la LNH, sans trop négliger les autres.

Hockey Québec a annoncé un changement majeur : la création de deux ligues qui réuniront les 200 meilleurs hockeyeurs de 14 ans et les 200 meilleurs hockeyeurs de 15 ans.

Si l’objectif est légitime, la mission s’annonce délicate. Martin Leclerc, de Radio-Canada, l’a bien démontré en s’appuyant sur une recherche menée par le professeur allemand Arne Güllich démontrant que 72 % des athlètes internationaux adultes n’étaient pas parmi la crème de leur sport à l’adolescence.

Pour sélectionner ces joueurs, le processus s’enclenchera à 13 ans alors que plusieurs jeunes n’ont pas encore connu leur courbe de croissance.

Prenons l’exemple de Marc-André Fleury qui est devenu l’un des meilleurs gardiens de l’histoire de la LNH.

« Dans le pee-wee AA, il était le deuxième gardien de son équipe, il jouait beaucoup moins. Si une sélection avait été effectuée à ce moment, Fleury n’aurait pas passé », s’est souvenu Bruno Gervais, l’ancien défenseur de la LNH.

De manière pertinente, Gervais s’est également appuyé sur sa propre histoire.

« À 14-15 ans, j’étais le plus petit joueur de mon équipe. Et non, je n’aurais pas été choisi dans aucune sélection. C’est vraiment plus tard, dans le M18AAA, que j’ai développé la confiance et les outils. J’ai eu besoin de beaucoup de temps », a expliqué Gervais qui s’implique auprès de la relève en tant que président et gouverneur des Gaulois de St-Hyacinthe dans le M18AAA.

Pendant que les critiques fusent au Québec, c’est le contraire en Europe alors que le développement du hockey s’est attiré des éloges.

Alors, pourquoi ne pas s’inspirer d’un concept – celui du surclassement – qui rapporte d’immenses dividendes en Europe.

Précisons tout de suite que ce concept impliquerait un grand changement de culture au Québec. Afin que ça fonctionne, le surclassement doit être effectué de manière saine et prudente.

On a donc pris le temps d’en discuter avec deux Québécois (Sébastien Beaulieu et Simon Barrette) qui ont respectivement choisi de s’établir en Suisse et en Finlande.

D’abord, il faut savoir que le modèle européen est axé autour de clubs. En gros, un club professionnel possède une structure avec des équipes allant des jeunes qui amorcent leur parcours au hockey jusqu’au niveau U20. Les hockeyeurs peuvent se développer dans la stabilité.

Dans la culture européenne, il est donc normal – et surtout très formateur – de surclasser des joueurs pour quelques matchs, quelques semaines ou quelques mois afin de maximiser leur développement.

Évidemment, des joueurs doivent aussi composer avec un renvoi dans le niveau inférieur. Cela dit, puisque c’est coutume et que c’est fréquent, ce n’est pas perçu négativement.

« Ça fait une différence dans la motivation des jeunes. Ça les garde motivés. Si tu as toujours les mêmes joueurs qui jouent dans ton équipe supérieure, tu te sens quasiment comme si tu ne pourras jamais atteindre ce niveau », a noté Barrette qui a été recruteur pour les Blue Jackets de Columbus pendant huit ans.

« Nos joueurs du U18 et du U20 qui sont surclassés, ils s’entraînent avec les pros et ç’a toute une valeur! Imagine si tu avais un bon gardien de la LHJMQ qui pouvait s’entraîner avec le CH ou le Rocket tous les jours. On fait une planification chaque semaine et on place nos joueurs où c’est le mieux pour eux », a notamment expliqué Beaulieu, qui travaille en Suisse depuis 2003.

S’occuper des meilleurs

« À un moment donné, au Québec, il va falloir qu’on s’occupe des meilleurs », a mentionné Beaulieu durant notre conversation.

Cette phrase peut surprendre, mais il faut comprendre la bienveillance qui l’accompagne.

« La LHJMQ, c’est gros. Mais ça reste que la moitié des joueurs ne sont pas de vrais espoirs professionnels pour gagner leur vie dans le hockey. On investit beaucoup d’énergie sur eux. On leur a aussi donné le M18AAA et les programmes sports-études, mais on ne s’est pas aussi bien occupé des meilleurs comparativement à ce que font la Suisse, la Finlande et la Suède », a expliqué Beaulieu.

Prenons l’exemple de son club à Genève-Servette où une centaine de joueurs composent la relève du niveau U14 jusqu’au niveau U21 afin d’accéder à l’échelon professionnel. Ces athlètes disposent d’entraîneurs, de spécialistes et de ressources pour maximiser leur potentiel.

« Si c’est facile comme ça, c’est car on a un marché simple et petit. Comment fais-tu ça au Québec? Tu arrives dans le M18AAA et il y a une pression de victoire qu’on n’a pas ici. On est dans le développement. Ça devient une question de mentalité, penser aux jeunes et au développement », a ajouté Beaulieu.

Au soccer, dans certains clubs québécois, on déploie un concept qui utilise du surclassement. En gros, dans le niveau compétitif, un club répartit ses meilleurs joueurs dans quelques équipes au lieu de former une équipe avec l’élite dans un niveau supérieur. Le principe est que les meilleurs joueurs vont aider les autres à progresser durant les pratiques, les matchs et les tournois.

Par contre, dans certains tournois, le club réunira ses meilleurs joueurs dans une équipe pour rivaliser dans la catégorie élite. Quelques changements sont effectués à cette équipe élite pour permettre à des joueurs de poursuivre leur développement.

Dans un monde idéal, il ne faut pas que ces changements surviennent trop souvent dans l’année pour alléger la pression ressentie par les jeunes.

En somme, le surclassement constitue une option intéressante dans un milieu bien contrôlé. Le hockey mineur québécois aurait donc beaucoup de chemin à faire pour l’intégrer.

« C’est un outil qui peut aider, mais ça donne des devoirs à ceux qui doivent le gérer. Souvent, on se limite et on restreint le tout, car tu ouvres une canne de verre et tout le monde veut embarquer dans ce profil sans accepter certains choix. En Europe, c’est chapeauté par une organisation professionnelle qui a les ressources et les moyens pour superviser le tout de près puisque la pyramide est petite », a relativisé Gervais.

« Prendre le chemin normal, ce n’est pas trop lent. Parfois, on essaie tellement de sauter des étapes que c’est là qu’on brûle des talents élite », a ajouté Gervais avec pertinence.

Pour ajouter un peu d’optimisme au portrait actuel, terminons avec les propos d’un ancien joueur élite devenu enseignant d’éducation physique et bénévole au hockey adapté pour les jeunes vivant avec le spectre de l’autisme ou une déficience intellectuelle légère.

« C’est magique! Au Québec, on veut la victoire à tout prix. Mais eux, ils veulent juste s’amuser. Ils sont là pour le plaisir, ce n’est du positif. On a aussi développé ça ici », a-t-il conclu.

*Mardi, on abordera la vision d’un recruteur de la LNH et les coûts élevés.