MONTRÉAL – Dani Pereira, dont le CF Montréal a fait l’acquisition la semaine dernière, arrive dans sa nouvelle équipe avec le cœur un peu lourd.
En commençant sa sixième saison en MLS, il n’avait rien connu d’autre que ce qui se fait à Austin au Texas. C’est là qu’il a été repêché, qu’il est devenu un joueur établi aux États-Unis et où il avait décidé de s’impliquer à fond dans la communauté. Il y était apprécié et le sentiment était réciproque.
« Ça va prendre un peu de temps, mais je vais m’adapter comme je l’ai fait toute ma vie, se faisait-il à l’idée vendredi après son premier entraînement avec l’Impact. J’ai émigré aux États-Unis, je me suis adapté. J’ai déménagé à Austin, je me suis adapté. Ici, je n’ai qu’à refaire la même chose. »
« C’est comme une adaptation de luxe, je dirais. »
Né au Venezuela, Pereira est arrivé aux États-Unis avec ses parents et son frère à l’âge de 15 ans. À l’époque, le pays d’Amérique du Sud était déjà plongé dans une crise économique majeure et un climat de fortes tensions politiques. La famille s’est établie à Roanoke, en Virginie.
« Je ne connaissais aucun mot d’anglais, alors vous pouvez imaginer à quel point ma première année à l’école secondaire a été difficile. Je ne pouvais communiquer avec personne, je ne comprenais rien en classe. »
Le reste de l’histoire est un grand classique : dans cette période de grands bouleversements, c’est le terrain de soccer qui a été l’îlot de tranquillité et de stabilité dont le jeune homme avait besoin. Il y a trouvé des amis qui sont encore, à ce jour, dans sa vie. « Le soccer m’a tant donné, il m’a ouvert tellement de portes », réalise-t-il.
Mais jamais, à l’adolescence, il n’aurait imaginé en faire une carrière.
Pourtant, en 2019, il débarquait à l’Université Virginia Tech. À la fin de sa saison recrue, il était nommé sur l’équipe d’étoiles des recrues de la division ACC. En 2021, il devenait le tout premier choix du SuperDraft de la MLS. En 2023, il atteignait un sommet personnel avec une récolte de neuf passes décisives. Dans chacune de ses quatre dernières saisons complètes à Austin, il a passé un minimum de 2000 minutes sur le terrain.
« Toute ma progression s’est fait organiquement. Quand je suis arrivé aux États-Unis, j’adorais le soccer mais je n’avais pas l’objectif de jouer professionnellement. Je ne me voyais même pas aller jouer à l’université! Mais un jour, j’ai reçu une bourse d’études et je l’ai prise. J’ai connu une bonne première saison et six mois plus tard, j’étais repêché. Tout ça, c’est arrivé de nulle part pour moi. »
Polyvalence au milieu
On ne peut pas en dire autant de l’échange qui l’a envoyé à Montréal. Même s’il avait signé un nouveau contrat cet hiver et qu’il s’est dit « sous le choc » lorsqu’on lui a annoncé son départ, Pereira savait que des changements s’opéraient à Austin et qu’il se pouvait qu’il en écope.
Le 18 mai, juste avant la pause imposée par la tenue de la Coupe du monde, Austin FC a congédié son directeur sportif et son entraîneur. L’équipe n’avait alors que trois victoires en 14 matchs et croupissait au fond du classement de l’Association Ouest. C’est Jim Curtin, jadis le visage de l’Union de Philadelphie, qui mènera le projet à partir de la saison 2027. En attendant, un ménage s’imposait.
« Le propriétaire veut du nouveau et l’équipe a besoin d’argent, l’effectif est bondé. Ça arrive, ça fait partie du sport professionnel », s’est résigné Pereira, qui a pu s’entretenir avec Luca Saputo avant que l’échange à Montréal ne soit conclu.
Le CF Montréal a déboursé un pactole de 2,1 M$ en argent d’allocation pour obtenir les services de Pereira, qui touche un salaire de base de 750 000$ selon les chiffres divulgués par l’Association des joueurs de la MLS.
Comme plusieurs joueurs recrutés par le CF Montréal, Pereira est reconnu pour sa polyvalence. Il était un milieu créateur (10) dans la NCAA, mais a été converti en milieu défensif (6). Pour rester dans le thème de l’adaptation, il se dit aussi à l’aise à faire le liant entre les deux, dans le style box-to-box (8).
« On va pouvoir le mettre à n’importe quel poste au cœur du jeu, que ce soit un peu plus bas ou un peu plus haut, et il va pouvoir utiliser ses qualités, il va pouvoir s’exprimer. Je pense qu’il va se régaler avec nous », anticipe l’entraîneur-chef par intérim Philippe Eullaffroy.
S’il n’a que 25 ans, Pereira possède un bagage qui ferait l’envie de plusieurs de ses nouveaux coéquipiers. Ses 10 660 minutes de jeu en MLS le placent au troisième rang du CF Montréal à ce chapitre, derrière les 16 615 de Samuel Piette et les 11 991 de Fabian Herbers.
C’est cette expérience qu’Eullaffroy a hâte de mettre au profit de son groupe.
« Avec une équipe relativement jeune, on a souvent tendance à jouer à fond, à fond, à fond et oublier de varier l’intensité du jeu. C’est ce qu’amènent des joueurs avec un peu plus de vécu et ce dont on a besoin. Parce que sinon, à vouloir toujours jouer à 100% d’intensité et presser en permanence, à un moment donné tu continues à vouloir le faire, mais le physique ne suit plus. Il faut avoir ces moments où on calme un peu, on respire, on reprend un peu d’énergie. »
« [Pereira] va pouvoir amener cette gestion du match qui nous manquait un petit peu sur les sur les derniers mois. Ça va être sa grande qualité. »
Pereira sera admissible à faire ses débuts dans ses nouvelles couleurs à partir de lundi prochain, jour d’ouverture du marché des transferts en MLS. Il pourrait être disponible pour affronter Toronto FC au Stade Saputo le 16 juillet.






