« Nous sommes tellement fiers! » Angelo Jean-Baptiste avoue avoir versé des larmes de joie au moment où Haïti a assuré sa qualification pour la prochaine Coupe du monde de soccer qui se tiendra du 11 juin au 19 juillet 2026 au Canada, aux États-Unis ainsi qu’au Mexique.
Un exploit que bien peu de gens croyaient possible avant le début du troisième et dernier tour des éliminatoires de la CONCACAF, qui s’est déroulé du 4 septembre au 18 novembre.
D’abord parce qu’Haïti devait notamment écarter de son chemin le Costa Rica ainsi que le Honduras, en forme après des parcours intéressants à la Gold Cup, mais surtout parce que les Grenadiers n’auraient pas le luxe de jouer une seule partie à domicile devant les siens.
En proie avec des enlèvements, des violences reliées au gang et de possibles troubles civils dans l’ensemble du pays, Haïti a en effet disputé ses trois matchs locaux du troisième tour à Curaçao, un État autonome au sein du Royaume des Pays-Bas situé en mer des Caraïbes.
« C’est l’équipe de la résilience, a lancé Jean-Baptiste, entraîneur de la sélection haïtienne des moins de 20 ans, en entrevue téléphonique avec RDS.ca la semaine dernière. La sécurité est très compliquée dans le pays et l’équipe nationale n’y a pas joué depuis 2021.
« Nous avons ensuite disputé nos matchs locaux dans le pays voisin en République dominicaine, mais la relation s’est envenimée. Nous devons donc louer des terrains dans d’autres pays et c’est extrêmement cher. Il faut penser à un budget d’environ 20 000 $ US. »
Mais comme dans toute bonne histoire, la magie a opéré, particulièrement lors des deux derniers matchs de qualifications les 13 et 18 novembre. Haïti devait absolument gagner pour espérer se retrouver en tête du groupe C et obtenir son billet pour la Coupe du monde.
Signe des temps, plusieurs joueurs de la diaspora se sont illustrés pendant le parcours de Haïti dans ces éliminatoires. Jean-Baptiste évoque le nom du milieu de terrain Jean-Ricner Bellegarde, qui a eu 8 sélections chez les moins de 19,20 et 21 ans avec l’équipe de France.
« L’équipe haïtienne s’appuie fortement sur la diaspora qui vit en France et en Amérique du Nord. Il n’y avait que 4 joueurs qui ont grandi en Haïti sur l’équipe qui s’est qualifiée, précise-t-il. Si nous continuons sur cette lancée, les meilleurs éléments vont venir nous rejoindre. »
Le technicien qui est également responsable de la formation des entraîneurs à Soccer Verdun, à Montréal, accueillerait à bras ouverts des joueurs comme Wilson Isidor (Sunderland) et de nombreux autres évoluant dans les championnats français et portugais.
« Aleksandr Guboglo qui joue avec le CF Montréal m’a contacté afin de savoir s’il devait jouer pour le Canada ou Haïti. Je lui ai répondu qu’il est Canadien et Haïtien et qu’il doit simplement écouter son cœur, explique Jean-Baptiste. Je suis vraiment un partisan du libre choix. Mais c’est certain que la qualification amène les joueurs à se poser des questions. »
C’est ce qui amène Jean-Baptiste à rêver que Haïti pourrait être l’une des équipes cendrillons de cette première Coupe du monde à 48 clubs. À sa seule et unique participation en 1974, « la Perle des Antilles » avait encaissé trois revers en trois rencontres.
« Haïti pourrait surprendre si elle est en mesure de se renforcer », a-t-il conclu. Certains joueurs déçus qui espéraient une place sur l’équipe de France pourraient être tentés de se tourner vers le pays de leurs ancêtres. Bref, la porte sera ouverte à ceux qui le souhaiteront.
Beaucoup d’eau coulera évidemment sous les ponts d’ici à ce que Haïti fasse connaître la composition de son effectif joue son premier match. D’ici là, Jean-Baptiste rêve d’un match amical entre le Canada et Haïti pour montrer à quel point les deux pays se sont améliorés.





