Éric Plante aime tellement jouer du saxophone qu’il en a fait son métier. Un métier qui lui permet de jouer dans l’eau, au sens propre comme au sens figuré, à titre de chef de l’orchestre qui enveloppe de musique les performances des vedettes du spectacle O créer par le Cirque du Soleil il y a près de 20 ans déjà.

Même s’il n’aime pas la neige, du moins il n’aime pas la pelleter, Éric Plante, comme tout bon Québécois, aime bien la glace. La glace sur laquelle on patine. Sur laquelle on joue au hockey.

C’est donc avec grand enthousiasme qu’il a suivi la progression de la candidature des Golden Knights de Las Vegas et qu’il a célébré leur entrée dans la LNH. Une entrée qui se concrétisera mardi soir par le tout premier «vrai» match de «sa» nouvelle équipe dans leur tout nouveau et tout moderne T-Mobile Arena.

«C’est vraiment excitant», a convenu M. Plante au cours d’une conversation en après-midi lundi.

Comme plusieurs Québécois expatriés dans le désert du Nevada, Éric Plante garde contact avec le Canadien et ses adversaires par le biais des médias sociaux et des plateformes offertes par la LNH. C’est d’ailleurs par le bien de «Twitter» que j’ai pu établir un contact direct avec lui.

«À cause du décalage horaire, je suis normalement en mesure de suivre la première période à RDS avant de quitter la maison pour le travail. Pendant que je me rends au Bellagio en voiture, j’écoute le match à la radio – les collègues Martin McGuire et Dany Dubé l’accompagnent sur la route par le biais de l’application du 98,5 FM – et je me rebranche sur ma tablette une fois à l’hôtel.

En congé les lundis et mardis, Éric Plante aurait normalement pu assister à la grande première de mardi soir alors que les voisins du désert de l’Arizona, les Coyotes, feront escale dans le désert du Nevada. Sauf que: nageurs et musiciens ont dû annuler leur congé habituel du mardi pour effectuer une captation spéciale du spectacle O pour le compte d’une station de télévision allemande.

Ce ne sera que partie remise.

«On est un bon groupe de Québécois à Vegas. Nous étions beaucoup plus à O dans le temps avec l’équipe de nageurs et nageuses de Sylvie Fréchette. Nous sommes cinq Québécois maintenant, mais ils sont davantage avec Mystère sans compter tous les autres qui sont venus travailler dans le coin. On tente parfois de tous nous rassembler pour regarder le Canadien, mais ce n’est pas évident en raison des horaires qui sont différents d’un spectacle à un autre», a souligné celui qui vit à Las Vegas depuis plus de sept ans déjà.

Ligue de mononcles

Mais en dépit de la distance qui les sépare de la maison, du soleil qui est toujours pas mal chaud et du sable qui remplace la neige, la passion pour le hockey demeure.

«Je joue au hockey dans une ligue de mononcles quatre à cinq fois par semaine. C’est d’ailleurs sur la glace que je vais aller amorcer mon lundi soir de congé», a lancé avec un enthousiasme évident le chef d’orchestre.

Éric Plante, ses coéquipiers et adversaires avaient rendez-vous à Summerlin, une banlieue située à une trentaine de minutes de voiture de la «strip», pour sauter sur l’une des deux patinoires du centre d’entraînement construit par les Golden Knights.

«C’est très beau. C’est très ouvert. C’est surtout très accessible. Les amateurs peuvent assister aux entraînements des Knights et les joueurs sont très accessibles», assurait Éric Plante en faisant référence à des images diffusées aux bulletins télévisés de Vegas hier alors qu’on voyait Marc-André Fleury offrir son bâton de gardien en cadeau à un jeune partisan.

«Il y a environ 2 millions de personnes qui vivent dans le grand Las Vegas. Il y a beaucoup d’amateurs de hockey. Plusieurs clubs de hockey mineurs ont déménagé leurs activités au centre d’entraînement des Knights qui ressemble un peu à celui du Canadien, à Brossard, en ce sens qu’il est situé dans un grand centre commercial qui a des allures de dix-30.

C’est à leur site d’entraînement que les Knights patineront mardi matin. Ils poseront les patins sur la glace du T-Mobile pour la quatrième fois seulement puisqu’ils n’ont disputé que trois matchs préparatoires à leur domicile situé en plein cœur de l’allée des hôtels et casinos.

Plusieurs activités sont au programme pour l’occasion.

Les partisans sont invités à prendre part à une grande marche qui se mettra en branle devant l’hôtel Paris à quelques coins de rue pour ensuite remonter la «strip» et se rendre au T-Mobile Arena où les joueurs des Knights feront une entrée remarquée sur un tapis or qui sera déroulé pour l’occasion.

Une cérémonie en l’honneur des victimes de la fusillade survenue la semaine dernière dans l’ombre de l’hôtel Mandelay Bay devrait occuper un grand pan de la mise en scène orchestrée avant le match. Le Cirque du Soleil sera aussi mis à contribution avec un spectacle attendu qui sera présenté lors du premier entracte.

Folie meurtrière 

Au-delà l’enthousiasme associé à la première partie à domicile de l’histoire des Golden Knights, il est impossible de faire abstraction à l’horreur vécue la semaine dernière dans le cadre de la folie meurtrière qui a fait 58 victimes et des centaines de blessés.

Les activités ont repris autour de l’hôtel où s’était embusqué le tireur fou. «Nous sommes tous encore horrifiés, mais la vie reprend peu à peu son cours. Le Mandelay Bay affiche d’ailleurs complet en raison d’une immense convention prévue depuis longtemps», m’a indiqué le chauffeur de taxi lors de la course entre l’aéroport et l’hôtel où je loge. Comme si le site était maintenant un attrait touristique, le chauffeur a même pointé du doigt la portion de l’hôtel où le tueur a fracassé les fenêtres de sa suite avant de faire feu. «C’est là que c’est arrivé…», a-t-il lancé comme s’il s’était transformé en guide et qu’il parlait d’une statue, ou d’un musée.

«On sait que nous ne sommes pas à l’abri d’une tragédie comme celle de la semaine dernière. C’est l’un des aspects particuliers des États-Unis. On a su ce qui se passait après le spectacle seulement. Malgré le chaos qui régnait en ville, j’ai été en mesure de quitter une dizaine de minutes avant que la police n’impose la fermeture de tous les casinos et des hôtels», qui a ensuite dû rassurer parents et amis puisqu’il vit maintenant seul à Las Vegas.

«Ma conjointe est retournée au Québec cette année avec nos deux filles, car l’une de mes filles tente de se tailler une place au sein de l’équipe nationale de nage synchronisée. Parce que nous sommes Canadiens, elle ne pouvait pas se rendre au plus haut niveau avec les Américaines. Elle a disputé des compétitions à titre de nageuse indépendante et elle a été recrutée par une équipe de Québec. Ma conjointe s’occupe de l’entraînement avec mes filles à la maison et moi je m’occupe des factures ici», a lancé en riant Éric Plante.

En plus de ses coéquipiers et adversaires de sa ligue de mononcles, Éric Plante pourra dorénavant compter sur les Golden Knights pour l’aider à composer avec les soirées de solitudes dans le désert du Nevada.