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Un rêve ambitieux, un rêve nécessaire

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LAVAL – Les deux bras de Rocco Placentino sont tapissés de tatouages. Sous la manche droite de son t-shirt, mercredi soir, apparaissaient les contours du vieux logo de l’Impact de Montréal, dont il a porté les couleurs au début des années 2000.

Sur sa longue liste de tâches à accomplir, Placentino devra maintenant trouver sur ses membres une petite place pour un nouveau dessin.

« Dis pas ça à ma femme, mais le Supra va aller dans mon corps, c’est sûr », planifiait le président de la nouvelle équipe d’expansion de la Première ligue canadienne (PLC), son sourire habituel exacerbé par le petit côté surréaliste du moment.

Quelques minutes plus tôt, devant un parterre bondé sur lequel fourmillait la grosse gomme du soccer montréalais et québécois, l’homme de 43 ans avait dévoilé ce qui était devenu dans les jours précédents un secret de polichinelle. Le nom, le logo et les couleurs de la neuvième formation de la PLC, la première à s’établir dans la Belle Province, sont maintenant connus.

Le FC Supra du Québec jouera ses premiers matchs dès 2026. Il disputera ses parties locales au Stade Boréale de Laval, une enceinte conçue et occupée au cours de la dernière année par les Roses de Montréal.

Ce projet devenu réalité trottait dans la tête de Placentino depuis 2021. Ce qui a toujours joué en sa faveur, c’est qu’il cadrait avec la volonté des dirigeants de la PLC. « La question du Québec est discutée autour de la table depuis plusieurs années, a reconnu le vice-président exécutif du circuit, Costa Smyrniotis. Ça n’a jamais été une question de ‘si’, mais plutôt de ‘quand’ ». Mais les embûches, qu’on devine principalement d’ordre financier, ont été nombreuses.

« Il y a des journées où je me réveillais, je disais à ma femme, c’est fini. Après je me réveillais, je disais à Mateo [Cabanettes, jadis DG du CS St-Laurent] ‘Oh, on est là!’ Et là, on est là. Dans la vie, il ne faut jamais abandonner. Comme le disait Jason Di Tullio, avec la grinta on ne sait jamais ce qui peut se passer », s’émouvait Placentino.

L’élément déclencheur de la concrétisation du rêve s’est produit au printemps 2024, quand le CS St-Laurent, dont Placentino était le directeur sportif, a affronté le Toronto FC en Championnat canadien. Pour le match aller de la confrontation, tenu au Complexe sportif Claude-Robillard, le club semi-pro avait mobilisé plus de 6000 spectateurs.

C’est ce soir-là que Placentino a été mis en contact avec Angelo Pasto et Matt Rizzetta, qui allaient être les premiers à s’impliquer financièrement dans l’aventure. Les hommes d’affaires Jean-François Chenail et Stéphane Tétrault allaient éventuellement emboîter le pas.

« Ça m’a pris dix minutes (à convaincre Matt). On a discuté [au téléphone] après le match contre Toronto. Trois jours plus tard, il a pris un vol pour venir me rencontrer en personne and the rest is history comme on dit en anglais. »

« Après, même avec Chenail et Tétrault, ça a pris une conversation. J’avais eu beaucoup plus de conversations dans les années passées, mais ce n’était pas facile, je ne trouvais pas les partenaires. Maintenant, je pense qu’on a un partenariat avec des investisseurs vraiment ambitieux qui veulent qu’on gagne. Pour moi c’est un bon fit. »

Faire renaître le Supra

L’idée de dépoussiérer le nom du Supra, un club qui a existé à Montréal entre 1988 et 1992, était toute naturelle pour Placentino. Ce dernier a d’ailleurs fait son allocution mercredi accompagné sur la scène d’une dizaine d’anciens joueurs qui ont porté les couleurs de cette défunte entité.

« Le bleu-blanc-rouge, le Canadien, une équipe avec beaucoup de joueurs locaux, une équipe dans une ligue canadienne... pour moi, c’était ‘pourquoi pas’? », a-t-il raisonné.

La version contemporaine du Supra, Placentino n’en déroge pas, sera composée à 100% de joueurs québécois. Le slogan auquel s’accroche sa philosophie a d’ailleurs été répété plusieurs fois lors de la présentation du projet : « un club d’ici pour les gens d’ici ». Son objectif de bâtir une équipe qui participera aux séries éliminatoires dès l’an prochain, en s’imposant cette « contrainte », est-il réaliste?

« Si tu ne peux pas avoir du succès, on ne peut pas être ici aujourd’hui, répond-il. Dans ma vie, j’ai été joueur pendant 12 ans et je n’aimais pas perdre même dans les pratiques. Cette mentalité, cette passion, je vais l’amener avec tout le club et le staff du FC Supra. »

« Je pense qu’on avait besoin [d’un autre club professionnel au Québec], estimait Mauro Biello, qui a commencé sa carrière de joueur avec le Supra. Avec tout le talent qu’on a ici, de voir une autre équipe s’installer, ça va être extrêmement important pour beaucoup de jeunes joueurs. »

« On a planté beaucoup de graines dans le temps et de voir où le soccer local est rendu aujourd’hui, c’est très gratifiant, a dit Nick De Santis. Ça signifie que ça grandit et qu’il y a beaucoup de talent. »

La réflexion de De Santis englobe les joueurs locaux mais aussi, précise-t-il, les entraîneurs et autres dirigeants qui profiteront de cette « vitrine » pour commencer, relancer ou prolonger une carrière dans le foot.

Placentino bâtira son équipe en partageant le chapeau de directeur sportif avec Mateo Cabanettes « et d’autres personnes avec qui on est en train de négocier », précise-t-il. Son entraîneur devrait être connu à la fin du mois d’octobre. « C’est sûr qu’on a des noms en tête, mais on va suivre le processus. »

L’hiver ne sera pas de tout repos. Placentino et son équipe travailleront pour remplir leur promesse de mettre sur pied une équipe à saveur entièrement locale. Il n’est pas seulement confiant d’y parvenir. Il trouve important de rappeler qu’il n’embrasse pas cette philosophie par charité.

« On est là pour ça, dit-il en se retournant pour toucher, exposé derrière lui, le trophée remis à l’équipe championne de la PLC. I’m a winner. Alors pour moi, c’est important de dire à tout le monde qu’on n’est pas une équipe de développement. On sera une équipe avec des jeunes, mais une équipe qui va vouloir aller gagner. »