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Un défi de cohérence

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La défaite du CF Montréal en finale du Championnat canadien est choquante. Non pas parce qu’il était si près du but, mais plutôt parce qu’on constate à quel point il en est loin comme club.

Au-delà des résultats, c’est le manque de cohérence qui aura fait le plus mal en 2026. Cohérence dans le discours, le recrutement, le sentiment d’appartenance, l’investissement...

Choisissez votre département, on est sous la note de passage.

Fierté et continuité

Ce n’est pas un secret, il y a un écart important (parfois monstre) entre les sommes investies à Montréal et ce qui se fait ailleurs en MLS. Pour palier à cet écart, on mise sur la continuité et la fierté de défendre les couleurs du club et la ville.

En ce sens, la dernière semaine est particulièrement préoccupante.

Sur les deux derniers matchs (le second étant le plus important de la saison), Philippe Eullaffroy a utilisé 19 joueurs. Du nombre, 6 portent le maillot depuis moins de huit mois, 10 sont à Montréal depuis moins de deux ans et seulement 2 (Samuel Piette et Sebastian Breza) y sont depuis plus longtemps.

Dans pareilles circonstances, même Messmer n’aurait pas ce qu’il faut pour induire un véritable sentiment d’appartenance. Pour que les joueurs soient investis d’une fierté qui dépasse le chèque de paie, il doit y avoir un noyau dur qui s’inscrit dans le temps. Un groupe de leaders capable de transmettre les valeurs et l’ADN du club aux nouveaux venus.

Pour le moment, la porte tournante de l’effectif a été mise à spin (comme celle des entraîneurs).

Tout part d’une connexion

À leur arrivée en poste fin 2024, Luca et Simone Saputo parlaient de l’importance d’avoir des joueurs avec lesquels les supporters pouvaient connecter. On citait alors Samuel Piette et Nathan Saliba. Ils avaient raison et je crois qu’ils étaient sincères.

Depuis ce temps, Saliba a été transféré en Belgique (puis en Espagne), alors que le capitaine a été relégué à un rôle de réserviste. On pourrait débattre de ces deux cas en particulier, mais une question encore plus importante s’impose.

Qui sera le prochain? Là aussi l’effectif de mercredi est préoccupant. Les règles de la compétition stipulent qu’on doit avoir un minimum de trois Canadiens U23 dans le groupe.

Une ultime défaite aux allures de la saison Reportage d'Antonin Besner au sujet de la défaite du CF Montréal en finale du Championnat canadien. face au Forge FC.

Logiquement, ce n’est pas un enjeu pour un club MLS qui dispose d’une Académie depuis près de 15 ans. Dans les faits, c’est par la peau des fesses qu’on a atteint le quota mercredi dernier. Pour y arriver, Samsy Keita (17 ans), Emil Gazdov (23 ans) et Josh-Duc Nteziryayo (17 ans) étaient sur la feuille de match.

Ça représente deux gardiens de réserve (plutôt qu’un) et un grand total de 0 minutes d’expérience en première équipe sur le banc d’une finale. Bref, la relève se fait rare. Il n’est pas normal qu’un club qui dépend autant de ses produits locaux se retrouve dans pareille situation.

Un recrutement agressif peut améliorer une équipe du jour au lendemain (demandez à Maxime Crépeau comment ça se passe avec Griezmann à Orlando). La formation, en revanche, prend du temps. J’en suis bien conscient.

S’il veut vraiment des visages locaux auxquels le public peut s’identifier, le club doit tout de même prendre acte de la situation et rapidement apporter les ajustements nécessaires à son pipeline de développement.

Autrement, le prochain Nathan Saliba pourrait se retrouver à Columbus ou, encore pire, sans club à 19 ans parce qu’on n’a plus d’équipe pour lui.

Question de volonté

Depuis des années, on souligne la volonté d’attirer et garder des gens qui veulent d’abord et avant tout « être ici ».

Ce principe (tout à fait légitime) était particulièrement utile pour justifier les départs de Wilfried Nancy, Rudy Camacho ou Mathieu Choinière. On aurait quand même pu se demander pourquoi des individus aussi ancrés dans la Métropole en viennent à vouloir la quitter! Même chose pour Olivier Renard qui a quitté son poste de directeur sportif dans la foulée… Peut-être que les réponses auraient été trop confrontantes.

La beauté des principes est qu’ils s’appliquent en tout temps. Ils ne sont pas supposés changer en fonction de la personne concernée, de l’humeur des décideurs ou de la météo.

Si vouloir « être ici » était un critère assez fort pour se départir du trio énuméré précédemment, comment expliquer qu’on ait recruté Dani Pereira cet été?

La situation familiale du Vénézuélien rendait son passage au nord de la frontière problématique. Une situation qui rappelle celle de Thierry Henry qu’on a laissé quitter pour rejoindre ses proches en Europe pendant la pandémie. Dans le cas de Pereira, on a pourtant procédé à son transfert pour la modique somme de 2M$ (non négligeable à l’échelle montréalaise).

Moins de trois mois plus tard, celui qui voulait plus ou moins « être ici » était un des premiers soupçonnés d’avoir jeté la serviette sur la saison. C’est sans parler de son Like sur une publication de la MLS soulignant la victoire de Toronto face à son nouveau club.

De l’interne, la situation est certainement plus complexe. Ceci dit, peut-on vraiment être estomaqués par ce dénouement?

Ce qui est bon pour Popa devrait être bon pour Moman.

Autrement, l’incohérence s’installe et l’avantage concurrentiel d’un club bâti sur des valeurs familiales s’envole comme les feuilles à l’automne.

Suivez le match entre le CF Montréal et le Nashville SC samedi à 13 h 30 avec RDS et le RDS.ca.