MONTRÉAL – La pluie, dont les signes étaient pourtant imperceptibles au début de la séance d’entraînement, avait complètement détrempé les membres de l’équipe nationale canadienne alors qu’ils retraitaient un à un vers le confort du Centre Nutrilait.
Mauro Biello est apparu avec un dossard moulé à son imperméable, sa longue chevelure noire aplatie à son crâne. Maxime Crépeau tentait, en vain, de trouver un coin de tissu sec avec lequel essuyer son visage. Jesse Marsch s’est présenté en entrevue avec des brins d’herbe collés sur les joues.
Nicolas Gagnon, lui, souriait comme un homme qui avait profité de chaque goutte du déluge.
« Ça fait changement de l’Arabie saoudite! », lance-t-il en nous serrant la main.
Gagnon, l’entraîneur des phases arrêtées de l’équipe nationale canadienne, a vécu des émotions partagées sur le plan professionnel dans les derniers mois. Après une première saison passée en Premier League avec Southampton, il croyait avoir décroché un emploi avec le club promu de Sunderland, qui avait reconnu son expertise en lui offrant un contrat de trois ans. Mais la Fédération anglaise de football a rejeté sa demande de visa à quelques semaines du début des principaux championnats en Europe.
En sollicitant son réseau de contacts, il a vent d’une équipe d’Arabie saoudite qui se cherche un spécialiste de balles arrêtées. L’un des critères d’embauche : parler français! Il finit par découvrir qu’il s’agit du Neom SC dirigé par le Marseillais Christophe Galtier.
C’est ainsi qu’après le Brésil, le Portugal, la Turquie et l’Angleterre, notamment, le soccer lui a fait poursuivre sa découverte du globe en le transportant au Moyen-Orient.
« C’est différent, mais ce sont de beaux défis, dit-il en précisant que son nouveau club n’existe que depuis trois ans. Il y a un bon staff, des bons joueurs, un environnement de travail qui est bien. Il ne pleut pas! C’est le désert, alors c’est très particulier et très différent pour les yeux, mais pas d’une mauvaise manière. Comme partout, il y a beaucoup de choses à faire, beaucoup de choses à construire, pas juste sur les phases arrêtées. Le club a un projet très particulier, mais très intéressant. »
Paradoxalement, pendant qu’il tentait de s’ajuster à la balle courbe qu’on lui lançait dans sa carrière en club, Gagnon se faisait mettre une balle sur un tee par Jesse Marsch.
Le patron de la sélection canadienne s’impatientait alors que son équipe n’avait marqué qu’un but dans les 15 premiers matchs de son règne sur phases arrêtées. Il a fait appel à Gagnon avant les matchs amicaux qui précédaient la tenue de la Gold Cup en juin. D’entrée de jeu, contre l’Ukraine, Tajon Buchanan a marqué à la récupération d’un coup franc tiré par Nathan Saliba.
Le ton était donné. Contre le Honduras, dans le premier match de la Gold Cup, Buchanan a récidivé sur un coup de pied de coin tiré par Mathieu Choinière. Et ça a continué. Alors que le Canada se prépare pour des matchs amicaux contre l’Australie et la Colombie, son bilan est à cinq buts comptés sur phases arrêtées à ses huit derniers matchs.
« Quand il est venu à l’équipe nationale, tu pouvais le voir dès son premier speech qu’il croyait à 100% dans ce qu’il présentait, dit Saliba au sujet de Gagnon, son ancien entraîneur au niveau M17 à l’Académie de l’Impact. En tant que joueur, dès que tu vois quelque chose comme ça, c’est naturel de vouloir y croire aussi. Ce qu’il démontre, ce qu’il veut amener, ce qu’il présente, que ça soit des statistiques ou des idées de jeux, tu vois que c’est vraiment réfléchi, qu’il y a consacré beaucoup de temps. Et ça fonctionne! Il a eu de très bons résultats dès le début et je pense que c’est parce qu’il a été cohérent très vite. »
« Il amène son savoir et son expérience, ajoute Maxime Crépeau, un autre de ses anciens disciples à l’Académie. Le fait qu’on a des règles, des principes qu’on doit appliquer, ça fait la différence. On l’a vu dans certains matchs avec les résultats qu’on a eus. Mais je ne peux pas dévoiler plus de secrets que ça, il va falloir lui demander. »
Sans surprise, Gagnon a voulu rediriger les compliments vers ses joueurs, qui « ont tout de suite embarqué. Je pense qu’ils ont vu que ça faisait du sens et que j’étais aussi capable de les écouter. »
Il ajoute : « J’ai toujours dit que le plus grand catalyseur ou destructeur des balles arrêtées, ce n’est pas le coach des balles arrêtées, c’est l’entraîneur-chef. Jesse a énormément de mérite sur les résultats qu’on a parce qu’il les met en valeur, parce qu’il stimule cette culture-là. »
Gagnon est conscient que le taux de succès maintenu par ses joueurs sur coups francs et corners depuis son arrivée est pratiquement intenable. Néanmoins, son défi sera là : s’assurer de faire progresser son département afin de pouvoir donner au Canada le joker dans sa manche qui pourrait l’aider à causer une surprise ou deux à la Coupe du monde.
« L’important, ce n’est pas de réussir au début. C’est que ça continue sur la durée. Est-ce que ça va être au même rythme? Le foot, ce n’est pas une science exacte, les balles arrêtées non plus. Des fois, tu vas avoir un début très rapide, ensuite deux ou trois matchs où il ne se passe rien. C’est normal. Mais il faut qu’on soit dangereux souvent. »
Gagnon a consacré le début de son mandat à apporter des ajustements mineurs à « des bonnes choses qui avaient été faites avant » et à instaurer des principes de jeu généraux. L’opportunité de croissance, il la voit dans une préparation plus spécifique aux futurs adversaires que le Canada rencontrera sur son chemin.
« On va affronter des équipes qui approchent les balles arrêtés de manière différente que celles qu’on a affrontées à date. Notre capacité à nous ajuster pour maximiser nos forces ou profiter de leurs faiblesses, ça c’est un élément de la marge de progression. On a mis des principes en place surtout par rapport à nous jusqu’à présent. Là, on peut être capable de lire encore plus l’adversaire pour être capables de faire une plus grosse différence. »




