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Pareil, mais pas pareil

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Le supplice de la route est enfin terminé pour le CF Montréal. Pour deux matchs du moins. À l'aube de la rentrée au Stade Saputo, les six premiers matchs de la saison offrent un bon exercice de perspective.

Pas de formule magique

Avant d'entamer la saison, le CF Montréal aurait sans doute signé au bas de la feuille si on lui avait promis 7 points en poche. Après tout, ses deux victoires égalent déjà le total de 2023 et il n'est qu'à un point des huit récoltés à l'étranger sous Hernan Losada.

En revanche, il aurait préféré un meilleur momentum avant de retrouver ses supporters. Les trois premières rencontres (on pourrait aussi y inclure les 82 premières minutes à Chicago) ont confirmé que le CF Montréal a rapidement tourné la page sur l'ère Losada.

Les dernières semaines, quant à elles, nous rappellent qu'on ne revient pas par magie à l'ère Wilfried Nancy.

Cinq ans en banque

À son arrivée dans la Métropole, on a fait grand cas des ressemblances entre Laurent Courtois et Nancy. Avec raison.

On a toutefois tendance à négliger l'expérience de Nancy comme adjoint en MLS dans nos analyses.

Avant d'entamer la saison record de 2022, j'ai eu l'occasion de lui demander quelle serait la plus grande différence à sa 2e campagne à la barre. Sans hésitation, il m'avait répondu « je dois faire plus confiance à mon instinct ».

À l'époque, j'y voyais une évolution d'entre-saison. Avec le recul, c'était une réflexion de bien plus longue date. Une réflexion qui, en plus de s'appuyer sur une saison complète comme entraîneur-chef en 2021, reposait sur cinq années passées sur un banc de MLS comme adjoint sous quatre coachs différents.

Nancy a pris des notes en voyant Mauro Biello mener des vétérans (dont Didier Drogba) jusqu'en finale de l'Est. Il a observé Rémi Garde se dépêtrer avec un effectif aussi déséquilibré que talentueux sur papier. Il a aussi vécu l'adversité de la pandémie aux côtés de Thierry Henry.

Je suis le premier à souligner les ressemblances entre Nancy et Courtois, mais il ne faudrait pas oublier que le premier a eu l'avantage d'un départ lancé avec cinq ans d'expérience MLS derrière la cravate.

Si c'était à refaire, Courtois referait-il les mêmes choix à Seattle? Sachant qu'il se magasinait déjà un deuxième carton jaune avant la mi-temps, Nathan Saliba aurait-il été sur le terrain au retour des vestiaire?

Je ne critique ni le coach, ni le joueur. Je souligne simplement l'importance d'accepter une courbe d'apprentissage qu'on avait peut-être perdu de vue après trois matchs sans défaite pour lancer l'année.

De soi vers l'autre

Joel Waterman est l'un des joueurs qui a le plus progressé dans un maillot montréalais au fil des ans. De son ouverture au coaching à sa capacité à s'imposer dans les duels, Waterman a fait d'importants progrès depuis son arrivée de la CPL en 2020.

Le Canadien fait maintenant face à un défi qui peut définir le reste de sa carrière. À 28 ans, il est devenu l'homme de confiance en défense après le départ de Rudy Camacho. Reste à voir s'il peut s'y imposer comme patron indiscutable.

Après la dégelée à Seattle samedi dernier, notre collègue Amy Walsh me questionnait sur le plafond de Waterman. À Montréal, on aime bien identifier un Général en défense. En temps de paix, à peu près tous les généraux paraissent bien. C'est en temps de guerre que le meilleurs se distinguent.

Waterman a-t-il ce qu'il faut pour appartenir à cette deuxième catégorie?

Jusqu'ici, sa priorité était de cimenter sa place. Ses énergies devaient d'abord et avant tout être concentrées sur son rendement personnel. En 2024, ses responsabilités vont bien plus loin.

Lorsque la tempête se lève, il ne suffit plus de garder sa propre tête hors de l'eau. Il s'agit de colmater les brèches du bateau, rescaper les hommes passés par-dessus bord et organiser l'équipage pour que tout le monde rame ensemble vers des eaux plus calmes.

En plus d'être juste techniquement et courageux physiquement, Waterman devra avoir une maîtrise émotionnelle suffisante pour calmer ses coéquipiers et inspirer confiance en temps de crise.

En ce sens, les derniers matchs auront été riches en apprentissages.

Si Joel Waterman embrasse ce défi d'être un général aussi fiable en temps de paix ou de guerre, il sera non seulement d'une valeur inestimable à l'échelle de la MLS, il le sera aussi en équipe nationale où ce poste est à prendre à deux mains.