MONTRÉAL – L’Université McGill a provoqué une onde de choc en passant la hache dans son volet sportif incluant la suppression du programme d’athlétisme ce qui a suscité l’indignation dans ce milieu à commencer par Bruny Surin et Andre De Grasse.
L’institution montréalaise a procédé à une refonte majeure de son offre sportive et elle a annoncé, la semaine dernière, la fin du support envers 25 clubs sportifs et équipes sportives.
La liste touche notamment le badminton, le baseball, l’escrime, le ski de fond, le rugby (femmes), le patinage artistique, le golf, le tennis et le volleyball (hommes).
Mais c’est la décision envers l’athlétisme qui a le plus ébranlé le paysage sportif. De passage à notre émission Le 5 à 7 et sur ses réseaux sociaux, Surin a mentionné que « l’athlétisme à McGill avait toujours dépassé le sport. Ça permettait aux athlètes de grandir, rêver et exceller. »
« Il faut absolument trouver une solution. Ce serait un désastre de perdre ce programme », a ajouté Surin qui a levé la main pour s’impliquer dans les discussions.
Loin d’être seul à pousser dans ce sens, De Grasse a demandé à McGill de revoir sa position. Sa voix s’ajoute à la pétition qui circule et qui a amassé plus de 10 000 signatures.
« Quand un chef de file comme McGill renonce à son programme d’athlétisme, ça envoie le mauvais message aux athlètes de tout le pays. J’espère vraiment que ma voix, et celle de milliers d’autres personnes, vont aider à renverser cette décision », a insisté De Grasse au quotidien The Gazette.
On a voulu poursuivre la discussion et on a immédiatement pensé à Fabrice Akué, l’entraîneur de la Québécoise Audrey Leduc qui a connu une saison épatante en 2024 culminant avec les Jeux olympiques au 100m, au 200m et au relais féminin 4x100m.
En avril 2024, on avait justement interviewé Leduc et Akué après un entraînement dans les installations intérieures et extérieures de McGill.
« La collaboration entre le Centre national d’athlétisme et McGill est formidable. Mais je ne pense pas seulement à nous, ce serait vraiment dommage pour tous les athlètes. Ça provoquerait vraiment un trou majeur », a cerné Akué alors que trois athlètes du Centre national venaient de choisir d’effectuer leurs études à McGill.
Ensuite, on a discuté avec deux anciens étudiants-athlètes en athlétisme à McGill. Vincent Parent-Pichette qui a excellé au niveau national et qui enseigne l’éducation physique ainsi que Delphine Hansen qui est devenue médecin notamment grâce aux valeurs acquises en athlétisme.
« C’est une grosse, grosse perte. Je ne sais pas si McGill mesure l’ampleur de la fermeture de ce programme pour l’athlétisme en général », a noté Delphine Hansen.
« J’étais sous le choc et notre milieu a réagi rapidement, on est une communauté tissée serrée. Tout le monde s’entraide, on se dit que ça ne fait pas de sens et on tente de trouver des solutions. On souhaite que ça porte fruits », a ciblé Vincent Parent-Pichette.
« Je trouve qu’on fait dur »
En tant qu’enseignant d’éducation physique, il peut difficilement accepter ce choix.
« Ça ne va pas bien dans notre société si on doit couper dans le volet sportif. Ça envoie un message que c’est secondaire alors que je répète sans cesse à mes élèves que la santé est prioritaire », a-t-il cerné.
« On fait picpic, mettons. Je trouve qu’on fait dur quand on doit couper dans le sport. Je ne suis pas fier de nous », a poursuivi Parent-Pichette.
Le bruit qui court, c’est que la décision gouvernementale de hausser les frais de scolarité pour les étudiants étrangers a asséné un dur coup à McGill et Concordia. En perdant de nombreux étudiants en raison de cette mesure, le budget a été affecté.
Parmi ses arguments pour sabrer dans l’athlétisme, l’Université McGill a prétendu qu’elle aurait eu à investir des sommes colossales pour fournir l’encadrement nécessaire aux athlètes afin qu’ils puissent exceller.
Le manque de transparence des dirigeants a également heurté les gens du milieu.
« Je suis abasourdi parce que les dépenses, je ne les vois pas; quitte à limiter un peu les compétitions à l’étranger. Je m’explique mal ce manque de communication et ça explique le tourment actuel. La communauté se dit ‘Crime, ce n’est pas normal comme décision pour un programme qui a plus de 125 ans d’histoire’ », a témoigné Parent-Pichette.
Cette décision, si elle est maintenue, ne scierait pas uniquement les jambes des athlètes de McGill.
« Le revêtement des pistes est relativement usé. Mais ce sont des pistes avec un accès extraordinaire. Elles sont utilisées par les programmes universitaires, par plusieurs clubs civils qui s’y entraînent, celui de triathlon, plusieurs clubs de course de Montréal dont le mien qui regroupe plus de 200 athlètes... Ce serait vraiment dommage pour tous ces athlètes de perdre ces deux pistes. Même dans leur état actuel, ces pistes sont extrêmement utilisées », a expliqué Hansen.
Dans sa riche histoire, l’Université McGill a aidé plus de 150 athlètes à participer aux Jeux olympiques.
Mais la vraie force des institutions universitaires, ce sont les bénéfices provenant des études combinées au sport. Ce mariage entre les volets sportif et académique a enrichi le parcours de milliers d’étudiants.
« Le sport aide les gens à réussir. Je suis un peu biaisée comme médecin, mais on parle beaucoup du fait qu’on a une société plus sédentaire et on voit que beaucoup de femmes décrochent du sport à l’adolescence ou en tant que jeune adulte. De tels programmes sont d’autant plus importants pour raccrocher les gens au sport. Au-delà de la performance et gagner des médailles, ça développe d’excellents athlètes, étudiants et citoyens », a conclu Hansen.






