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« Le Canada, ce n’est pas un pays de foot »

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MONTRÉAL – Marc Dos Santos a passé presque trois saisons à la barre des Whitecaps de Vancouver. Il a été ravi de voir le stade BC Place, une enceinte dont il a maintes fois arpenté les lignes de touche, être submergé d’une « incroyable » marée rouge pour deux matchs de la Coupe du monde.

Mais l’entraîneur-chef du LAFC, qui n’a jamais craint de nager à contre-courant, croit qu’il serait une erreur de s’arrêter à cette image pour prendre la mesure de l’engouement des Canadiens pour le soccer.

On tentait de joindre Dos Santos depuis un bon moment. Quatre des joueurs qu’il dirige en Californie ont représenté leur pays à la Coupe du monde. Trois d’entre eux s’alignent avec l’équipe canadienne. Il a aussi joué un rôle clé dans le développement de Maxime Crépeau. On y reviendra dans quelques paragraphes.

C’est que le Montréalais de 49 ans, au milieu d’une rencontre d’une trentaine de minutes au cours de laquelle il avait commencé à commenter le parcours de l’équipe canadienne, a changé le ton de la conversation avec cette déclaration.

« Le Canada, ce n’est pas un pays de foot. Il faut être honnête avec nous-mêmes. »

Ce dur constat, Dos Santos le fait par amour pour une nation et un sport qu’il souhaite un jour voir se lier d’un amour passionnel et réciproque. On n’y est pas encore, selon lui. « Je ne sais pas comment le dire en français, mais je ne suis pas un gars "delusional". » On le traduira ainsi pour lui : il ne se berce pas d’illusions.

Il craint qu’une fois que les stades de l’Amérique du Nord se seront vidés et auront retrouvé leurs locataires réguliers, l’intérêt des amateurs sera redirigé vers une autre saveur du mois.

« J’aimerais tellement qu’à cause de la Coupe du monde, tu vois qu’au lieu d’avoir 2000 ou 3000 personnes aux matchs du FC Supra du Québec, tu en aies 8000. Et qu’au lieu d’avoir 5000 personnes aux matchs de l’Atlético Ottawa, tu en aies 10 000. Mais non! Tu vas voir qu’après la Coupe du monde, on va se demander où ils sont, tout ce monde-là qui ont aimé le foot pendant trois ou quatre semaines. »

« C’est encore là que je suis, moi, je suis très honnête envers le foot canadien. Je l’ai vu trop souvent dans ma vie. Je ne veux pas être négatif, mais j’aimerais beaucoup que ce qui arrive avec l’équipe nationale, ça amène un engouement au niveau des clubs, parce que c’est là que ça va faire grandir le foot au Canada. »

Dos Santos croit que les clubs doivent assumer leur part de responsabilité dans la rétention souhaitée de nouveaux supporteurs. Des investissements sérieux doivent être faits pour attirer l’attention de l’amateur moyen et offrir un produit plus compétitif sur le terrain. Sinon, la venue de la Coupe du monde en sol canadien aura le même effet éphémère que le passage d’une vedette de la pop.

« La [Première Ligue Canadienne] doit faire un travail de faire grandir sa base de partisans. La MLS doit faire la même chose en faisant venir des joueurs désignés au Canada. On a vu l’effet de l’arrivée d’un Drogba à Montréal, on a vu l’effet d’un Thomas Müller à Vancouver, on a vu l’effet Giovinco dans le temps à Toronto. Les équipes canadiennes doivent prendre conscience qu’il y a un grand public pour le foot au Canada et faire les efforts pour aller le chercher. »

« Le public est là, insiste-t-il. Mais on espère que ça ne sera pas un public qui sera juste passager à cause d’un événement. »

Eustaquio le grinder, Crépeau le courageux

De retour de courtes vacances qui lui ont permis de revenir brièvement dans sa ville natale, Dos Santos suit la Coupe du monde comme il le peut. « Ce n’est pas eux qui me payent et ce n’est pas eux qui vont m’aider à gagner notre match contre le Galaxy le 17 juillet », lâche-t-il dans son langage coloré.

Mais il ne manque pas un match du Canada. Il est important pour lui de suivre les faits et gestes de ses protégés Stephen Eustaquio, Mathieu Choinière et Jacob Shaffelburg. Et le hasard a voulu que quelques jours après qu’une entrevue avec RDS ait été ajoutée à l’horaire de MDS, Eustaquio marque le but le plus important de l’histoire du programme canadien masculin dans un match éliminatoire contre l’Afrique du Sud.

C’est un dénouement qui a évidemment comblé Dos Santos, qui a convaincu Eustaquio l’hiver dernier de venir jouer en prêt au LAFC afin d’obtenir les minutes qu’il n’avait plus à Porto et d’ainsi peaufiner sa préparation pour la Coupe du monde.

« C’est un gars humble, un gars qui travaille tellement fort et moi j’aime son histoire. C’est un joueur que personne ne connaissait au Canada dans les sélections de jeunes à 15 ans, à 17 ans. Il n’était jamais en équipe nationale, personne ne le regardait. Il a commencé en troisième division au Portugal avec un essai. Il a monté en deuxième division, puis en première division. C’est un grinder. »

« De le voir aujourd’hui en équipe nationale, marquer le but qui qualifie le Canada... Et après tu vois comment il est grand. Quand Alphonso Davies entre sur le terrain, la première préoccupation de Stephen, c’est d’enlever le brassard de capitaine pour le donner à Phonzie. C’est le genre de gars qu’il est. Donc de voir tout ça arriver à un gars comme lui, c’est incroyable. »

Dos Santos se dit aussi « très fier » de voir le Québec être représenté brillamment par cinq joueurs au sein de l’équipe canadienne. La présence de Crépeau entre les poteaux fait vibrer une corde particulièrement sensible.

Quand il était l’entraîneur de l’Impact en 2009, Dos Santos invitait régulièrement le gardien de l’Académie à s’entraîner avec la première équipe. Crépeau, comme le veut la légende, faisait aussi partie des Ultras à l’époque.

« Je me souviens qu’il arrivait dans les entraînements un peu chubby, mais tellement courageux! Il n’avait peur de rien, il sortait de son filet. J’ai toujours vu des flashs d’un excellent gardien en Max, mais jamais je n’aurais cru, quand il avait 15 ans, qu’il garderait les buts du Canada dans une Coupe du monde à la maison 16 ou 17 ans plus tard. C’est incroyable, son histoire. »