Soccer

Un tournoi de soccer pour des itinérants qui change des vies

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Des joueurs participant au tournoi national de l'Association canadienne de soccer de rue s'adonnent à un jeu de passe-passe en plein air lors d'un forum national à l'Université de Montréal, à Montréal, le vendredi 5 juin 2026. LA PRESSE CANADIENNE/Christinne Muschi (Christinne Muschi)

MONTRÉAL — Lorsque Fabrice Mugabe a été sélectionné pour jouer au soccer dans une équipe canadienne à Oslo, en Norvège, l’année dernière, il n’avait pas de passeport et n’avait jamais voyagé pour le plaisir.

La famille de M. Mugabe a fui la guerre au Rwanda lorsqu’il avait six ans et s’est installée à Montréal. Il a raconté avoir traversé une période difficile où il avait du mal à garder un emploi et s’est retrouvé sans domicile fixe pendant un certain temps.

Il a expliqué que sa vie a changé lorsqu’il a été invité à participer à un match organisé par l’Association canadienne de soccer de rue. Cette organisation vise à lutter contre l’itinérance et l’isolement social par le sport.

« Ça m’a redonné du courage, ça m’a donné une communauté, a témoigné M. Mugabe. Il y a des gens autour de toi qui peuvent te demander: “Comment ça va ?” C’est tellement simple en soi, mais ça peut faire une énorme différence. »

Alors que de nombreux partisans de soccer à travers le monde ont peut-être les yeux rivés sur la Coupe du monde de la FIFA 2026, M. Mugabe partageait ses expériences concernant sa participation en 2025 à un autre tournoi appelé la Coupe du monde des sans-abri.

Cet événement est un tournoi international de soccer réunissant des équipes composées de personnes sans domicile fixe et impliquant plus de 70 organisations.

L’Association canadienne de soccer de rue organise samedi un tournoi à Montréal où des équipes de tout le pays pourront s’affronter et où des joueurs pourraient être recrutés pour la prochaine Coupe du monde des sans-abri à Mexico, prévue en janvier 2027.

M. Mugabe a souligné que son séjour à Oslo a été une « expérience irréelle » et, bien que les joueurs ne puissent participer qu’une seule fois, il suit actuellement une formation pour devenir entraîneur et rendre la pareille à l’organisation.

Emma « Zero » Bellante a mentionné que sa vie a pris un tournant radical au cours de la dernière année et demie, depuis qu’elle a commencé à jouer avec l’association.

Elle est patiente de l’Association canadienne pour la santé mentale dans la région de Toronto depuis neuf ans. Elle a été orientée vers le programme d’intervention précoce en cas de psychose il y a deux ans, où elle a découvert l’association de soccer de rue.

Mme Bellante a pratiqué le soccer à haut niveau à l’adolescence et appréhendait de reprendre ce sport.

« Mais j’ai décidé de venir et, dès le premier jour, j’ai eu l’impression que c’était un jeu complètement différent de ce à quoi j’étais habituée. Pas de compétition, très motivant, beaucoup de joie, a-t-elle confié. J’ai simplement continué. »

Peu après son arrivée, elle a été sélectionnée pour participer à une compétition à Oslo.

Le fait de savoir que ses coéquipiers avaient des parcours similaires au sien l’a également encouragée, a confié Mme Bellante.

L’Association de soccer de rue accueille les nouveaux venus, les personnes en proie à des troubles de santé mentale ou à des problèmes de dépendance, ainsi que celles en situation d’itinérance ou de logement précaire.

L’association leur propose un sport d’équipe et les met en relation avec d’autres ressources.

« Je ne connaissais pas leurs histoires, mais je savais que nous partagions beaucoup d’expériences communes dans nos vies, des traumatismes et des choses comme ça », a indiqué Mme Bellante.

« C’était vraiment agréable de simplement pouvoir (…) savoir que toutes les personnes présentes avaient vécu la même chose », a-t-elle ajouté.

Depuis son retour de Norvège, Mme Bellante a commencé à entraîner des équipes en Ontario.

Elle anime des séances le mardi pour l’équipe mixte de Brampton et a contribué à la création d’une équipe féminine à Mississauga.

« Je veux que les personnes qui ont travaillé dur et amélioré leur vie (…) puissent vivre ça aussi, parce que c’est spécial, ça ne ressemble à rien de ce que j’ai ressenti », a soutenu Mme Bellante.

May Angela Nakintu a également participé à la compétition à Oslo l’année dernière et a raconté avoir vu un prospectus de l’association dans un refuge où elle séjournait à Toronto il y a deux ans.

Elle a expliqué qu’avant de commencer à jouer, tous les jours se ressemblaient. Grâce au soccer de rue, elle s’est fait des amis et attend chaque entraînement avec impatience. Elle a aussi obtenu une certification pour entraîner et arbitrer.

« Le dimanche matin est mon moment préféré de la semaine », a-t-elle confié.