CHÂTEAUGUAY – Zachary L'Heureux a toujours valsé entre la provocation et l'arrogance, l'intimidation et l'indiscipline.
Dans le junior, cette identité l'a souvent mis dans le pétrin. Elle lui a aussi permis d'être un choix de première ronde, le 27e au total, au repêchage de la Ligue nationale. Au niveau professionnel, elle allait toujours être son meilleur atout vers une permanence dans le show.
À 22 ans, l'Heureux vient de conclure sa première saison complète dans la LNH. Il a disputé 62 matchs avec les Predators de Nashville, amassant 15 points et 63 minutes de pénalité. Il a dominé toutes les recrues du circuit avec 198 mises en échec et a jeté les gants à trois reprises.
Au-delà de la déception collective – les Preds ont végété au 30e rang du classement général – ces chiffres permettent à l'ancien des Mooseheads de Halifax de dresser un bilan positif de son introduction à la meilleure ligue au monde.
« La chose numéro un, c'est que je ne voulais pas changer ma game, résumait-il cette semaine avant un entraînement au Centre de performance Axxeleration à Châteauguay. Évidemment, il y a encore des moments où je me gratte la tête et je me demande pourquoi j'ai fait ça, mais au final je ne voulais pas changer mon énergie et ce que j'amène, l'esprit compétitif. C'est ça qui m'a amené où je suis aujourd'hui et je pense que je fais encore une bonne job pour rester sur la ligne, ne pas la dépasser tout le temps. »
« Mais évidemment, il y a encore des moments où ça arrive. Dans ce temps-là, tout est dans ta façon de répondre. »
L'Heureux fait principalement référence à un incident dans lequel il a été impliqué dans un match contre le Wild du Minnesota le 31 décembre. Ce soir-là, en tentant de battre le défenseur Jared Spurgeon dans une poursuite pour la rondelle, le Québécois a étiré la jambe et fait trébucher le vétéran dans la bande.
Le geste lui a valu une suspension de trois matchs. Il a aussi donné l'occasion à ses vieux détracteurs de prendre la parole et à sa vieille réputation de refaire surface. Avant le match suivant entre les deux équipes, Marcus Foligno, un coéquipier de Spurgeon, avait déclaré dans les médias qu'il y aurait « un prix à payer » pour cette collision controversée. « Il y a plusieurs gars à Nashville qui comprennent le code, mais ce n'est pas le cas du jeune homme », avait-il déploré.
Ça a été un moment charnière dans la saison recrue de L'Heureux. Après avoir blessé un vétéran respecté et reçu un avertissement très peu subtil de ses adversaires, il aurait pu rentrer dans sa coquille et commencer à jouer sur les freins. Il n'était plus à Rimouski ou Rouyn-Noranda. Ce n'est pas ce qu'il a fait. Pour sa faute qu'il juge maladroite, mais accidentelle, il s'est d'abord excusé à Spurgeon. Il a ensuite répondu de ses actes en acceptant l'invitation au combat de Yakov Trenin lors du match revanche.
Aujourd'hui, il maintient que sa réaction a été un signe de maturité dans une saison d'apprentissage.
« C'est sûr que je suis un jeune qui n'a pas fait ses preuves et qui va faire quelque chose de même, réagit-il quand on lui rappelle les propos de Foligno. Lui, il aurait pu penser que je ne connais pas le code, mais je pense que j'ai vraiment dealé avec ça de la bonne façon. Je le sais qu'il y a un code. Je joue au hockey ça fait longtemps, je regarde du hockey ça fait longtemps. C'était peut-être une façon d'essayer de me cibler, mais au final ce n'est pas ça qui va me shaker, qui m'a fait peur. Je savais qu'il fallait que je réponde et c'est ce que j'ai fait. »
Des poings... et des mains
Celui qui se fait surnommer « Happy » dans la capitale de la musique country a passé la majeure partie de la saison dans un rôle de soutien. Ses compagnons de trio les plus fréquents ont été Michael McCarron et Cole Smith.
Mais dans cette saison de misère, ses supérieurs lui ont aussi donné l'occasion de démontrer son savoir-faire dans des fonctions plus offensives. En fin de saison, on l'a jumelé pendant quelques matchs à Steven Stamkos et Filip Forsberg. Il a aussi foulé la patinoire aux côtés de Jonathan Marchessault.
S'il admet avoir ressenti une certaine nervosité au début de ces inattendus partenariats, il croit s'être bien tiré d'affaire.
« J'essayais de ne pas trop changer ma game, d'apporter cette énergie, mais effectivement c'était un rôle plus offensif. J'essayais de faire des jeux un peu plus, de trouver l'équilibre entre jouer mon rôle énergie, frapper, rentrer dans la tête des autres joueurs un peu, mais amener les habiletés que je pense que je suis capable d'amener. »
L'Heureux a des antécédents intéressants en matière de production offensive. À ses trois dernières saisons dans la LHJMQ, séries éliminatoires incluses, il a marqué 73 buts en 132 matchs. À sa saison d'initiation dans la Ligue américaine, il a amassé 48 points en 66 matchs de saison régulière et avait ajouté 15 points, dont 10 buts, en 15 matchs de séries.
Il est confiant qu'avec le temps, il pourra transposer ces habiletés au niveau de la LNH et ainsi ajouter une plus-value à ses talents d'agent perturbateur.
« Je pense que je suis capable de jouer les deux rôles. J'ai assez de skills. Je pense qu'à certains moments, je ne l'ai pas assez montré, mais je suis capable de jouer cette game-là à 100%. Sauf que je ne veux pas que ça n'enlève rien à l'autre côté de mon jeu, à moi qui bouge mes pieds, qui est dans ta face, qui va au filet. Je pense que c'est plus un complément aux habiletés des autres que je suis capable d'amener. Je suis peut-être capable de jouer un peu partout dans l'alignement et ils ont réalisé ça. Je veux que ça soit un outil pour moi. »





