MLB
mlbOpens in new window

La patience nécessaire et payante

Publié le 

Le plus grand adversaire d’un partisan de baseball n’est ni un lanceur qui atteint les 100 mi/h, ni un releveur incapable de protéger une avance. C’est l’impatience. Et plus la saison avance, plus elle devient difficile à combattre.

Chaque année, on se fait prendre au même piège. Notre équipe préférée connaît un mauvais départ, et déjà, on remet tout en question. Le gérant ne prend pas les bonnes décisions. Le directeur général est nul. Les releveurs sont incapables de protéger une avance. On écoute un peu moins les matchs, on consulte moins souvent les résultats... puis, tout à coup, une séquence de huit victoires en dix rencontres et voilà que l’espoir renaît aussi rapidement qu’il avait disparu.

À l’inverse, une équipe démarre la saison en trombe. On rêve déjà aux séries, certains parlent même de Série mondiale, puis survient un passage à vide. L’avance confortable fond comme neige au soleil, les critiques reviennent et on passe de l’euphorie au découragement en quelques jours.

C’est exactement pour cette raison que le baseball récompense davantage la patience que les réactions émotives. Après tout, une saison dure 162 matchs, répartis sur près de 26 semaines. Survivre à ce marathon demande probablement le meilleur conseil qu’on puisse donner à un partisan : ne jamais trop s’emballer... et ne jamais trop se décourager.

Je me suis amusé à consulter les probabilités de participer aux séries sur le site Baseball Reference. Ce sont évidemment des projections, pas des vérités absolues, mais elles permettent de mettre les émotions de côté et de regarder la situation avec un peu plus de recul.

Grâce à leur séquence de huit victoires en dix matchs, les Red Sox devancent maintenant les Blue Jays avec une probabilité de participer aux séries de 37,5 %, comparativement à seulement 19 % pour Toronto. En un mois, les chances de Boston ont bondi de plus de 20 %. Pourtant, Baseball Reference prévoit toujours une récolte d’environ 80 victoires. Leur scénario le plus optimiste? 87 gains.

Ce n’est pas une garantie. C’est simplement une démonstration qu’il reste énormément de baseball à jouer.

Après la pause du Match des étoiles, les équipes disputeront encore près de 65 rencontres. Avant même la date limite des transactions, il restera entre 16 et 18 matchs à jouer. Et les mouvements qui seront effectués d’ici la fin juillet modifieront inévitablement plusieurs de ces projections.

Les Red Sox ont certes fait un bond impressionnant, mais ce sont les Marlins de Miami qui détiennent la plus forte progression du dernier mois. Leur probabilité de participer aux séries a augmenté de 56,6 %. Les calculs de Baseball Reference les placent même devant les Phillies au classement final de la section Est de la Ligue nationale.

Dans la Ligue américaine, ce sont les Twins du Minnesota qui connaissent la plus forte progression, avec une hausse de 45,7 % de leurs chances depuis un mois.

Mais la véritable histoire de l’année demeure celle des White Sox de Chicago.

En mars dernier, leurs probabilités de participer aux séries n’étaient que de 5 %. Après seulement 92 matchs, elles atteignent maintenant 70,7 %. Plus surprenant encore, Baseball Reference les voit terminer au sommet de leur division avec une récolte de 90 victoires.

Qui aurait osé prédire un tel scénario au début du calendrier?

Le baseball nous a souvent rappelé qu’il ne faut jamais tirer de conclusions trop rapidement. Les Nationals de Washington de 2019 affichaient une fiche de 19-31 à la fin mai. Quelques mois plus tard, ils remportaient la Série mondiale. En 2021, les Braves d’Atlanta étaient toujours sous la barre de ‚500 au début du mois d’août avant de transformer leur équipe à la date limite des transactions et de remporter, eux aussi, les grands honneurs. Plus récemment, les Tigers de Detroit de 2024 sont passés d’une équipe pratiquement oubliée à une qualification inespérée en séries grâce à une fin de saison spectaculaire.

À l’inverse, combien d’équipes ont dominé les deux premiers mois de la saison avant de manquer complètement d’essence lorsque les matchs sont devenus les plus importants? Chaque année ou presque, une formation qui semblait destinée aux séries disparaît du portrait après une mauvaise séquence en août ou en septembre.

Voilà pourquoi les projections demeurent exactement ce qu’elles sont : des projections. Elles nous indiquent une tendance, mais elles ne connaissent ni les blessures, ni les transactions, ni le joueur qui explosera soudainement, ni celui qui tombera dans une interminable léthargie. Heureusement d’ailleurs, parce que c’est précisément cette imprévisibilité qui rend le baseball aussi fascinant.

Les probabilités sont fascinantes. Elles alimentent les discussions. Mais heureusement, elles n’ont encore jamais lancé une seule balle... ni frappé un seul coup sûr.

Autre constat intéressant : plusieurs organisations démontrent qu’il n’est pas obligatoire de posséder une masse salariale astronomique pour aspirer aux séries.

Les White Sox, avec une masse salariale de 90,9 M$, possèdent actuellement 70,7 % de probabilités d’y participer. Les Marlins, qui ne dépensent que 80,4 M$, affichent 60,6 %. Les Guardians, avec une masse salariale de seulement 79,6 M$, se retrouvent eux aussi dans une excellente position avec 57,8 %.

Ces trois organisations rappellent qu’il est encore possible de bâtir un club compétitif autrement qu’à coups de chèques astronomiques. Oui, tout doit tomber en place : le développement des jeunes, les bonnes décisions, quelques surprises... et, évidemment, un peu de santé. Mais elles démontrent qu’il existe encore plusieurs chemins vers le succès.

Le baseball est un sport qui récompense la constance beaucoup plus que les émotions du moment. Les séquences de victoires finissent presque toujours par être suivies de passages plus difficiles, et les mauvaises équipes trouvent presque toujours une façon d’enchaîner quelques bonnes semaines.

Et c’est peut-être là la plus grande leçon de cette saison.

Au fond, la patience n’est pas seulement une qualité pour les partisans. Elle l’est aussi pour les organisations. Développer un jeune joueur, remettre un vétéran sur les rails, traverser une mauvaise séquence ou bâtir une culture gagnante demande du temps. Dans une époque où tout doit être instantané, le baseball continue de nous enseigner que les plus belles histoires s’écrivent rarement après 25 ou 30 matchs.

Il reste encore près de 40 % de la saison à disputer. Suffisamment de temps pour que les White Sox poursuivent leur conte de fées, pour que les Marlins continuent de surprendre... ou encore pour qu’une équipe que tout le monde croyait éliminée revienne complètement dans la course.

Parce qu’au baseball, la patience ne garantit jamais le succès... mais l’impatience mène presque toujours aux mauvaises conclusions.