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La pureté du baseball l’a emporté sur les dépenses

Publié le 

La victoire des Brewers est bien plus qu’une simple victoire de la meilleure équipe.

Elle démontre le caractère d’un groupe de joueurs déterminés à revenir plus forts, après s’être fait balayer par ces mêmes Dodgers il y a à peine un an.

Elle démontre qu’une gestion intelligente des ressources peut permettre de rivaliser avec les équipes des grands marchés.

Elle démontre l’importance d’un gérant qui croit aux vertus d’une communication constante.

Elle démontre que, malgré tout le talent de l’adversaire, une équipe unie et confiante peut battre n’importe qui.

Elle démontre que le sport continue de nous surprendre.

Elle démontre qu’un propriétaire qui met tout en œuvre pour gagner, sans nécessairement dépenser sans compter, peut lui aussi atteindre les sommets.

Le caractère

Qu’est-ce que ça veut dire, avoir du caractère?

Vous en avez probablement une définition différente de la mienne. Pour moi, c’est avoir la volonté totale et entière de réussir. Peu importe l’adversaire, peu importe l’adversité, peu importe le défi, on se donne complètement. Ça ne garantit pas la victoire, mais ça multiplie les possibilités d’y parvenir.

Avoir du caractère, c’est aussi faire confiance à ses coéquipiers et les soutenir. C’est connaître son rôle dans l’équipe, l’accepter et foncer dans l’intérêt du groupe. C’est se relever lorsqu’on est au tapis et continuer à se battre.

L’humiliation d’avoir été balayés en série de championnat l’an dernier a servi de motivation aux Brewers, mais surtout de leçon.

Pat Murphy, le gérant de l’équipe, a résumé la différence entre son groupe et celui des Dodgers avec une formule savoureuse : « They may have a bunch of Hall of Famers, but we’ve got a bunch of gamers. And the gamers won this week. » ce qui peut se traduire par : « Ils ont une bande de membres du Temple de la renommée, mais nous, on a une bande de joueurs qui se donnent à fond. Et cette semaine, ce sont eux qui ont gagné. »

Ce n’était pas simplement une flèche dirigée contre les Dodgers. C’était surtout une façon d’affirmer ce qui faisait la force de son propre groupe. Et cette phrase résume parfaitement le caractère de cette équipe.

Dépenser intelligemment

On a tous vu passer les comparaisons des masses salariales. Les masses salariales combinées des Brewers, des Rays et des Guardians n’atteignent même pas celle des Dodgers. C’est donc déjà une victoire des petits marchés contre les gros méchants!

Malheureusement, ce genre de résultat ne changera probablement pas grand-chose aux prochaines négociations. Trop de propriétaires n’ont tout simplement pas la mentalité nécessaire pour mettre tout en œuvre afin de gagner.

Et je ne parle pas nécessairement de dépenser davantage, même si certaines équipes auraient intérêt à investir au moins la part des revenus partagés qui leur revient. Mais ça, c’est le sujet d’une prochaine chronique.

Dans le baseball majeur, tous les propriétaires veulent gagner. Du moins, c’est ce qu’ils affirment. La différence, c’est que certains cherchent réellement à se donner les moyens d’y arriver.

Pour les organisations qui s’investissent réellement, qui font preuve de créativité et qui savent tirer le maximum de leurs ressources, il est possible de battre les géants.

Ce qui me fascine chez les Brewers, c’est la culture qu’ils ont bâtie dans toute l’organisation. Ils ont développé une identité qui leur est propre, et celle-ci ne se limite pas aux joueurs. Elle englobe aussi les entraîneurs, le personnel de bureau et les employés de soutien.

Cette culture existait avant l’arrivée de Pat Murphy à la barre de l’équipe, mais il l’a poussée encore plus loin. Il l’a renforcée, il l’a incarnée et, surtout, il a réussi à faire en sorte que tout le monde y adhère.

Voilà un superbe exemple de gestion.

Une communication constante

Chaque joueur des Brewers interviewé depuis le début de la saison finit, à un moment ou à un autre, par parler de « Murph ».

Pat Murphy est un excellent pédagogue et maîtrise évidemment son métier sur le bout des doigts. Mais sa façon de communiquer avec son équipe est franchement impressionnante et, surtout, rafraîchissante.

Chez lui, l’humain passe en premier. À tous les niveaux.

Non seulement chaque joueur connaît son rôle, mais chaque rôle est valorisé. On gagne en équipe, on perd en équipe, et l’équipe passe toujours avant les intérêts individuels.

Prenez David Hamilton, le neuvième frappeur des Brewers lors du quatrième match. Pat Murphy lui suggère fortement de tenter un amorti surprise tôt dans la rencontre, même s’il sait que ce n’est pas l’une de ses grandes forces. Hamilton tente l’amorti après deux retraits en troisième manche, mais il est retiré.

Pourquoi insister sur un jeu que son joueur maîtrise moins bien? Parce que Murphy voit plus loin que le résultat immédiat. Il veut obliger les lanceurs à respecter la possibilité de l’amorti, ce qui pourrait ensuite influencer leur façon d’attaquer Hamilton.

En neuvième manche, Hamilton frappe un circuit qui ajoute un point précieux au total des Brewers. La leçon est là : un bon gérant ne se contente pas de demander à ses joueurs d’exécuter. Il leur explique pourquoi.

Dès qu’une zone grise s’installe, le groupe risque d’en souffrir. Chez les Brewers, personne n’a à deviner ce qu’on attend de lui. Chacun connaît sa place, chacun sait ce qu’il a à faire et chacun comprend l’importance de sa contribution.

Tout le monde rame dans la même direction.

Valoriser chaque rôle, ce n’est pas simplement un beau discours de vestiaire. C’est une condition essentielle pour bâtir une équipe qui fonctionne.

La confiance

La confiance des Brewers nous éclaboussait à travers l’écran! Du premier au neuvième frappeur, on avait le sentiment que quelqu’un allait finir par faire le travail. Quand la confiance s’installe dans une équipe, elle devient une force redoutable!

À l’inverse, quand elle s’effrite, le doute s’installe et tout devient plus difficile. Au fil de la série, le contraste était frappant : les Brewers gagnaient en confiance pendant que celle des Dodgers semblait s’effriter.

Malgré tout le talent du côté de Los Angeles, rien n’a pu arrêter la machine de confiance de Milwaukee.

Les Brewers ont battu les Dodgers. Pur et dur!

Le sport continue de nous surprendre…

Cette victoire des Brewers nous rappelle toute la beauté du sport.

David contre Goliath. La petite balle contre la grosse puissance. La confiance contre le doute. L’exécution contre l’hésitation. Et surtout, la passion contre la raison.

Tout de cette victoire en série de championnat me plaît. Les Brewers ont gagné en jouant au baseball, tout simplement. Du baseball pur.

À l’aube d’un possible conflit de travail, voir Milwaukee accéder à la Série mondiale et Cleveland ou Tampa Bay avoir la chance de l’y rejoindre nous rappelle qu’il reste encore quelque chose de profondément authentique dans ce sport.

Et c’est peut-être ça, au fond, la plus belle victoire des Brewers : nous rappeler que, malgré l’argent, les vedettes et les moyens parfois démesurés de certains adversaires, le baseball appartient encore à ceux qui savent jouer ensemble.

Et cette façon de voir les choses me rejoint totalement!