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Le grand retour auquel Nicolas Gagnon avait arrêté de croire

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MONTRÉAL – L’une des premières choses que Nicolas Gagnon a ressenties lorsqu’il a été courtisé par une équipe de Premier League cet été, c’est de la méfiance.

L’entraîneur québécois avait un souvenir tout frais des barrières qui s’étaient refermées sur son parcours l’année précédente. Alors courtisé par Sunderland, son embauche avait été bloquée par le refus de la fédération anglaise de football de lui accorder un visa de travail. Il s’était finalement trouvé du boulot en Arabie Saoudite, bien loin du prestige du plus grand championnat de soccer au monde.

« J’étais certain que dans les trois, les cinq prochaines années, je n’aurais pas pu y retourner. Pour moi, ce n’était même pas une option, nous racontait Gagnon cette semaine. J’ai vu des offres sur lesquelles je n’ai même pas appliqué. On m’a envoyé des trucs en me disant “tel club se cherche quelqu’un” que je n’ai même pas regardés. »

D’où sa surprise, et sa réticence à s’emballer trop vite, quand l’AFC Bournemouth, sixième au classement de la Premier League la saison dernière, a exprimé de l’intérêt pour ses services. Gagnon a eu une première rencontre avec le nouvel entraîneur Marco Rose et les dirigeants du club alors qu’il était en devoir avec l’équipe nationale canadienne à la Coupe du monde. Le courant a passé tout de suite.

« Après cinq minutes, ils m’ont dit : “Je pense que c’est toi qu’on va embaucher”. C’était à moitié à la blague, mais c’est pour dire que ça se passait déjà très bien. »

« Après cinq minutes, ils voulaient m’embaucher » Nicolas Landy s'adresse avec le nouvel entraîneur spécialisé dans les phases arrêtées de l’AFC Bournemouth dans la Premier League, le Québécois Nicolas Gagnon.

Sauf que Gagnon a rapidement adopté une posture défensive.

« C’est la première chose que je leur ai dite : mon visa a été refusé l’an dernier, pourquoi ça serait différent cette année? Ils m’ont dit de ne pas m’inquiéter, qu’ils allaient s’en occuper. Mais à un moment donné, ça faisait au moins trois fois que je leur disais : “Hey, ça m’inquiète”. »

Gagnon a fini par comprendre que les promesses de ses nouveaux employeurs n’étaient pas des paroles en l’air. L’année précédente, il avait lui-même dû s’occuper de garnir son dossier et de plaider sa cause auprès des instances décisionnelles. À Bournemouth, « ils ont mis quatre personnes sur le dossier. C’est vraiment ça qui s’est passé. »

Une équipe légale s’est assurée de colliger tous les arguments nécessaires et de documenter la jurisprudence pertinente afin que la candidature de Gagnon soit blindée contre tous les arguments de la Fédération. Un employé de Black Knight Football, le consortium qui possède l’AFC Bournemouth, a produit trois vidéos pour mettre en lumière les accomplissements, et donc la compétence, de leur prospect.

On a aussi demandé à Gagnon de mettre le paquet en fournissant le plus de lettres de référence qu’il le pouvait. Stephen Eustaquio, Jonathan David et Derek Cornelius ont répondu à son appel, tout comme des joueurs qu’il avait déjà dirigés dans ses clubs précédents et des anciens collègues.

« C’était quand même beaucoup plus solide [comme dossier de candidature]. Et ça a passé! »

Revoilà donc le natif de St-Hyacinthe dans le plus grand championnat de soccer au monde. Le défi qui l’y est attend est emballant.

« C’est pour ça qu’ils sont venus me chercher »

L’AFC Bournemouth est en constante progression depuis qu’il est remonté en première division en 2022. En trois ans, il est passé du 15e au 12e au neuvième rang au classement de l’EPL. Puis l’an dernier, il s’est arrêté à trois points du top-5 et d’une place en Ligue des champions. Tout ça avec des résultats moyens sur les phases arrêtées, la spécialité de Gagnon.

Selon les chiffres fournis par Opta, les Cherries ont marqué 20 buts dans ces circonstances et en ont concédé 26. En enlevant les penalties de l’équation, on se retrouve à 15 buts pour et 19 buts contre pour un différentiel de -4.

Mais Gagnon note que chaque firme, chaque publication et chaque organisation a des façons différentes de comptabiliser les buts sur phases arrêtées. À l’interne, on calcule à Bournemouth qu’on a été dans le rouge de onze unités. « Il y a un vrai chantier », observe Gagnon.

La marge de progression est énorme et les gains potentiels significatifs. « C’est pour ça qu’ils sont venus me chercher. J’ai bien hâte à ce défi. »

Gagnon note qu’en trois matchs amicaux depuis son arrivée, Bournemouth a marqué six fois sur phases arrêtées. Les signes sont encourageants.

Et surtout, l’ancien entraîneur des équipes de jeunes de l’Impact de Montréal se réjouit de se retrouver dans un environnement qui correspond aux standards auxquels on s’attendrait d’un club de haut niveau.

De Marco Rose, il dit : « J’ai déjà vu du monde avec un parcours quand même intéressant où tu fais “Ouin...”, mais lui, il est très, très fort. » Et de manière plus générale, il se considère entouré de « gens qui comprennent comment avoir les résultats. Souvent les gens veulent des résultats, mais ils ne comprennent pas comment y arriver. Là tu sens qu’il y a un vrai processus de réflexion sur la manière d’avoir des résultats. »

Si les efforts qui ont été faits pour concrétiser son embauche sont le reflet de ce qui est mis en place pour obtenir des résultats sur le terrain, Gagnon sait qu’il sera comblé.