LAVAL – L’harmonie règne dans le vestiaire du FC Supra du Québec. Du talent, de la gaieté, de l’ambition, de la vision, on y retrouve tout ça. Pourtant, s’il n’en tenait qu’à lui, Diyaeddine Abzi n’y serait pas.
Qu’on se comprenne bien : le latéral de 27 ans est heureux au Supra. Heureux d’avoir été inclus dans ce projet unique, heureux qu’on y reconnaisse ses qualités de leader, heureux qu’on lui donne de nouveau la chance de s’éclater sur un terrain.
Seulement, il y a quatre ans, quand il est devenu l’un des premiers joueurs de la Première Ligue Canadienne à quitter pour l’Europe, il ne se voyait pas y revenir. Surtout pas à l’âge où un athlète entre habituellement dans l’âge d’or de sa forme physique.
« Mais la situation fait en sorte que je suis là », acceptait-il cette semaine après un entraînement.
La naissance d’une équipe d’expansion québécoise en PLC coïncide avec le retour d’Abzi dans les stades. Il en a été absent pendant deux ans. Deux longues années à regretter une mauvaise décision. À payer, dans ses propres mots, « pour les conneries que j’ai faites ».
En 2022, après trois remarquables saisons avec York9 (depuis rebaptisé l’Inter Toronto FC), l’ancien produit de l’AS Blainville a été approché par quelques clubs français. Il a finalement signé au Pau FC, en Ligue 2. Sportivement, ça a été le coup de foudre. Dès sa première saison là-bas, il a joué dans 32 parties, marqué deux buts, ajouté deux passes décisives.
« C’était comme si j’étais en train de jouer au Playstation. Entrer dans le monde du football européen, c’est quelque chose de gros quand même. Ça joue la [promotion et la relégation], il y a beaucoup d’enjeux. On jouait dans une petite ville où l’équipe est l’activité principale de la population. J’ai vraiment aimé mon expérience. C’était impeccable. »
Ses succès sur le terrain lui ont fait voir grand, mais son ascension s’est arrêtée nette à la fin de cette enivrante saison, quand il a échoué à un contrôle antidopage. Un métabolite produit par la consommation de THC, le principe actif du cannabis, a été détecté dans son sang.
La version d’Abzi est la suivante : il n’avait pas fumé de marijuana, mais plutôt ingéré un « médicament » qu’il prenait à l’occasion pour traiter son insomnie.
« Je regrette ce que j’ai fait. Vous savez, on est tous des humains, on fait tous des erreurs. On a beau jouer au football, on n’est pas des robots. Pour moi, ça a été une erreur je dirais de jeunesse et d’immaturité. »
— Diyaeddine Abzi
Convaincu qu’il ne tomberait pas dans le panneau avec l’expérience qui est maintenant la sienne, Abzi se permet une mise en contexte. « C’est un peu plus compliqué quand tu n’es pas dans ton pays. Il n’y a pas de repère, il n’y a pas nécessairement quelqu’un à qui tu peux aller demander conseil. T’es vraiment seul. »
Il a porté sa cause en appel. En attente de la décision, il est parti la saison suivante en prêt à Leganés, en deuxième division espagnole. Ça ne lui a pas souri. Avançant constamment sous le nuage gris de l’appréhension, il n’a jamais été capable de faire sa place dans l’effectif.
« C’est sûr que ce n’était pas la meilleure phase de ma vie. Là, c’était un peu compliqué. Beaucoup d’insomnie, beaucoup de réflexion. En même temps, je profitais aussi de ces moments-là parce que je savais que plus tard, je n’aurais peut-être pas l’occasion de trouver un nouveau contrat, je ne savais pas si j’allais rejouer. C’était un peu bizarre comme sentiment. »
Abzi a officiellement été suspendu le 27 mars 2024. Il n’allait être admissible à un retour qu’à la même date en 2026, avec la possibilité de recommencer à s’entraîner deux mois avant la fin de sa sentence.
« On ne veut pas te garder »
L’été où Abzi a été transféré à Pau, la PLC a vu deux autres de ses joueurs être recrutés par des clubs européens. Victor Loturi a signé à Ross County, en première division écossaise, et Aribim Pepple s’est engagé à Luton en deuxième division anglaise.
Ces deux joueurs ont depuis prouvé que leur potentiel n’était pas un mirage. Loturi est revenu au Canada, mais sous les couleurs du CF Montréal en MLS. Pepple, quant à lui, vient de connaître une saison de fou en troisième division anglaise avec 16 buts en 35 matchs. Sa production lui a valu une invitation avec l’équipe nationale canadienne en mars dernier.
Abzi avait les mêmes ambitions à l’époque. « [La Ligue 2] n’était pas mon seul objectif. J’allais là-bas pour pouvoir aller encore plus haut », rappelle-t-il humblement.
Quelques équipes de MLS lui avaient aussi fait de l’œil avant son départ. Pourraient-elles revenir mettre à jour leurs rapports maintenant qu’il a recommencé à arpenter son couloir en PLC? C’est en tout cas l’idée que lui a vendue le directeur sportif et chef des opérations du Supra, Mateo Cabanettes, en lui offrant un uniforme pour 2026.
« En gros, on lui a dit que nous, on ne veut pas le garder. L’objectif, si tu viens ici, tu te fais connaître, tu te fais voir, tu montres que tu es au-dessus du niveau. Prouve-le, parce que tu as eu deux années d’inactivité et au niveau professionnel, c’est beaucoup. C’est énorme. Il faut qu’il se remette dans le rythme. »

Cabanettes est jusqu’ici satisfait de ce que lui offre son numéro 11, qui a pris part à cinq des six matchs du Supra au poste de latéral gauche. Sur le terrain, « il répond toujours présent et est toujours performant. C’est ça qu’on attendait de lui. » Dans la vie de groupe, son vécu fait en sorte qu’il « coche beaucoup de cases pour parler aux joueurs. » Son patron le décrit comme quelqu’un « d’aimant, généreux et solidaire ».
Abzi ne s’est pas fait prier pour embrasser le projet. « Quand vous perdez quelque chose, c’est là que vous en saisissez la vraie valeur », peut-il confirmer. Il assure aussi que sa fibre compétitrice n’a pas été érodée par l’inactivité. Mais on le sent prudent dans l’expression de ses objectifs.
« Je pense que c’est très important pour moi d’y aller petit à petit. C’est sûr que je commence à prendre de l’âge dans ma carrière, mais rien n’est impossible. Je pense que j’ai encore beaucoup de choses à donner. Je suis un compétiteur, je vise toujours le plus haut, mais je suis prêt à passer par ici pour aller viser plus haut. Je pense que c’est le bon chemin à prendre. »





