Coupe du Monde

Maxime Crépeau et la fin d’une longue audition

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MONTRÉAL – Jesse Marsch aura vraiment maintenu le suspense jusqu’à la toute fin. À 48 heures du dernier match préparatoire de l’équipe canadienne avant le début de la Coupe du monde, on ignorait toujours l’identité du gardien qui allait défendre le filet de l’Unifolié durant le tournoi.

Maxime Crépeau ou Dayne St. Clair? Pendant la première journée du séjour montréalais de la sélection nationale, chaque petit geste des deux protagonistes – une accolade avec un coéquipier à la sortie du terrain, un regard détourné, une réponse mystérieuse – servait à alimenter le feu des spéculations.

Crépeau semble être arrivé dans la ville où a commencé sa carrière avec une petite longueur d’avance aux yeux des observateurs. C’est qu’il a livré une solide performance lundi dans la première demie d’une victoire de 2-0 contre l’Ouzbékistan. Il a effectué une sortie bien mesurée pour forcer un tir hors cadre sur une échappée, a plongé pour stopper un tir de loin et a réalisé une spectaculaire parade – sur une séquence qui allait plus tard être jugée hors-jeu, mais quand même – sur un coup franc redirigé près de son rectangle.

St. Clair, quant à lui, est entré dans le match en deuxième demie avec d’autres remplaçants identifiés comme des joueurs de profondeur. Il a aussi été moins sollicité que son vétéran collègue.

Si Crépeau en savait plus que nous sur les intentions du sélectionneur lorsqu’on l’a rencontré dans un hôtel du centre-ville de la métropole mercredi après-midi, il le cachait bien. « Je te dirais qu’on a hâte de savoir en ce moment », a-t-il lâché au début d’une autre ronde de questions au sujet de la lutte qui l’oppose depuis deux ans à St. Clair.

Mais si le match de lundi était sa dernière chance de jouer ses cartes, il était satisfait de ce qu’il avait donné.

« Chaque fois que je mets le maillot, c’est mon message dans le vestiaire, a dit le natif de Candiac en entrevue à RDS. Avec les gars, je dis regarde, tu ne sais pas c’est quand la prochaine fois que tu vas avoir l’occasion de mettre le maillot, donc il faut que tu laisses tout sur le terrain sans aucun regret. Puis honnêtement, j’ai contrôlé ce que je pouvais. »

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Crépeau aurait été confirmé comme titulaire du Canada en juillet 2024, après avoir mené son pays à la demi-finale de la Copa América, que personne n’aurait bronché. À partir de ce moment, Marsch a plutôt décidé de l’impliquer dans une compétition directe avec son jeune dauphin.

Des 21 matchs officiels qui ont suivi, Crépeau en a commencé huit et St. Clair treize. L’Ontarien a notamment obtenu le filet pour les matchs de la Ligue des nations et de la Gold Cup. C’est aussi lui qui a affronté la Côte d’Ivoire, le Pays de Galles, la Colombie et l’Équateur. Le Québécois a quant à lui été testé contre l’Ukraine, la Roumanie, l’Australie et le Venezuela.

Sur la durée, aucun des deux n’a vraiment démérité ni ne s’est particulièrement démarqué.

Leur candidature a aussi été évaluée à travers leurs performances respectives en MLS. Là aussi, l’état des courses est libre à l’interprétation.

Aucun gardien n’a accordé plus de buts que les 38 donnés par Crépeau avec Orlando City qui, à la défense du cerbère, accumule les performances défensives moribondes en 2026. À preuve, Crépeau vient aussi au troisième rang de la ligue avec 63 arrêts.

Derrière un Inter Miami beaucoup mieux nanti que son cousin floridien, St. Clair a concédé dix buts de moins, mais a aussi fait face à beaucoup moins de tirs. Ses 40 arrêts le placent au 18e rang à l’échelle de la MLS.

C’est donc une longue audition qui tire à sa fin. Crépeau admet qu’elle a parfois été drainante mentalement.

« Dans la dernière année, oui et non je te dirais. Certains moments, je dirais oui parce que le fait est que tu te fais évaluer pour chacun de tes faits et gestes, donc évidemment ça pèse à la longue. Mais je dirais non parce que quand tu joues au soccer, sur le terrain tu ne penses pas à ça. Tu fais juste t’exprimer, tu fais juste y aller avec le moment présent. Donc je suis partagé sur la question, mais si j’avais à trancher, je dirais que ce n’est pas quelque chose que j’ai trop analysé. »

Parce qu’il est le plus expérimenté des gardiens de l’équipe nationale, parce qu’il a lui-même longtemps attendu son tour derrière un vétéran et parce qu’il avait tout fait pour mériter le poste de titulaire au début de ce cycle de quatre ans menant à la Coupe du monde, Crépeau pourrait avoir développé une petite crotte sur le cœur pour la lutte interne instaurée par Marsch.

« Je pense que ça a été l’opposé, rectifie-t-il. [Le processus] a été super juste. Oui, les performances en équipe nationale, c’est quelque chose, mais [Marsch] a été très juste avec moi parce qu’il y a un certain moment où je ne jouais pas toutes les minutes avec mon club. Il aurait facilement pu arriver et trancher, prendre sa décision à ce moment-là. Ça m’a permis de changer de situation, de changer de club et de jouer toutes les minutes. Donc franchement, ça a été très juste jusqu’à la fin. »

Mauro Biello est bien placé pour parler de tout le chemin parcouru par Crépeau. Il était entraîneur-adjoint puis entraîneur-chef de l’Impact quand le produit de l’Académie de montréalaise tentait de mériter une promotion au sein de la première équipe. Celui-ci a finalement dû s’expatrier à Vancouver, Los Angeles et Portland pour connaître la carrière qu’on lui prédisait.

« La dernière fois, il s’est cassé la jambe juste avant le tournoi, rappelle Biello en entrevue. Je n’imagine pas ce qu’il a vécu. Alors je suis content pour lui. Il est là maintenant et il va jouer un rôle important pour nous. »

Quel est exactement ce « rôle important » mentionné par le bras droit de Jesse Marsch? La réponse ne saurait tarder.