La deuxième moitié des huitièmes de finale semble à première vue plus directe, plus tranchée que la première. Avec des favoris assez clairement définis, qui font face à des défis relativement simples. Attention! Simples, pas au sens de « faciles », mais de « assez bien identifiables ». Il est, par exemple, plutôt probable que les quatre favoris auront l'un après l'autre une large, voire très large, marge de possession. Reste à savoir ce qu'ils sauront en faire. Reste à savoir ce que leur opposition - qui est parfaitement consciente de la situation - saura proposer.
France - Nigéria
La France a présenté l'un des plus gros volumes de jeu lors du premier tour. Essentiellement grâce à un milieu de terrain terrifiant dans sa capacité à gagner ses duels, récupérer le ballon et l'amener aussitôt en phase d'attaque. Le dernier grand résultat de la France demeure son accession à la finale de 2006, et sans vouloir en enlever à Zidane et Henry, les deux joueurs décisifs de cette épopée avaient été Makélélé et Vieira (ce dernier aurait d'ailleurs dû être élu meilleur joueur du tournoi) par leur capacité à reprendre le ballon et le transmettre tellement proprement vers l'avant.
C'est ce que la France retrouve cette année, vers une attaque extrêmement mobile, percutante, où Benzema arrive enfin au niveau qu'on lui promettait depuis six ans (confirmé par une excellente saison au Réal).
Cette volonté d'exploser vers l'avant peut laisser la défense un peu trop exposée. Lors du dernier match, lorsque l'Équateur a enfin choisi de jouer direct, verticalement et en contres, le milieu français a été souvent dépassé, amenant des situations dangereuses sur sa défense.
Le Nigéria est justement mieux équipé que l'Équateur dans ce domaine. Il est capable d'exploser vers l'avant (Musa, Odemwingie) et Emenike est le genre d'attaquant alliant vitesse, explosivité et puissance, capable de fatiguer une défense. Il a su surprendre l'Argentine par cette capacité à accélérer dans le dernier tiers et aurait pu finir plus fort si les résultats de cette dernière journée ne lui avaient pas été favorables (victoire de la Bosnie, qui lui garantissait la qualification). Un match sans doute très taxant pour les Bleus, qui devraient avoir le potentiel offensif pour faire la différence. Prédiction : France 2-1 ou 3-1.
Allemagne - Algérie
Aaahhh!!! Mondial 82? Gijon? Algérie 2 - RFA 1? Madjer, Belloumi, Dahleb, Mansouri. Et Zidane (Djamel). L'une des plus grandes surprises de l'histoire de la Coupe du monde, le Champion d'Europe maté, vraiment mis tout petit dans le jeu, par une équipe dont on découvre enfin qu'elle sait jouer au ballon comme les meilleurs. Évidemment, ce match revient à l'esprit, et sa suite (RFA - Autriche…), histoire d'alimenter ce huitième de finale.
L'Allemagne possède un choix monumental au milieu et en attaque, ce qui lui offre une exceptionnelle profondeur dans sa mise en place offensive. Götze, Müller, Podolski, Schürrle, Klose… et juste derrière Özil Schweinsteiger, Kroos, Khedira - et on n'a pas encore eu la chance de voir Draxler… bref, Löw possède une palette offensive hallucinante. Reste à mettre la défense en ordre : elle ne peut pas aller loin dans le tournoi en laissant tant d'espaces entre les lignes, en particulier l'espace milieu - défense. Et, franchement, recadrer Lahm à son poste de latéral où il demeure très bon. En milieu défensif, il est non seulement inutile mais ralentit le développement du jeu allemand.
Pour l'Algérie, il s'agira en premier lieu de savoir défendre dans la surface et autour, l'Allemagne allant certainement tenter de mettre une énorme pression, la plus continue possible, sur la défense algérienne. Et jouer des contres. Elle a les outils, avec Djabou, Feghouli ou Slimani, rapides et très bons techniciens. L'Algérie va devoir jouer vite vers l'avant, ce qui veut dire un nombre important de pertes de balles. Elle doit aller au-delà et jouer sur l'action décisive. Prédiction : Allemagne 2-0.
Argentine - Suisse
L'Argentine est un peu comme le Brésil. Elle a assuré son passage, mais sans vraiment convaincre, sans vraiment se montrer irrésistible. Messi a su faire la différence à chaque fois, mais il est un peu risqué de penser qu'il y parviendra match après match. S'Il le fait, il deviendra le troisième joueur à gagner une Coupe du Monde à lui seul (avec Garrincha en 62 et Maradona en 86). Le système argentin est extrêmement offensif et la probable absence d'Agüero (blessure) devrait être compensée par Lavezzi, pour un résultat sans doute intéressant vu qu'il résout la question de savoir quel joueur sera le plus en pointe (Higuain).. Derrière eux, le trio Mascherano - Gago - Di Maria est l'un des plus impressionnants du tournoi (avec la France). En défense, par contre, la tenue des centraux demeure une grande question, surtout au vu de leur exposition face au Nigéria…
La Suisse semble avoir repris le Mondial là où elle l'avait laissé il y a quatre ans. Assez solide derrière (le match contre la France est plutôt un accident, ou plus exactement un enchaînement de situations que la France a su parfaitement exploiter et sur lesquelles la Suisse est passée au travers). Si elle arrive à bien s'organiser en défense, tenir un adversaire pas mal doué en attaque et jouer ses chances en contres (Espagne - Suisse au Mondial 2010….), elle possède certaines chances… Prédiction : Argentine 2-0.
Belgique - États-Unis
On nous a présenté la Belgique comme une surprise possible de ce Mondial. Un, c'est pas une surprise vu qu'on en parle depuis dix-huit mois au moins, avec cette remarquable génération (mais pas plus remarquable que celle de 79-84). Deux, elle est allée à son maximum (pour l'instant) en qualifications, essentiellement il y a un an et a d'énormes difficultés à franchir le pallier supérieur. Elle a sans doute atteint son meilleur potentiel durant les qualifs' et semble vraiment manquer de rythme en ce moment. Trois, elle n'a aucune expérience à ce niveau et a besoin d'en prendre derrière la ceinture pour continuer sa progression (un France - Belgique pour l'Euro dans deux ans me semble pas mal plus crédible).
La Belgique possède un incroyable potentiel de talents individuels (Hazard, Lukaku, Mertens, De Bruyne, Fellaini - oui, Fellaini!). Le collectif n'a pas été pour le moment si impressionnant. Trois victoires à l'arraché, pas vraiment emballantes. Trois victoires tout de même et on ne peut pas dire que la Belgique n'est pas allée les chercher. Elle a de sérieux problèmes à régler en défense (placement, vitesse), mais conserve tout de même un vrai potentiel en attaque qui peut faire la différence, même quand les chose se compliquent.
Elle va, justement, avoir du compliqué au menu. Les États-Unis en huitièmes de finale, c'est sans doute l'une des plus mauvaises pioches possibles. C'est vraiment pas beau, mais remarquablement efficace. L'organisation est simple : défense alignée (un peu trop, d'ailleurs, l'Allemagne a su jouer derrière elle avec beaucoup de facilité); milieu dense, extrêmement dense (l'expérience Zusi - Davis sur les ailes contre l'Allemagne a été une catastrophe, le retour à un système en losange avec Beckerman, Jones, Bedoya et Bradley semble mieux fonctionner).
Le système libère Bradley vers l'avant en soutien direct de Dempsey. Cette équipe possède en outre une vraie dynamique, une méchante envie d'aller au niveau supérieur. Elle en a sans doute les moyens, face à un adversaire qui n'est pas à son meilleur (et les un-contre-un sur lesquels la Belgique est capable de faire une différence ne marcheront sans doute pas sur ce huitième. Prédiction : États-Unis 2-1.





