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Philippe Eullaffroy a « les clés du camion » à Lyon

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L'ancien directeur de l'Académie de l'Impact, Philippe Eullaffroy, vient de faire son entrée au centre de formation de l'Olympique lyonnais.

MONTRÉAL – En France et en Europe, le centre de formation de l’Olympique lyonnais est considéré comme une référence. À chaque année, entre 2021 et 2024, l’académie s’est placée dans le top-2 d’un palmarès élaboré par la Fédération Française de Football. L’Observatoire du football du Centre international d’étude du sport calcule que dans les 20 dernières années, seulement trois clubs – le Real Madrid, le FC Barcelone et le Paris St-Germain – ont placé plus de jeunes joueurs dans les cinq grands championnats européens.

Si vous chantez l’opéra, vous voudrez vous produire à la Scala de Milan. Si vous êtes un aspirant pâtissier, vous voudrez apprendre les rudiments du métier au Cordon Bleu de Paris. Et si vous vous spécialisez dans la formation de jeunes joueurs de soccer, vous voudrez le faire dans les conditions qu’offre – et avec les standards de qualité que s’impose – l’OL.

C’est exactement le magnifique tournant qu’a pris cet été la carrière de l’ancien directeur de l’Académie de l’Impact de Montréal Philippe Eullaffroy. Après deux années passées au Sénégal, au club Dakar Sacré-Cœur, le Québécois d’adoption est de retour sur ses terres natales.

Eullaffroy assure que son détour en Afrique n’était pas calculé, mais puisque Sacré-Cœur et l’OL sont des clubs partenaires, il a reçu la visite des gestionnaires lyonnais cinq fois par année durant son mandat. « Je pense qu’ils ont aimé à chaque fois qu’ils m’ont vu travailler et du coup, quand ils ont eu envie de booster leur académie, ils se sont dit “Pourquoi pas Phil?” », simplifie l’entraîneur d’expérience.

À Lyon, son rôle de responsable de la méthodologie et de la performance le place juste derrière le directeur sportif et le directeur du centre de formation dans l’organigramme du club. L’éventail de ses responsabilités est large : enseignement de la philosophie de jeu, supervision du contenu des entraînements et de la préparation physique, traitement de données. « Le directeur du centre de formation m’a donné les clés du camion », illustre-t-il.

Il est en charge des équipes de jeunes des niveaux U13 jusqu’au U19. Trente-deux entraîneurs se rapportent à lui dans une structure qui compte environ 70 employés à temps plein. Rien de comparable avec ce qu’il a connu auparavant.

« J’ai cette responsabilité de faire vivre tout ça, de bonifier tout ça, de faire progresser tout ça, d’aider cette académie à passer dans le 22e siècle avec tous les bouleversements qu’il peut y avoir au niveau technologique. »

Quand on lui demande s’il s’agit pour lui d’une sorte de consécration, Eullafroy paraît mal à l’aise.

« Oui, c’est une forme de consécration parce que dans ce domaine-là, il n’y a pas beaucoup mieux, reconnaît l’homme de 61 ans. Quand on connaît le monde du soccer, être dans ce qui se fait de mieux depuis des années et des années, c’est quand même énorme. Quelques fois, je me rends compte que je suis entouré de logos de l’Olympique lyonnais, de gens de grande qualité et je me dis “Ouais, je regardais ça de loin il y a quelques années et puis aujourd’hui je suis là”. »

« Mais j’aime plus ou moins le mot consécration parce que ça pourrait vouloir dire que je suis arrivé, que je ne peux pas aller plus loin, poursuit-il. À l’OL, il y a vraiment les moyens d’aller encore plus loin et de faire beaucoup mieux que ce qu’on fait à l’heure actuelle. [...] Pourquoi pas, au lieu d’être dans le top-3 mondial, être numéro un prochainement? Il y a aussi des parts de marché à reconquérir en France. »

Un paquebot à rediriger

C’est ici qu’il faut parler du contexte compliqué dans lequel Eullaffroy s’amène à l’Olympique lyonnais.

En juin dernier, plombé par sa mauvaise situation financière, le club a été rétrogradé en Ligue 2. La décision a finalement été renversée, mais les raisons qui l’avaient motivée ne se sont pas envolées. Lourdement endetté, l’OL a notamment revu le financement de son académie. Bon nombre de cadres ont quitté le navire.

Dans les médias français, la réputation du centre de formation lyonnais est mise à mal. On s’inquiète de l’avoir vu descendre au quatrième rang du plus récent classement de la FFF. Ouest France parle d’un « centre de formation comme un autre » pris dans la tourmente. Le quotidien 20 minutes évoque une structure « lambda » qui est « très loin de son lustre d’antan ». Eurosport juge que le club, par son incapacité à faire fleurir les jeunes talents, se trouve dans un « trou générationnel. »

Eullaffroy est d’avis que ce battage est exagéré. Il cite la vente récente du milieu de terrain de 22 ans Rayan Cherki à Manchester City pour 42 millions d’euros. Il parle de Khalis Merah, un milieu de 18 ans qui a pris part à tous les matchs de Ligue 1 cette saison. « À notre dernier match, on avait quand même trois joueurs issus de l’académie qui avaient une moyenne d’âge de 19 ans », défend-il sans toutefois nier les défis qui l’attendent.

« Il y a eu beaucoup de turnover et les structures qui sont le plus impactées par le turnover de personnel, ce sont les académies. Une académie, c’est un gros paquebot et pour en changer la direction, ça prend du temps. À chaque fois, il y a une partie d’identité qui s’en va, ce qui fait qu’il y a une identité à réaffirmer. Et puis sans doute des choses à réajuster, à faire évoluer parce que des fois, quand tu es au sommet, que tu as les moyens, tu peux t’endormir un petit peu. »

« Je pense qu’il faut réveiller tout ça ou stimuler tout ça pour reprendre une progression plus spectaculaire peut-être qu’elle ne l’a été sur les dernières années. Mais de là à dire que c’est une académie comme les autres, non. »

Pour Eullaffroy, la pression de réussir cette mission sera aussi grande que le prestige qui vient avec son nouveau poste. Il le sait, il le sent déjà... et il adore ça.

« Ce poids de l’institution, tu peux le ressentir. Tu sais, quand tu vas dans un nouvel endroit, tu fais attention aux détails, aux décors, aux posters, aux tableaux, aux photos. Et quand tu rentres dans l’académie ici, effectivement tu tombes sur la photo de Karim Benzema avec le Ballon d’Or, sur la liste des joueurs formés à Lyon, ceux qui ont été internationaux, qui ont été champions du monde... Bon voilà, tu sens que tu n’entres pas n’importe où et qu’il faut que tu fournisses la marchandise. »

« Donc ça t’oblige à réfléchir encore plus, à étudier encore plus, à approfondir encore plus et je dirais qu’à quelque part, ça t’oblige à être bon en permanence. C’est comme si j’étais joueur dans un club qui joue la Ligue des champions. Tu ne peux pas te permettre d’être bon tous les dix matchs. »