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Marion Thénault : la gymnaste devenue skieuse en route vers l’espace

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Marion Thénault ne savait pas skier. Quelques années plus tard, elle montait sur un podium olympique. Récit d’une athlète intrigante.

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Thénault est arrivée au ski acrobatique par le truchement du Camp des recrues RBC, un événement qui sert à dénicher des athlètes de pointe dans différents sports. C’est le même exercice qui a permis à Kelsey Mitchell, joueuse de soccer accomplie, de se trouver une passion pour le vélo et lui permettre de maintenant faire la transition vers le bobsleigh.

« J’étais vraiment en questionnement. Je savais que j’arrivais à la fin de ma carrière en gymnastique et je ne pouvais pas seulement arrêter, et passer de 25, 30 heures de gym par semaine à zéro », a expliqué la sauteuse de 25 ans à La Presse Canadienne le printemps dernier.

« J’y allais par curiosité et avec une grande ouverture d’esprit. Il y avait un coach de ski acrobatique. Il m’a dit que je devrais aller essayer. Je lui ai répondu que je n’étais pas une skieuse. Il m’a dit: ‘Ce n’est pas grave’. J’ai répondu : ‘T’es sûr?’. Il m’a dit que oui! »

Elle n’a pas quitté le sport depuis.

« Quand je suis allée essayer la rampe d’eau, en juin 2017. Ç’a été un coup de cœur. L’atmosphère, les trampolines extérieurs, je voyais les gars faire de la ‘trippe’ et ç’avait l’air complètement fou! Je suis tombée en amour avec ce sport instantanément. »

Restait un détail à régler: Thénault ne savait pas skier!

« Ce qui était le plus difficile, ce n’était pas d’apprendre à skier, c’était de mettre mon ego de côté, rappelle celle qui avait alors 17 ans. J’étais une acrobate à la base et c’était ça qui me valorisait. Là, j’arrivais sur des skis et j’étais une complète débutante. Je n’étais plus habituée d’être une débutante. Quand ça fait 14 ans que tu fais de la gym, tu es confortable. Ç’a été plus difficile. Je me suis dit que si je voulais apprendre, je devais arrêter de vouloir impressionner, car je n’impressionnais personne! »

Ç’a changé depuis.

La Sherbrookoise est arrivée sur le circuit de la Coupe du monde en 2020. Mise à part cette première saison, elle a toujours terminé parmi les huit meilleures au monde: deux fois huitième et trois fois troisième, dont lors des deux dernières campagnes.

Elle chauffe les meilleures au monde constamment. Aux Jeux de Pékin, ses premiers, elle a raté la grande finale individuelle par 71 centièmes de point, avant de monter sur la troisième marche du podium en compagnie de Miha Fontaine et Lewis Irving en saut par équipe mixte. À ses trois Mondiaux, elle a participé à la grande finale chaque fois, terminant au pied du podium en 2023. L’an dernier, elle détenait la meilleure note après la petite finale et s’est élancée dernière de la grande finale, terminant finalement cinquième.

Ce qui lui manque? De la constance sur sa figure triple, un salto arrière jumelé à trois vrilles.

« J’ai besoin de plus de ‘millage’ sur cette figure. Je l’avais tentée en compétitions avant, mais je ne l’avais jamais réussie. C’est un nouveau saut pour moi […] et le faire en compétition, ce n’est pas l’idéal.

« J’ai eu un camp d’entraînement à Livigno où j’ai pu en faire six en une semaine. Ça l’air de rien, mais c’est énorme. Aux Mondiaux, on a vu la qualité de ce saut, ç’a explosé. Présentement, personne sur le circuit ne fait plus difficile que ça. J’ai le potentiel de monter sur le podium, de gagner les JO. Pour faire ça, il faudra se concentrer sur une chose à la fois. »

Notamment, cesser de penser à ce que les autres font en piste.

« Ça ne sert à rien de dépenser de l’énergie à penser à ça. Je tente davantage cette année de célébrer ce qu’elles font. On a un plateau féminin qui amène le sport à un autre niveau. J’aime ça me retrouver en haut de la montagne et encourager ça. J’aime trouver ça cool ce qu’on fait, de montrer que les femmes sont capables de réussir des sauts à haut degré de difficulté et de ne pas faire que le minimum. Ça me parle; ça m’allume. Meilleures sont mes adversaires, plus fière je suis de faire partie de ce groupe.

« Le chemin qui te mène à un podium olympique est parsemé d’embûches. C’est un objectif immense, mais de me le donner m’a permis d’accomplir des choses que je n’aurais peut-être pas faites. Je fais des triples. Je suis revenue d’une importante blessure. […] J’aime me dire que je veux gagner les Jeux, ce qui me fait réaliser tellement de défis au quotidien. Si je gagne les Jeux, je vais être très contente, mais si je ne les gagne pas, alors, au moins, j’aurai relevé tous ces défis. »

Enfin presque. La brillante étudiante s’est lancée dans des études de génie aérospatial à l’Université Concordia.

« Je suis une femme de sciences. Mes deux parents sont scientifiques: ma mère a étudié en chimie, mon père en biomécanique. Quand on me demandait ce que j’allais faire plus tard, je savais que j’allais être scientifique, mais je ne savais pas exactement comment.

« J’ai choisi l’(le programme) aérospatial, car ç’a piqué ma curiosité. C’est difficile, mystérieux, opaque. […] Je me suis embarquée là-dedans un peu naïvement, comme beaucoup de choses dans ma vie, mais j’adore! Je ne sais pas si je vais travailler dans ce milieu. Je suis beaucoup impliquée dans la cause environnementale. Peut-on utiliser les technologies spatiales au service de l’environnement? Je pense que oui. »

Thénault sera en action les 17 et 18 février en simple, ainsi que le 21 février en saut par équipe mixte.