Soccer
soccerOpens in new window

Le mot en « i » qui guidera les pas des Roses

Publié le 

LAVAL – La nouvelle entraîneuse-chef des Roses de Montréal est entrée en coup de vent sur le terrain du Stade Boréale. Après avoir fait quelques enjambées sur la pelouse artificielle, elle s’est arrêtée sec, a pivoté sur elle-même et est revenue sur ses pas pour tendre la main à un observateur qu’elle venait de croiser sur son chemin.

« Maryse! », s’est-elle présentée avant de tourner les talons pour reprendre son itinéraire initial.

Les présentations sont encore de circonstances pour Maryse Bard-Martel. Six jours après qu’elle a pris la relève de Robert Rositoiu, trois jours après une immense victoire à Toronto, elle dirigeait son premier véritable entraînement complet mercredi sous un ciel gris, mais clément.

Les 90 minutes qui ont suivi ont semblé filer en accéléré. Tout ce qu’elle a fait – qu’elle aille placer l’équipement en vue des exercices qu’elle avait planifiés, qu’elle fasse part de ses attentes à ses adjoints ou qu’elle intervienne auprès de ses joueuses entre deux répétitions – elle l’a fait avec une vigueur à laquelle, semble-t-il, il faudra s’habituer.

« Maryse, c’est une compétitrice, donc c’est quelqu’un qui va amener de l’intensité sur le terrain et hors du terrain, qui va amener de la rigueur aussi, prévient la cocapitaine Mégane Sauvé. Elle est comme ça dans la vie et je pense que c’est quelque chose qu’elle amène sur le terrain. »

« Elle fournit la même énergie et le même leadership peu importe quel est son rôle, a remarqué la portière Anna Karpenko, qui a connu Bard-Martel plus intimement dans ses fonctions d’entraîneuse des gardiennes dans la dernière année et demie. Je crois que c’est un trait de sa personnalité qui lui permet de se démarquer. Qu’elle soit avec les gardiennes ou devant tout le groupe, elle va afficher la même intensité. »

Les lecteurs attentifs auront remarqué la récurrence d’un mot en « i » dans la livraison de ces premières impressions. Bard-Martel elle-même l’a prononcé en se décrivant comme une entraîneuse « intense, mais bienveillante ».

« J’aime les détails, les choses bien faites. Je suis dans l’énergie, mais je pense que c’est une énergie qui est positive. C’est une intensité positive. »

Un entraîneur qui prend possession d’une équipe en cours de saison héritera souvent de l’une ou de plusieurs des situations suivantes : un groupe vicié par des conflits internes, un effectif trop peu talentueux, une cause perdue dans le positionnement au classement.

Rien de tout ça ne semble s’appliquer aux Roses. Selon tout ce qu’il est possible d’observer d’un point de vue extérieur, l’esprit de corps de l’équipe bâtie par Marinette Pichon et son staff est intact. Les blessures combinées au départ d’Evelyn Badu pour participer à la Coupe d’Afrique des Nations ont affecté la profondeur de la formation, mais celle-ci demeure bourrée de talent.

Et au classement, tout reste à jouer. Les Roses sont à trois points du premier rang détenu par le Rapide d’Ottawa et en possède cinq de plus que l’AFC Toronto qui reste troisième.

« Robert a bâti une fondation incroyable et on faisait tous partie de ça, tenait à dire sa successeuse. Moi, je vois vraiment mon mandat en ce moment comme de continuer sur les bonnes bases qui fonctionnent et ensuite, c’est de trouver des façons à court terme de mettre nos joueuses dans leur meilleur poste. Pour nous, c’est d’être dans l’efficacité, de vraiment avoir cette mentalité d’aller vers l’avant, de percuter et de faire mal à l’autre équipe, mais de garder quand même cette belle identité de foot que les gens aiment voir. »

Quand on lui demande si elle croit qu’un coup de barre était nécessaire, Sauvé confesse qu’« on savait qu’il y avait peut-être quelque chose qui clochait », mais se garde de lever un doigt accusateur.

« J’ai fait une blague à une coéquipière que peut-être qu’après le dernier match où on a très mal joué, c’était toutes les joueuses qui méritaient de prendre la porte à ce moment-là. C’est une responsabilité collective qu’on se donne au sein du groupe. On respecte le travail qui a été fait avant. De notre côté, c’est de l’honorer en continuant de travailler de la bonne façon. »

La formule vers une permanence

La victoire à Toronto – un 2-0 bâti sur neuf arrêts de Karpenko et des buts des vedettes offensives Marie-Yasmine Alidou et Elyse Bennett – était nécessaire autant pour ses implications au classement que pour valider la décision audacieuse prise par la direction.

La prochaine mission de Bard-Martel sera de reproduire ce genre de performance à domicile, où les Roses ont manqué de lumière dans le dernier mois. Les principales locataires du Stade Boréale viennent d’y aligner trois défaites consécutives par blanchissage. Leur dernier but devant leurs partisans remonte au 12 juillet dans une victoire de 1-0 contre les Tides de Halifax. Chloé Minas avait fait mouche sur penalty.

« Je pense que c’est une question d’état d’esprit, propose Sauvé. Quand on entre dans le match, d’avoir plus d’agressivité, d’avoir plus une envie d’aller faire la différence. Lorsqu’on regarde le match de Championnat canadien, on voit qu’il n’y a personne qui prend cette responsabilité-là. C’est comme si on se donne le ballon à un rythme un peu 75%. Là on est entrées dans le match à Toronto et on avait tout le monde qui voulait faire la différence. »

Plus que l’exécution des points tactiques qu’elle avait discutés avec ses joueuses, Bard-Martel dit avoir « adoré la mentalité » avec laquelle ils ont été attaqués. « J’ai aimé l’envie, l’intention, la fight », s’est-elle enthousiasmée.

Si la manière et les résultats continuent de s’emboîter de la sorte, l’entraîneuse-chef présentement installée sur une base intérimaire aura de bons arguments pour demander une mise à niveau de son statut à la fin de la saison. Mais sa tête n’est pas encore là.

« Mon mandat, c’est d’aider l’équipe à gagner en ce moment. Après, ça sera au club de juger quand il me croit prête à assumer un rôle de cette envergure sur une base permanente. De toute façon, je pense que je suis gagnante là-dedans. Si je suis capable de donner mon meilleur et que le club croit que c’est assez, cool! Si jamais on amène quelqu’un d’autre, je vais apprendre de cette personne-là et je vais sauter à deux pieds dans le projet parce que ça me tient à cœur. »