MONTRÉAL – Ses remparts avaient maintes fois été fragilisés depuis le début de la saison. Mercredi soir, la forteresse du CF Montréal a pris l’eau.
Sous une pluie diluvienne, le Bleu-blanc-noir a échappé d’autres précieux points dans son stade, s’inclinant par la marque de 2-1 contre le Charlotte FC.
Le manque de professionnalisme des Montréalais devant les filets adverses a été bien documenté dans les derniers mois. Ça aurait très bien pu être l’angle par lequel on aurait décidé d’aborder cette troisième défaite consécutive, un résultat qui fait reculer le Club de Foot à huit points d’une place en séries.
Dix-sept tirs au but, cinq cadrés. D’innombrables occasions de prendre le contrôle du match en deuxième demie. Du vétéran attendu en héros (Alexis Sánchez) à la jeune pépite en quête de réussite (Hennadii Synchuk), toujours cette absence d’efficacité.
Et comme c’est trop souvent le cas, la frappe fatale est finalement venue du camp adverse. Idan Toklomati a inscrit le but décisif à la 81e minute.
« Chaque fois on se dit la même chose. On est compétitifs jusqu’au moment où il faut rencontrer l’objectif de ce jeu-là qui est de marquer un but. »
— Philippe Eullaffroy
Mais les failles de la pire équipe de l’Association Est sont multiples et contre Charlotte, une autre tendance forte s’est dégagée.
Pour un troisième match de suite devant ses partisans, le CF Montréal a inscrit le premier but. Mais comme les deux fois précédentes, il a été incapable de protéger son avance.
Au but de Daniel Rios inscrit en première demie, les visiteurs ont répliqué seulement trois minutes plus tard. Un truc totalement évitable, parti d’un ballon perdu trop facilement dans le tiers offensif. Une contre-attaque rapide, une mauvaise couverture défensive et un tir, un seul, placé là où ça paye.
Trois matchs de suite à domicile, disait-on, au cours desquels les trois avances des locaux ont tenu pour un grand total de 22 minutes.
« En ce moment, c’est assez évident qu’on peine collectivement à comprendre ce que le match requiert de nous, pestait Matty Longstaff. Quand on fait 1-0, c’est probablement le temps de garder le ballon, de forcer l’adversaire à venir le chercher. Les faire souffrir, les épuiser et laisser les occasions venir à nous de cette façon. Mais pour une raison que j’ignore, on s’embarque dans un match de basketball et on se lance vers l’avant à la recherche d’un deuxième but. »
« C’est évident que c’est ce que Charlotte souhaitait. On leur a donné exactement ce qu’ils voulaient. »
— Matty Longstaff
Les difficultés du CF Montréal à gérer les moments charnières d’un match peuvent être recensées dans d’autres contextes récents.
Pas plus tard que samedi dernier, à Philadelphie, Prince Owusu rate un penalty à la 68e minute. Un but aurait ramené le pointage à 1-1. La gifle fut plutôt double, puisque quelques minutes plus tard, le jeune Cavan Sullivan coulait l’Impact avec le deuxième but de l’Union.
Trois jours plus tôt, à Vancouver, Montréal croyait avoir doublé son avance sur les Whitecaps avant que le but de Sánchez ne soit refusé sur un hors-jeu serré. L’air n’était pas encore complètement expulsé du sifflet de l’arbitre que Ryan Gauld créait l’égalité à l’autre extrémité du terrain.
« Je ne dirais pas [que c’est dû] à un trop-plein d’émotions, mais plutôt à une mauvaise gestion de l’histoire du match, a suggéré Eullaffroy, ses propos rejoignant ainsi ceux de Longstaff. Et quand c’est récurrent, c’est sans doute un problème de concentration mentale et de discipline à quelque part. On est en danger quand on vient de marquer, quoi! Ça arrive depuis plusieurs matchs et c’est sans doute à nous sur le banc de faire encore plus attention à ça, de les brider un peu. »
L’équipe d’Eullaffroy est désormais sans victoire à ses huit derniers matchs à la maison en MLS. Son dernier triomphe au Stade Saputo remonte au 9 mai.
Sánchez frustré
Alexis Sánchez n’a pas enduré l’accumulation de ces revers et déceptions. Une chance! On aurait craint pour le bien-être de ses partenaires de jeu mercredi s’il avait fallu en plus qu’il porte le poids des défaites qui se font trop nombreuses cette saison.
À sa deuxième titularisation consécutive, sa première au Stade Saputo, le Chilien s’est comporté comme un joueur frustré, excédé. Bien avant que le match ne glisse entre les mains de son équipe, il a multiplié les démonstrations d’impatience. Nombreux sont ses coéquipiers qui ont su, d’une façon qui n’avait pas l’air tendre à partir des tribunes, que leur prise de décision ne concordait pas avec la vision du nouveau doyen du vestiaire.
Eullaffroy n’a pas vu là de problème, au contraire.
« C’est toujours fait de manière positive, a interprété le tacticien. C’est quelqu’un qui veut beaucoup d’intensité dans le jeu, qui veut que le ballon bouge très rapidement et qui voudrait que tout le monde voie les options vers l’avant comme lui les voit. [...] Je pense que ça fait du bien à tout le monde quand il secoue un peu les autres. C’est la mentalité qu’il nous apporte aussi. »
Ce qui est assurément positif, c’est la façon dont Sánchez s’est exprimé dans la nouvelle animation offensive qu’avait promise Eullaffroy. Utilisé dans un rôle axial plutôt que comme ailier gauche, le numéro 10, qui a joué les 90 minutes de la rencontre, a touché à presque trois fois plus de ballons que dans la défaite à Philadelphie, selon les chiffres de la firme Opta. Il a aussi été crédité de quatre occasions créées.
Il lui restera, lui aussi, à être plus décisif devant le filet adverse. Il avait le potentiel but vainqueur au bout du pied à la 62e minute, mais il a envoyé son tir à bout portant dans les loges.
