GRANBY - Même s’il ne se remplit pas au rythme voulu, le bagage d’expérience de Bianca Andreescu ne cesse de prendre du volume depuis le début de l’année 2018.

 

L’Ontarienne a évolué sur un nouveau continent, est passée à un cheveu de participer à deux tournois du Grand Chelem et a permis au Canada de conserver sa place dans le Groupe Mondial II en Coupe Fed.

 

Cette feuille de route pourrait sembler bien remplie pour une personne qui vient de fêter ses 18 ans, mais celle qui occupe le 181e échelon au classement de la WTA en demandait encore plus. S’il n’est pas rare d’attendre avec impatience son 18e anniversaire, Andreescu y entrevoyait une libération de ses chaînes, alors que la WTA impose une limite annuelle de 16 tournois professionnels aux  joueuses âgées de 17 ans.

 

« Je ne pense pas avoir plusieurs matchs au compteur, mais maintenant que j’ai 18 ans, je vais pouvoir en faire plus. Je suis tout de même heureuse de mes résultats au cours des six derniers mois, car j’avais beaucoup de points à défendre et j’y suis parvenue. J’espère continuer de jouer à ce niveau », a mentionné celle qui a atteint l’âge fatidique le 16 juin dernier.

 

Malgré ces restrictions, Andreescu est loin de ne garder qu’un goût amer de ses derniers mois, alors qu’elle a joué un rôle majeur lors de la rencontre de barrage contre l’Ukraine en Coupe Fed. 

 

« Cette compétition a été un événement marquant pour moi cette saison! », a-t-elle lancé sans hésitation lors d’une entrevue au RDS.ca la semaine dernière au tournoi de Granby.

 

« Je joue habituellement mon meilleur tennis en Coupe Fed, sans doute à cause de l’ambiance qui y est différente. Je ressens tout l’appui provenant des gradins et on y joue en équipe. C’était incroyable », a-t-elle ajouté.

 

Cette compétition ne laissait cependant pas présager un dénouement heureux après les mésaventures du Jour 1. Forcée d’abandonner lors de son match de simple contre Lesia Tsurenko, la Canadienne a tout de même été en mesure de retourner sur le terrain le lendemain afin d’offrir la victoire au Canada au Stade IGA lors du match ultime en double aux côtés de Gabriela Dabrowski.

 

Andreescu ne mâchait cependant pas ses mots lorsqu’elle a décrit ce qui s’est produit lors de son match de simple l’opposant à la 41e raquette mondiale.

 

« De gagner le double avec Gabi était tout simplement merveilleux, surtout après avoir éprouvé des crampes la veille comme une “idiote” », a-t-elle lâché en éclatant de rire. 

 

La principale intéressée se pardonnait difficilement cette tournure des événements dans les conditions où la rencontre était disputée, c’est-à-dire à l’intérieur. Elle ne cache pas que les circonstances entourant son entrée en scène n’ont pas favorisé une préparation optimale.

 

Andreescu apprenait quelques minutes avant le lancement de la compétition qu’elle devait remplacer sa compatriote Françoise Abanda, qui ne pouvait plus disputer l’affrontement en raison d’une chute lors de l’échauffement. Celle qui mise sur une routine bien établie a dû la chambouler et l’enjeu a eu son effet sur ses nerfs.    

 

« Lorsque j’ai appris que j’allais jouer en simple, mon cœur s’est emballé. Je n’avais pas ma préparation habituelle, alors que je mange toujours la même chose la veille d’un match. J’ai une routine aussi le matin même, alors que je cours. Cette fois je n’avais rien de tout ça et mon cœur a commencé à battre de plus en plus vite. J’ai par contre appris à gérer ces situations et je pense avoir bien fait dans les circonstances. La prochaine fois, je saurai comment réagir », a exposé celle qui est parvenue à enlever une manche malgré tout.

 

Forcée de quitter le terrain en chaise roulante, rien n’indiquait qu'Andreescu pourrait y retourner le lendemain. Si elle avait déjà fait une croix sur le deuxième match de simple, le double demeurait dans sa ligne de mire. Entourée de son équipe et du thérapeute à l’hôtel, Andreescu a repris du mieux et devait attendre le dénouement des deux matchs de simple. Après qu’Eugenie Bouchard ait procuré les devants au Canada avec son deuxième triomphe de la fin de semaine, l’Ontarienne a vu son éventuel partenaire de double s’incliner lors du quatrième match, forçant la tenue d’une rencontre déterminante.

 

Si elle a appris à la dure au début de la compétition, l’expérience s’est conclue sur une note des plus joyeuses alors que les Canadiennes ont triomphé au set ultime pour confirmer leur place dans le Groupe mondial II. Encore une fois, Andreescu est consciente qu’elle a pris du galon en évoluant avec Gabriela Dabrowski.

 

« C’était incroyable de donner la victoire au Canada! J’ai tellement appris à jouer avec Gabi. Je veux dire, elle a gagné en Grand Chelem (Roland-Garros 2017 et Internationaux d’Australie 2018 en double mixte)! Elle est devenue la première Canadienne à réussir le tout! », a-t-elle mentionné visiblement admirative devant les exploits de sa compatriote.

 

Sereine malgré certains résultats

 

Toutes les conclusions n’ont pas été qu’heureuses pour la Canadienne en cette année 2018, alors que certains résultats ont parfois été crève-cœur.

 

Andreescu n’est passée qu’à une victoire d’accéder au tableau principal de Roland-Garros et Wimbledon. Après une défaite en deux manches devant la 133e raquette mondiale Richel Hogenkamp au troisième tour des qualifications à Paris, le scénario s’est répété lors du troisième Grand Chelem de la saison avec un revers au compte de 6-3 et 7-5 devant l’Allemande Antonia Lottner (128e au classement WTA).

 

Andreescu ne s’est pas trop pris la tête avec ces résultats, sachant qu’ils ne sont pas les seuls indicateurs de son développement.

 

« C’est certain qu’il y a une part de frustration de ne pas avoir pu atteindre le tableau principal, mais en même temps, je sais que j’ai tout donné ces jours-là. Ça fait partie du sport. »

 

« Je suis à cet âge où je tente d’être à mon meilleur niveau et je ne fais pas que me concentrer sur le résultat. Les victoires viendront d’elles-mêmes par la suite », a exposé celle qui était du tableau principal à Wimbledon l’an passé.

 

Ce n’était pas la première fois que sa sérénité était mise à l’épreuve cette saison. Au printemps dernier, Andreescu a disputé les premiers matchs de sa carrière en Asie, un environnement qui lui a plu. 

 

« C’était ma première présence sur ce continent et j’ai bien apprécié l’expérience. Mon jeu s’est amélioré au cours des deux semaines en Asie. Sylvain (Bruneau) était sur place et j’ai pu travailler avec lui lors de cette période. Ça m’a bien aidée », a-t-elle convenu.

 

Celle qui s’est dite impressionnée par les nombreuses marques de politesse à son endroit au cours de son séjour a effectivement évolué avec aise dans ce nouvel environnement. Andreescu a atteint la finale lors de deux tournois consécutifs au Japon, mais elle a dû se résoudre à hériter du trophée de finaliste à chacune des occasions alors que Luksika Kumkhum était chaque fois couronnée championne.

 

« Perdre deux fois contre la même joueuse était frustrant à un certain point. Je pensais bien pouvoir obtenir ma revanche, mais c’était une bonne joueuse. Elle retourne beaucoup de balles, mais en jouant contre elle, je sais que je me suis améliorée, car elle me forçait à me surpasser », a résumé celle qui a aussi atteint les quarts de finale à Midland aux États-Unis.

 

Un coup du sort au mauvais moment

 

C’est maintenant fort de ce nouveau bagage qu’Andreescu se sentait d’attaque pour la prochaine portion de son calendrier qui s’annonce fort chargée. Elle s’attendait à voir de l’action au cours de sept semaines consécutives, mais elle a été forcée de se retirer du tournoi de Granby avant sa demi-finale incommodée par des douleurs au dos. Par la force des choses, elle a décidé de faire l’impasse sur le tournoi de Washington qui était disputé cette semaine.

                                                                                      

Ce coup du sort arrive à un bien mauvais moment pour Andreescu, soit à quelques jours du lancement de la Coupe Rogers à Montréal. En attendant d’en savoir plus sur son état de santé, elle devrait également connaître au cours des prochaines heures la décision de Tennis Canada en vue de l’octroi des derniers laissez-passer pour le tournoi. Celle qui espère recevoir l’une des deux passes encore disponibles pour les Canadiennes aimerait avoir la chance de jouer une fois de plus devant les partisans montréalais.

 

« J’ai vraiment l’esprit patriotique et c’est toujours une belle expérience. J’adore ressentir l’appui des partisans. Je pense que ça m’aide lors des moments difficiles d’entendre tous les encouragements de la foule », a-t-elle fait savoir. (NDLR : elle a finalement décroché un laissez-passer pour le tableau principal, tout comme Carol Zhao)

 

Andreescu s’était inclinée au premier tour de la dernière édition de la Coupe Rogers dont le volet féminin se tenait à Toronto.