MONTRÉAL – Il n’y a pas que le travail dans la vie! Dans leur carrière, nos anciens joueurs ont été soit les témoins, soit les artisans de blagues ingénieuses qui nécessitaient parfois l’aide de valeureux complices. Voici leurs histoires.

Martin Biron : un rouquin nerveux

Brian Campbell a été la victime de l’un des meilleurs gags dont je me souvienne dans ma longue carrière. On était en Floride pour jouer contre les Panthers et notre soigneur connaissait un policier dans le coin, un bon ami qui travaillait pour la division canine. Il dit : « Si on gagne, on va pogner Brian Campbell après le match. » Tout le monde était au courant, y compris Lindy Ruff et notre DG Darcy Regier. Comme de fait, on gagne le match. On est dans l’autobus à l’extérieur de l’aréna, on se prépare à quitter le stationnement quand cinq ou six voitures de police arrivent pour nous bloquer le chemin, les gyrophares allumés, tout le kit. Un gars débarque avec un chien, qui commence à sentir tous les sacs. Il rentre ensuite dans le bus, il marche dans l’allée jusqu’à ce que, bien évidemment, il arrive à la hauteur de Brian.

Sans mettre de gants blancs, le policier ordonne à Brian de sortir. Il résiste un peu, mais il comprend qu’il n’a pas intérêt à s’obstiner. Dehors, il y a un sac par terre. « Est-ce que c’est à toi ? », le questionne le policier. Il dit que oui, il ouvre le sac et un paquet de bouteilles de pilules en sortent. Des antidouleurs, du Viagra, plein d’affaires. Brian jure qu’il n’a jamais vu ça de sa vie, le policier lui crie de ne pas le prendre pour un con. Lindy sort de l’autobus, mais il se fait rabrouer solide. « Sais-tu qu’on pourrait te mettre en dedans pour trafic de pilules ? », demande le policier à Brian, qui tremble comme une feuille. Le pauvre vient d’arriver dans la LNH et il s’imagine que sa carrière est finie. L’interrogatoire dure 10-15 minutes et jamais Brian ne dénonce notre soigneur, qui est clairement le propriétaire de tout ce bazar. Après un certain temps, le policier lui dit de retourner dans le bus pendant qu’il discute avec ses collègues. Dès qu’il arrive en haut des marches, tout le monde éclate de rire. Je pense qu’il en a quasiment pissé dans ses culottes!

Bruno Gervais : bonjour, la police!

Je l’avoue, j’ai été responsable de bien des coups pendables pendant mes années dans le hockey. À Long Island, on avait des amis policiers et on avait commencé à se lancer des idées sur des tours qu’on pourrait jouer. Je partageais une maison avec quatre coéquipiers, mais cette journée-là, pour une raison qui m’échappe, il n’y avait que Nate Thompson et moi. Ensemble, on a jeté les grandes lignes d’une blague qui s’avérerait un grand succès.
 
Les gros partys avaient souvent lieu chez nous et le Super Bowl arrivait. Plusieurs de nos gars d’équipement allaient être là. Cette année-là, ils voulaient se mettre en forme et pour les motiver, on avait organisé une espèce de concours à la « Biggest Loser ». On avait passé l’automne à les motiver dans le gym et on avait décidé que la pesée pour déterminer le gagnant aurait lieu au party du Super Bowl. Ça, c’était ce que tout le monde savait, mais en cachette, avec Nate, je m’étais organisé pour que la police vienne ramasser Chris Campoli pour l’accuser de délit de fuite.

Ça sonne à la porte. Alors que tout le monde est au sous-sol pour la pesée, il y a une certaine commotion qui commence à se créer en haut. Tout d’un coup, la femme de Bill Guerin alerte tout le monde que la police est dans la cour et un attroupement se forme autour de nos visiteurs. En bons vétérans, Guerin, Doug Weight et Mike Sillinger s’avancent pour aller discuter, mais j’avais demandé au policier d’être particulièrement détestable et il m’avait pris au pied de la lettre. Guerin, qui était un capitaine exemplaire, un gars super respectueux, demande des explications, mais le policier le renvoie d’où il vient en l’insultant. Les gars commençaient à rire jaune! Comme tout ça se passait chez moi, je m’interpose et je me mets à répliquer. J’envoie promener le policier, au point où des coéquipiers commencent à me retenir et à essayer de me sortir de la pièce. Et plus ils me retiennent, plus je disjoncte, jusqu’au moment où on finit par nous passer les menottes, à moi et à Campoli. Tout le monde capote! Thompson, mon complice, beurre épais lui aussi. La panique s’est emparée de la place.

Une fois assis à l’arrière de la voiture, un policier se retourne vers moi et me dit : « Ça ne pourra pas continuer bien longtemps, ça fait dix appels qu’on reçoit de notre patron pour nous demander ce qui se passe et nous dire qu’on devrait relâcher Campoli. » C’est là que notre victime comprend toute notre magouille! Si vous aviez vu les yeux qu’il m’a fait à ce moment-là. Les gars partent les sirènes, la voiture descend la petite côte en bas de la rue et ils font demi-tour. Ce n’est qu’à notre retour, quand je suis sorti de l’auto en riant, que tout le monde a réalisé ce qu’il venait de se passer.

Marc Griffin : le mystérieux John Ross

Dans le cadre d’une émission de télévision qui était diffusée à Radio-Canada, je m’étais mis de mèche avec le journaliste Marc Durand et j’étais allé surprendre Michel Laplante à Québec. Les Capitales, le club de la Ligue CanAm qu’il dirigeait, tenait un camp de sélection ouvert à tous. N’importe quel quidam qui croyait en ses chances d’obtenir une invitation au camp d’entraînement était invité à s’y présenter pour que son potentiel y soit jugé par le personnel d’entraîneurs. Je m’y étais inscrit, mais sous une autre identité. On m’avait fabriqué une fausse barbe, j’avais mis des lunettes fumées et je m’étais présenté au rendez-vous sous le sobriquet de John Ross, un vétéran de Lethbridge en Alberta. Pendant trois heures, je cours, je frappe, je lance. J’ai 37 ans à l’époque, mais je fais tout ce que je peux pour avoir l’air au moins dans la fin vingtaine. Et ça fonctionne, parce que les gars sur le terrain me passent des petits commentaires ici et là, ils me demandent où j’ai joué auparavant. En tout cas, j’en fais assez pour mettre la puce à l’oreille de Michel qui, à la fin de la journée, avait annoncé à John Ross qu’il y aurait un uniforme pour lui au camp des Capitales. Ce n’est qu’à ce moment que j’ai décroché de mon personnage et que je l’ai mis au courant du canular. Jamais il ne m’avait reconnu! Je vous avoue que je n’étais pas peu fier de mon coup.

André Roy : passager clandestin

Je sortais du junior et je jouais à Providence, dans le club-école des Bruins de Boston. J’étais un peu turbulent, je pétais souvent des bâtons sur la bande. J’avais mon tempérament, disons! Les vétérans – je pense à Mitch Lamoureux, Martin Simard, Mark Potvin – étaient corrects avec moi, même si des fois ils me faisaient suer en me mettant à l’amende. Il y avait un gars qui s’appelait Ted Crowley, un défenseur qui allait passer sa carrière dans les mineures. On avait joué à Saint John’s, à Terre-Neuve, contre le club-école des Maple Leafs. On était arrivé sur un vol commercial et le lendemain du match, on était à l’aéroport pour retourner à la maison. Ils vendaient des fruits de mer un peu partout dans les Maritimes et Ted avait eu l’idée d’acheter un homard pour me faire un coup. Tout le monde attendait à la porte d’embarquement et j’avais laissé mon sac à mon banc pour aller aux toilettes. Quand je suis revenu, tout le monde riait. Je savais bien qu’ils avaient fait un coup, mais quoi? On commence à embarquer sur l’avion. Mon sac passe la sécurité, je le reprends. Les gars sont crampés. Je me mets à marcher vers l’appareil et là Ted vient me voir pour se confesser. Il me dit de regarder dans mon sac, où j’ai rapidement trouvé le homard qu’il avait acheté. Les vétérans le suppliaient de garder le secret, mais je pense qu’il a commencé à avoir peur que je lui foute une volée à la prochaine pratique! Ça sentait méchant là-dedans, mais je l’avais quand même trouvé bonne. Je pense que j’avais donné ma prise à un gars de la sécurité en lui disant : « Tiens, si tu veux un lunch à soir! ». On avait bien ri.

Pierre Vercheval : la saison de la chasse

Tout bon joueur de tour a d’abord été une victime. Ça a été mon cas à ma première année avec les Eskimos d’Edmonton. Un de nos vétérans, le secondeur intérieur Danny Bass, était un maniaque de chasse et de pêche. Dans la nature, l’une de ses proies favorites était le canard. Au stade, j’allais rapidement devenir sa cible de choix. Dans le vestiaire, notre casier était coiffé d’un compartiment rectangulaire fermé par une porte qui ouvrait vers le haut. On prenait la pognée en bas et on la soulevait pour ouvrir. C’est important de bien l’expliquer pour que vous puissiez visualiser la scène. Un jour, Danny avait attaché un canard mort à l’intérieur de ma porte, de sorte que quand j’ai ouvert mon casier, la carcasse s’est affalée et s’est mise à se balancer directement devant mon visage. Évidemment, tout le monde dans le vestiaire savait que ça s’en venait... sauf moi!

Si Bass revendiquait fièrement ses coups pendables, ce n’était pas le cas de tous les petits comiques en son genre. Les joueurs de football connaissent bien l’existence d’un fantôme qui rôde dans le vestiaire. On ne l’a jamais vu, mais je suis pas mal sûr que toutes les équipes en ont un. C’est lui qui fait des mauvais coups le soir, quand tout le monde est rentré à la maison, ou encore les jours d’entraînement, quand l’équipe est sur le terrain. Un de ses classiques, au fantôme, c’est de prendre les vêtements d’un joueur – ses shorts, son t-shirt, tout ce qu’il avait sur le dos en arrivant au stade – d’en faire une boule, de la passer sous l’eau et de la mettre au congélateur. Le fantôme a toujours besoin de l’aide d’un préposé à l’équipement, qui s’assure que la boule de glace soit dans le casier du pauvre diable quand il revient du terrain.

Évidemment, plus un joueur réagit mal à ces petites blagues, plus il y aura de l’acharnement à son endroit. Si tu ne joues pas ça cool, tu risques d’être perpétuellement ciblé par le fantôme!

Matthieu Proulx : un patron un peu perdu

Pierre vous a déjà donné un avant-goût de tout ce qui peut se tramer dans un vestiaire de football. Aux astuces du fantôme, je pourrais ajouter l’application de crème de type « antiphlogistine » sur une mentonnière ou dans le support athlétique. Ou encore organiser la mystérieuse disparition d’un casque pendant une pratique. Ça, on l’a fait un nombre incalculable de fois. Il y avait aussi un joueur qu’on aimait beaucoup et qui avait une sorte de trouble obsessif compulsif. Tout devait être placé à la perfection dans son casier, mais pendant une année, on avait été trois ou quatre à se relayer pour affecter son rituel. On déplaçait ses souliers, on tournait son casque. Chaque fois qu’il revenait d’un meeting, il devait replacer ses trucs sinon il ne pouvait pas partir. Ça passerait peut-être mal aujourd’hui, mais on a ri pendant un an avec ça.

Je me rappelle aussi d’une histoire qui s’est passée pendant l’un de mes premiers camps d’entraînement. On est assis dans un meeting défensif au campus à Saint-Jean-sur-Richelieu. Chris Jones mène la réunion et il est accompagné par Coach Miller, un nouvel entraîneur de position qui s’occupe de la ligne défensive. À un moment donné, il y a un bonhomme qui entre dans la pièce en fumant une clope. Miller se lève avec sa grosse voix et lui demande ce qu’il fait là. Le vieux monsieur prend tranquillement une autre « pof », il le regarde droit dans les yeux et lui répond : « C’est mon équipe ! » Le fumeur était Bob Wetenhall!

Ed Philion, un vétéran, se lève aussitôt pour aller désamorcer la situation. M. Wetenhall et lui se mettent à jaser et à sacrer ensemble. Tout le meeting est sur pause pendant qu’ils parlent comme s’ils étaient seuls dans la pièce. Ed lui demande une cigarette, Wetenhall lui en donne une. Personne ne pensait qu’il pousserait la blague jusque-là, mais Ed allume la cigarette. C’était surréaliste. On ne savait pas si on pouvait rire, on ne voulait pas insulter le coach. On s’était tous caché le visage avec notre chandail pour rire. On voulait juste que ça finisse!

Denis Gauthier : une fausse bonne idée

J’ai raconté celle-là à l’Antichambre récemment. À Phoenix, Todd Simpson était arrivé plus tôt que tout le monde un matin avec une sorte de poudre magique qui devient de l’encre au contact de l’humidité. Il en avait mis dans plusieurs gants et les culottes d’au moins une douzaine de joueurs. Il en avait même mis dans son propre équipement pour être certain qu’on ne le soupçonne pas. Il avait eu exactement ce qu’il voulait : les gars finissaient par suer, ils se passaient une main dans le front pour s’essuyer ou ils prennent une serviette et dans le temps de le dire, tout devenait mauve. Les chandails de pratique, les bas, les culottes, tout était taché. Le responsable de l’équipe était en maudit parce qu’il devait acheter du nouveau stock et nous avait dit que si personne ne prenait la responsabilité de la blague, les frais encourus devraient passer sur son budget. Un matin, il était arrivé à l’aréna et il y avait une pile d’argent à son intention dans le vestiaire. Le magot avait été laissé là de façon anonyme. Todd m’avait confié son « crime » puisque j’étais cochambreur cette année-là. Pour les autres, ça avait pris plusieurs années avant que le chat sorte du sac. Personnellement, j’avais trouvé l’idée excellente, mais c’est une blague qui avait fini par coûter cher.

Marc Denis : caméra cachée

Tyler Wright et Geoff Sanderson étaient deux grands amis avec les Blue Jackets de Columbus. Un matin, on arrive à l’aréna et on voit sur le tableau qu’on est convié à une séance vidéo. Ce n’était pas prévu et on n’a aucune idée pourquoi. Quand on arrive dans la pièce, on se rend vite compte que ça ne sera pas une séance comme les autres. Il y avait souvent des tours qui se jouaient dans notre vestiaire et Tyler, en y plaçant une caméra cachée – rappelez-vous que la technologie n’était pas aussi avancée qu’elle l’est aujourd’hui! – avait réussi à prendre Geoff la main dans le sac. À l’écran, on le voyait découper des lacets ou coller des souliers au sol, des trucs du genre. On se doutait bien que ça devait être l’un des deux, mais là, ça ne faisait aucun doute.

Patrick Côté : un loustic un peu trop brave

À l’époque où je commençais à être populaire, un ami de Québec s’était arrangé pour envoyer un gars à mon gym. Cet étranger que personne ne connaissait – c’est du moins ce que je croyais – était entré dans la place avec l’intention de me mettre au défi. C’est le genre de chose qui m’était déjà arrivée dans les bars. Les gens me voyaient et voulaient impressionner leurs chums en faisant leur petit coq. Au gym aussi, ça arrivait qu’un régulier « s’essaye » avec moi. Mais qu’un gars arrive de nulle part avec l’intention claire de venir me chercher, je n’avais jamais vu ça. Dès son arrivée, il s’était mis à me balancer des insultes. Ça avait duré une bonne demi-heure, j’avaisi mordu à l’hameçon à 100%. C’est passé proche que je passe à l’acte pour lui régler son cas, mais le pot aux roses a été découvert avant qu’il n’y ait de dégât!

Éric Bélanger : une bonne cible

Derek Boogard et Cal Clutterbuck m’avaient bien eu au Minnesota quand, pendant une pratique, ils s’étaient organisés pour faire remplir ma voiture de packing peanuts, ces petits morceaux de styromousse utilisés comme protection dans les boîtes de marchandise. Ils avaient volé mes clés et en avaient déversé une quantité hallucinante par le toit ouvrant. Ils avaient choisi le bon gars parce que je n’étais pas de bonne humeur en arrivant à mon auto. Ils m’avaient laissé un certificat-cadeau pour que j’aille la faire laver, mais il fallait quand même que je me rende au garage et ça, c’était une autre paire de manches. J’avais eu de l’aide d’un préposé de l’aréna, mais aucune sympathie de mes coéquipiers. Même Mario Tremblay et Jacques Lemaire s’étaient payé ma gueule en me voyant implorer les saints dans le stationnement.

Maxime Talbot : « Flower » l’artiste

Marc-André Fleury est la première personne à qui je pense quand on parle de joueurs de tours. À Pittsburgh, notre coéquipier Jay McKee avait un Jeep et on avait ouvert son toit ouvrant pour le remplir de popcorn en prenant les gros sacs du Mellon Arena. Le popcorn débordait par les fenêtres. Marc-André adorait aussi prendre une recrue et faire une reconstitution de sa chambre d’hôtel dans le corridor, devant l’ascenseur. Tu arrivais à ton étage et tu retrouvais tous tes meubles devant toi, comme ils seraient disposés dans ta chambre.

Wandrille Lefèvre : Ciman le chauffard

C’était impossible de côtoyer Laurent Ciman sans être mort de rire en permanence. Notre « Lolo », c’était un vrai farceur. Quelqu’un d’authentique, un bon vivant qui ne refusait jamais l’occasion de faire une folie pour détendre l’atmosphère.

Ciman s'amuse avec ses coéquipers

Son amour pour les engins à moteur était bien connu de ceux qui assistaient à nos entraînements au Centre Nutrilait. Souvent, ça se limitait à la voiturette de golf qu’il utilisait pour faire le chemin qui séparait le terrain et la Caserne. Mais un jour, Laurent s’était laissé tenter par une grosse tondeuse à gazon qui était arrêtée pas trop loin. Ce n’était pas un monstre, mais on parlait quand même d’un petit tracteur avec des lames tranchantes de part et d’autre. Laurent, qui n’a aucun filtre, était grimpé dessus et avait commencé à toucher tous les boutons. Les réacteurs avaient commencé à s’activer et il était parvenu à la déplacer. Il faisait mine de foncer sur nous et changeait de direction au dernier moment. C’était n’importe quoi. On sentait que le jardinier n’osait pas trop l’engueuler même s’il savait qu’à la limite, c’est un petit jeu qui pouvait être bien dangereux.