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Un virage identitaire nécessaire pour la Victoire

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À 34 ans, Poulin refuse de prendre des raccourcis Reportage de Raphaël Guillemette qui discute de l'avenir de la grande Marie-Philip Poulin dans le hockey à 34 ans.

MONTRÉAL – Laura Stacey ne voit pas passer son été. Un mariage, un petit tour dans la famille à Toronto, un autre mariage. Elle garde aussi les yeux sur la rondelle et les deux mains sur son bâton. Pour sa fondation, LS7, elle organise chaque année un tournoi caritatif de hockey-balle. La toute première édition montréalaise de l'événement aura lieu dans un mois.

Et en cette avant-dernière journée de juillet, on la retrouve à l'aréna Ed Meagher de l'Université Concordia, où elle donne un coup de main au camp de hockey organisé par Caroline Ouellette et Marie-Philip Poulin.

« Et vous? », s'informe-t-elle après une énumération de son emploi du temps aussi épuisante qu'une longue présence en désavantage numérique. Elle écoute, puis repart sur son souhait de visiter la Gaspésie ou sur les plans qu'elle commence, tranquillement pas vite, à mijoter pour son après-carrière.

Stacey parle aussi vite qu'elle dégaine son lancer sur réception, mais jamais pour ne rien dire. Elle est l'une des intervenantes les plus pertinentes dans le vestiaire de la Victoire de Montréal

Elle a de la répartie aussi. On le découvre lorsqu'on finit par faire dévier la discussion sur le hockey. Pas celui qui s'enseigne entre un popsicle et une saucette dans la piscine. Celui qui se joue de novembre à mai. Celui qui enivre, celui qui arrache le cœur.

On y échappe difficilement à Montréal. Même dans la partie la plus morte de la saison morte, on veut parler de ce qui s'est passé, on veut parler de ce qui va se passer.

Ce qui s'est passé chez la Victoire : après une élimination hâtive en séries, l'équipe a été démantelée, un peu de force et un peu par choix. Le mot qui se passe, c'est que la directrice générale Danièle Sauvageau a voulu rebâtir une équipe imposante qui sera plus difficile à affronter au printemps.

Ce qui va se passer?

« C'est une question difficile étant donné qu'on n'a pas joué une seule partie encore », lance Stacey, plus comme un clin d'œil amical qu'un roulement d'yeux désapprobateur. Elle aussi, au fond, est bien curieuse de mesurer l'effet de ce changement de direction.

Sauvageau a ajouté de l'expérience. La moyenne d'âge de ses six nouvelles acquisitions sera de 28 ans lorsque la prochaine saison débutera. Elle a ajouté du poids aussi. La seule joueuse de ce groupe qui mesure moins de 5 pieds 8 pouces est la plus détestable, Abby Roque.

« Juste en regardant notre alignement, c'est sûr qu'on peut dire ça, continue Stacey. On a mis la main sur des joueuses qui prennent de la place, qui aiment le jeu physique, le jeu râpeux, qui sont désagréables à affronter. Honnêtement, c'est à l'image de notre ligue. C'est vraiment difficile de marquer des buts, de trouver de l'espace, de se déplacer sans prendre des coups. Plus on a de joueuses qui sont prêtes à payer le prix pour y arriver, mais aussi à faire payer le prix aux joueuses de l'équipe adverse, le mieux on s'en portera. Et à 100%, je pense que c'est ce que Danièle a réussi à accomplir. »

Un ajustement nécessaire  

Caroline Ouellette approuve. La membre du Temple de la renommée note que le hockey féminin, autant celui qui se joue à l'international que dans la LPHF, s'est métamorphosé dans les dernières années. Les habiletés pures ne suffisent plus à s'élever au-dessus de la mêlée. Le chemin vers le filet adverse se défriche à coups de grimaces et d'échecs, un coude dans les côtes ou un bâton dans les lombaires.

« C'est quelque chose qu'on ne savait pas au premier repêchage, rappelle celle qui agit comme entraîneuse-adjoint chez la Victoire en plus de son mandat avec les Stingers de l'Université Concordia. Personne ne savait que ça allait être comme ça. Donc je pense qu'il a fallu s'ajuster en cours de route. »

Le groupe d'entraîneurs supervisé par Kori Cheverie s'est toujours penché sur cet aspect du jeu à l'entraînement. « Apprendre à nos athlètes à se protéger, à encaisser une mise en échec », explique Ouellette. Mais les récents résultats ont exposé les limites de la pédagogie.

« Il n'y a aucun doute que si tu regardes l'alignement aujourd'hui, sur papier on a ajouté de la grandeur, on a ajouté du poids et ça, ça ne peut pas nuire. »

« C'est sûr que ça va être un avantage, anticipe Marie-Philip Poulin. Les séries éliminatoires, c'est une autre saison. C'est physique, c'est intense. Dans les deux dernières années, malheureusement, on n'a pas été capables de sortir de la première ronde. Il faut trouver quelque chose. Que ça soit au niveau physique, mental, mais être prêtes à ce moment-là. Je pense qu'avec la job que Danièle a fait pour apporter ces filles-là, on est super excitées. »

Aucune joueuse ne personnifie mieux le virage identitaire de la Victoire que Roque.

L'Américaine de 27 ans est une perturbatrice professionnelle, un bulldozer sur deux lames, un poison dans la soupe de l'adversaire. Dans un sondage effectué par The Athletic auprès d'une trentaine de joueuses des équipes nationales canadienne et américaine en 2023, elle avait été identifiée comme la plus haïssable à affronter et la plus habile dans l'art du discours ordurier.

Poulin en sait quelque chose. Il suffit d'entrer son nom et celui de sa nouvelle coéquipière dans votre moteur de recherche préféré pour le comprendre.

« On est deux compétitrices, on l'a vu dans les vidéos. Mais on se parle, on se texte, on en rit. À la fin de la journée, les deux on veut gagner et on est super contentes de l'avoir à Montréal. Pour les mises en jeu, pour être honnête c'est une des meilleures dans la ligue. Elle voit le jeu, elle est capable de lancer, c'est elle qui a réussi le premier Michigan dans la ligue! De l'avoir dans notre équipe, je pense qu'elle va apporter un aspect "tough". On est vraiment très choyées de l'avoir. »

Poulin touche un bon point. Si Roque a la réputation d'être une douleur dans l'arrière-train de ses adversaires, c'est aussi parce qu'elle est une joueuse de qualité. Ses 17 points l'auraient placée au quatrième rang des marqueuses de la Victoire l'an dernier.

« Jouer contre elle, ça n'a jamais été facile, reconnaît Stacey. On ne s'est jamais très bien entendues sur la glace, on ne s'est jamais fait de cadeaux. C'est une fille qui va se battre avec acharnement pour son équipe... et maintenant elle est dans la nôtre. C'est excitant de penser qu'on sera coéquipières. »