Pendant plus de trois mois, Boston ressemblait à une équipe correcte. Pas mauvaise. Certainement pas extraordinaire. Une formation capable de battre n’importe qui un soir... puis de perdre trois matchs de suite contre un adversaire qu’on disait inférieur.
Puis, presque sans prévenir, tout a changé. Quatorze victoires consécutives. Dix-neuf gains lors des 21 derniers matchs.
La meilleure équipe du baseball? Pas nécessairement.
La plus difficile à battre? Assurément.
La question est fascinante.
Comment une équipe qui semblait incapable de trouver son identité peut-elle soudainement devenir la plus difficile à battre du baseball, alors que son alignement est essentiellement le même?
Parce qu’en réalité, très peu de choses ont changé.
Pire encore, Garrett Crochet et Roman Anthony sont blessés. Les Red Sox n’ont pas acquis trois joueurs étoiles. Ils n’ont pas transformé leur rotation en celle des Braves de 1998. Ils n’ont pas soudainement aligné neuf frappeurs capables de produire 30 circuits.
Alors qu’est-ce qui explique un tel revirement?
La réponse est probablement beaucoup plus complexe... et beaucoup plus humaine.
Le baseball est probablement le sport où l’aspect mental est le plus sous-estimé.
Un joueur peut frapper quatre missiles... et repartir avec une fiche de 0 en 4.
À l’inverse, un mauvais contact peut devenir un simple gagnant.
On ne contrôle jamais complètement les résultats. Seulement le processus.
Et lorsqu’une équipe commence à gagner, ce processus devient soudainement beaucoup plus facile à respecter. Le frappeur qui, il y a un mois, tentait d’en faire trop avec deux retraits accepte maintenant de frapper la balle à l’opposé. Le releveur qui, il y a quelques semaines, lançait à 97 mph en essayant d’éviter les dégâts, attaque maintenant les frappeurs au lieu de les craindre. Le joueur en défense qui hésitait sur une balle difficile joue maintenant avec instinct.
Pourquoi?
Parce que la confiance enlève le doute. Et le doute est probablement le pire ennemi d’un athlète professionnel.
On dit souvent que la confiance se mérite. Mais elle est aussi contagieuse.
Une équipe qui gagne joue plus librement. Les décisions deviennent plus rapides. Les erreurs semblent moins coûteuses. Même les bonds favorables commencent à apparaître.
Évidemment, certains répondront qu’il ne s’agit que d’une meilleure exécution.
Ils auront raison. Mais ils oublieront une nuance importante. La confiance produit souvent une meilleure exécution. On ne peut pas complètement séparer les deux.
Quand un frappeur est convaincu qu’il verra un bon tir à frapper, il prend de meilleures décisions. Quand un lanceur croit qu’il retirera le frappeur, il attaque davantage la zone. Quand une équipe croit qu’elle reviendra de l’arrière, elle cesse de paniquer.
Le mental ne remplace jamais le talent. Il lui permet simplement de s’exprimer.
Le baseball est probablement le seul sport où une équipe peut jouer exactement le même match deux soirs de suite... et obtenir deux résultats complètement différents. Un ballon frappé trois pieds plus à gauche devient un double au lieu d’un retrait. Un roulant qui frappe le coussin du deuxième but change parfois toute une manche. C’est justement pour cette raison que la confiance est si précieuse. Elle permet de traverser les mauvais rebonds sans abandonner le plan de match. Et lorsqu’une équipe entière partage cette conviction, les victoires commencent parfois à s’enchaîner beaucoup plus longtemps qu’on ne l’aurait cru.
En chiffres, cette séquence est tout aussi impressionnante.
Les Red Sox jouent une défense remarquable. D’ailleurs, cinq de leurs joueurs figurent parmi les 25 premiers du plus récent classement du SABR Defensive Index, l’un des principaux outils servant à évaluer les candidats au Gant d’or.
Offensivement, ils marquent en moyenne six points par match. Défensivement, ils en accordent moins de deux.
Autrement dit, pendant cette séquence, les Red Sox n’ont pas seulement gagné. Ils ont dominé leurs adversaires dans toutes les facettes du jeu.
Un autre facteur qui mérite également d’être considéré. c’est le changement de gérant.
Il est toujours dangereux d’attribuer une séquence de quatorze victoires à une seule personne. Alex Cora n’avait pas oublié comment diriger. Et Chad Tracy n’a certainement pas tout réinventé en quelques jours, mais il existe une réalité que tous les entraîneurs connaissent. Lorsqu’une équipe traverse une période émotionnellement difficile, une nouvelle voix peut parfois suffire à réinitialiser le groupe.
Les messages sont souvent les mêmes. Ils sont simplement entendus différemment. On appelle souvent cela l’effet du nouveau gérant.
Il existe dans presque tous les sports.
Parfois il dure une semaine.
Parfois un mois.
Parfois il ne change absolument rien.
Mais lorsqu’il s’ajoute à une équipe talentueuse qui attendait simplement une étincelle, son impact peut être bien réel.
L’histoire nous enseigne toutefois une autre leçon.
Les longues séquences de victoires sont rarement annonciatrices d’une domination permanente. Les Athletics de 2002 ont remporté 20 matchs de suite. Une équipe devenue célèbre grâce à la philosophie « Moneyball ». Les Indians de Cleveland en ont gagné 22 en 2017. Les Rays ont commencé la saison 2023 avec 13 victoires.
Toutes ces équipes étaient excellentes, mais aucune n’a remporté les grands honneurs cette année-là.
À l’inverse, plusieurs futurs champions n’ont jamais connu une séquence de plus de huit ou neuf victoires.
Pourquoi?
Parce que le baseball finit presque toujours par revenir vers son équilibre naturel.
Les statistiques se stabilisent. Les blessures apparaissent. Les lanceurs adverses s’ajustent. Les frappeurs refroidissent. Ce n’est pas du pessimisme. C’est simplement la réalité d’une saison de 162 matchs.
La véritable question n’est donc pas de savoir si Boston gagnera 15, 16 ou 17 matchs de suite.
Cette séquence prendra fin, comme toutes les autres.
La vraie question est plutôt celle-ci.
Que restera-t-il lorsque cette série sera terminée?
Parce que les grandes équipes ne sont pas celles qui gagnent 14 matchs de suite. Ce sont celles qui jouent pour plus de ,600 pendant six mois.
Si cette séquence est le reflet d’une équipe qui a finalement trouvé sa véritable identité, Boston sera un sérieux prétendant jusqu’en octobre.
Si, au contraire, elle n’était qu’un alignement parfait des astres, le marathon de 162 matchs finira par le rappeler. Une chose est certaine, après 19 victoires en 21 matchs, personne ne peut encore prétendre que Boston n’est qu’une équipe ordinaire.
Les Red Sox nous rappellent une vérité que le baseball enseigne année après année. Le talent construit une équipe. Les ajustements l’améliorent.
Mais il arrive parfois qu’une seule chose fasse toute la différence.
Ce n’est pas l’arrivée d’un joueur étoile.
Ce n’est pas une transaction spectaculaire.
C’est le moment précis où 26 joueurs cessent d’espérer gagner... et commencent à s’attendre à gagner.





