OTTAWA – Dans l'effectif hétéroclite d'Équipe Canada junior, quatre joueurs ont la particularité de n'avoir jamais représenté leur pays sur la scène internationale avant d'avoir été convoqués pour le tournoi en cours à Ottawa.
Deux d'entre eux sont les défenseurs Beau Akey et Sawyer Mynio, qui sont appelés à remplir des rôles secondaires au sein de la troupe de l'entraîneur Dave Cameron. L'attaquant Luca Pinelli, qui connaît un bon début de compétition mais dont la sélection a été critiquée lors du camp préparatoire, en est un autre.
Le dernier est le Néo-Brunswickois Bradly Nadeau, l'un des joueurs qui détiennent les clés de l'attaque d'ÉCJ cette année.
Nadeau, un choix de première ronde des Hurricanes de la Caroline, est le seul joueur de l'édition actuelle de l'équipe nationale des moins de 20 ans à arriver d'une équipe professionnelle. Il fait partie du premier trio en compagnie d'Easton Cowan et Calum Ritchie, deux joueurs qui ont l'habitude de porter la feuille d'érable.
Comment Nadeau, un joueur qui a tout raflé au niveau junior, qui a excellé pendant son bref passage en NCAA et qui a signé un contrat pro à l'âge de 18 ans, a-t-il pu passer aussi souvent entre les mailles de Hockey Canada? Les circonstances n'ont pas toujours joué en sa faveur et il admet qu'il ne s'est pas toujours montré à la hauteur lorsque sa chance s'est présentée. Peut-être, aussi, que les grands décideurs se sont trompé une fois ou deux sur son cas.
En 2021, le Défi mondial des moins de 17 ans n'avait pas été présenté dans son format habituel. Nadeau avait été recruté pour faire partie de l'une des trois équipes qui allaient se frotter à l'équipe nationale féminine dans ce qui a été baptisé le Capital City Challenge.
L'année suivante, il avait refusé une invitation de prendre part au Mondial des moins de 18 ans puisque son équipe, les Vees de Penticton, visaient un deuxième championnat consécutif dans la BCHL. Il avait ensuite été invité au camp de sélection pour la Coupe Hlinka-Gretzky durant l'été, mais n'avait pas été retenu au terme du processus.
« Je savais après le camp que je n'avais pas assez bien joué pour pouvoir faire l'équipe, admet le natif de Saint-François-de-Madawaska. Si j'avais joué comme je pouvais, j'aurais peut-être dû être là, mais avec la manière que j'avais joué au camp, c'est moi qui avais fait mon destin pour celle-là. »
L'année dernière, même s'il arrachait tout à l'Université du Maine – il a terminé la saison avec 46 points en 37 matchs – il n'a pas été considéré pour faire partie de l'équipe qui s'est contentée d'une cinquième place au Mondial junior de Göteborg.
« Tout le monde autour de moi trouvait ça injuste, mais moi j'avais pas pensé grand-chose de ça. Des fois, quand t'es au collège, tu te fais un peu moins regarder. Mes entraîneurs ne comprenaient pas, mais je me disais que si [Hockey Canada] ne regardait pas trop ce que je faisais à l'école et qu'ils se basaient sur le U18, c'était compréhensible. »
Forcer la main
Cette année, Nadeau était déterminé à vivre l'expérience de l'équipe nationale avant de perdre son admissibilité. Il n'a pas laissé le choix aux dirigeants de Hockey Canada de l'inclure dans leurs plans.
Mis sous contrat par les Hurricanes en avril, il a commencé sa carrière professionnelle avec les Wolves de Chicago, leur club-école de la Ligue américaine, à la fin de l'été. Quelques mois plus tard, maintenant que sa lecture du jeu est au diapason avec la vitesse d'exécution de la LAH et qu'il a bien assimilé les systèmes de jeu, il se dit agréablement surpris de l'aisance avec laquelle il a réussi la transition.
Même s'il a raté trois matchs des Wolves depuis qu'il a répondu à l'appel de la patrie, il est toujours le deuxième meilleur marqueur de l'équipe avec 15 points.
« C'était vraiment différent au début. Dans la zone défensive, on joue du homme à homme. Un coup que t'as ton gars, tu restes avec lui. Toute ma vie, j'ai appris que tu restes dans ton cadran en haut en tant qu'ailier. Là dans mes premières games, on dirait que je pensais que j'étais perdu, j'allais en arrière du but pour suivre le défenseur! Mais là je me suis habitué et ça feel plus naturel. »
« Dans le dernier mois particulièrement, on voit que tout a ralenti pour lui, nous confirme en entrevue le directeur général des Wolves Darren Yorke. Il a commencé à créer des chances de marquer, à provoquer des revirements en échec-avant et à exécuter notre système de jeu sans réfléchir, avec toute l'agressive que ça nécessite. J'ai l'impression de revoir le joueur que j'observais quand il était au Maine. »
Quand Hockey Canada est entré en contact avec Yorke pour s'enquérir de son ouverture à laisser partir sa recrue pendant le temps des Fêtes, il n'a pas hésité à mettre les feux au vert. Pour Nadeau aussi, la décision a été facile à prendre.
« Plus tard dans ma carrière, peut-être que je me serais rappelé des huit matchs que je vais manquer dans la Ligue américaine. Mais je peux te garantir que je vais plus me souvenir du tournoi que je vais avoir joué ici. C'était quand même dur de refuser cette chance-là. »
Le chien mort de Rimouski
Les droits de Nadeau dans la Ligue canadienne de hockey appartiennent à l'Océanic de Rimouski, qui l'a repêché en septième ronde au repêchage midget de 2021. Lorsque Nadeau a quitté les bancs d'école pour le hockey professionnel, plusieurs se sont demandé si un chandail l'attendait dans le Bas-St-Laurent. L'Océanic sera l'hôte du tournoi de la Coupe Memorial en 2025 et l'arrivée de Nadeau lui donnerait des munitions inespérées dans sa quête d'un deuxième sacre.
C'était peut-être un secret de polichinelle, mais on peut confirmer que ça n'arrivera pas. Lorsqu'on lui a présenté cette possibilité au téléphone, Darren Yorke a répondu « non » cinq fois avant même qu'on ait fini notre phrase. Le directeur général de l'Océanic, Danny Dupont, avait obtenu la même réponse quelques jours plus tôt. Il ne fonde plus d'espoir en la venue de Nadeau et se dit en paix avec ce dénouement.
« Ça n'a jamais vraiment été dans mes plans, nous a confirmé le principal intéressé vendredi. Avant que je m'engage au Maine, j'y pensais un peu, mais aussitôt que j'ai pris cette décision, c'est sorti de ma tête. Et quand j'ai signé pro, mon objectif c'était d'essayer de jouer dans la LNH. Sinon j'allais prendre de l'expérience dans la Ligue américaine. Je suis rendu là et ça va bien. La prochaine étape pour moi, c'est la LNH. »





