Paul Maurice verra l’hommage sur l’écran géant, qu’il le croie mérité ou non. Il entendra l’ovation des partisans et les joueurs qui frappent la glace avec leurs bâtons, puis lèvera la main en guise de remerciement, dans de vains efforts pour arrêter tout cela. Il écoutera les bons mots et dira « merci » quelques fois.
Ce sera le genre de soirée qu’il redoute, puisqu’il sera au centre de l’attention.
Maurice, qui a mené les Panthers de la Floride à deux coupes Stanley consécutives et qui a toujours refusé de s’attribuer le moindre mérite, dirigera un 2000e match de saison, mardi. Pour l’occasion, les Panthers accueilleront le Kraken de Seattle.
Lorsque la rondelle sera déposée sur la patinoire pour la mise au jeu initiale, il rejoindra Scotty Bowman comme seul autre entraîneur-chef à avoir atteint ce plateau.
« Ça signifie vraiment que j’ai été incroyablement chanceux pendant un long, long moment », a-t-il dit. « Ça signifie que j’ai eu des gens très spéciaux autour de moi pendant ma carrière, comme joueur et dans la transition comme entraîneur. »
Bowman avait 67 ans quand il a atteint les 2000 parties. Maurice n’a que 59 ans. Il est devenu le cinquième plus jeune entraîneur-chef dans l’histoire de la LNH quand il a obtenu sa première opportunité, à 28 ans en 1995, et avait 43 ans quand il a atteint les 1000 matchs.
Et il ne semble pas vouloir ralentir. À ce rythme, il dépassera les 2141 parties de Bowman au cours de la saison 2027-28.
« L’ampleur de cet exploit est éclipsée par la personnalité de l’homme », a déclaré Bill Zito, directeur général et président des opérations hockey des Panthers. « Il est tellement réticent à se mettre en avant. C’est peut-être son secret: pour lui, tout tourne autour de l’équipe, absolument tout, et c’est peut-être pour ça qu’il est capable de réaliser de telles choses. »
Les chiffres
Il y a eu 400 autres entraîneurs-chefs dans l’histoire de la LNH, et Maurice en a affronté 171. Il a dirigé 387 joueurs depuis ses débuts, et ses équipes ont joué contre 3068 joueurs. Au chapitre des buts, il a l’avantage avec 5691 marqués par ses équipes, contre 5678 par leurs adversaires.
Le règne des Panthers, doubles champions en titre, touche à sa fin après une saison vouée à l’échec dès le départ en raison des blessures, mais le noyau sera de retour la saison prochaine. Et tous les joueurs considèrent Maurice comme l’une des raisons principales pour lesquelles une organisation autrefois médiocre n’est plus une plaisanterie.
« J’espère qu’il y a un joueur qui dira : “ Il a changé ma carrière ” », a déclaré Maurice. Et j’aime penser que ces gars sont ceux qui jouent sur les troisième ou quatrième trios pour développer leur jeu et qui vont briller ailleurs. Et puis, on espère qu’au moins un d’entre eux dira : “ C’est le meilleur entraîneur que j’aie jamais eu.” »
« Un joueur m’a dit ça il y a quelques années, un joueur que j’ai dirigé quelques fois et qui a connu une longue carrière. Et c’est la chose la plus gentille qu’un joueur m’ait dite. »
La carrière d’entraîneur de Maurice a commencé, à bien des égards, d’un concours de circonstances malheureuses. Sélectionné au tout dernier rang du repêchage de la LNH en 1985 – 252e au total –, il n’a jamais joué au sein du circuit.
Une blessure à un oeil a mis un terme à sa carrière de joueur prématurément. Il aime dire qu’il n’était pas un bon joueur, mais il omet de préciser qu’il était aussi extrêmement intelligent.
Quand Jim Rutherford a entendu Maurice parler dans son rôle de capitaine des Spitfires de Windsor dans les années 1980, il a été impressionné.
Quelques années plus tard, Rutherford, alors directeur général des Whalers de Hartford, avait besoin d’un entraîneur-chef. Il est parvenu à convaincre le propriétaire, Peter Karmanos fils, que Maurice était l’homme de la situation.
Aujourd’hui encore, Maurice attribue tout son succès à Karmanos et Rutherford.
« J’ai eu la chance d’obtenir plusieurs opportunités, mais les débuts n’ont pas toujours été faciles », a expliqué Maurice. « Jim Rutherford m’a offert du mentorat, une amitié et une protection, ce qui explique sans doute ma présence ici. »
« C’est à cela que je repense aujourd’hui, à ces premières années, et à la façon dont j’ai réussi à survivre », a-t-il ajouté. « Ce n’était pas vraiment grâce à mon talent. Ils ont sans doute décelé quelque chose en moi, mais c’est surtout grâce à ces hommes, aux opportunités et à la protection qu’ils m’ont offertes. »






