Une des facettes que j’adore du baseball, c’est de découvrir encore des subtilités et des règles obscures. Après plus de 40 ans comme amateur, comme joueur et comme analyste, je trouve formidable d’en apprendre encore.
Vous pouvez blâmer les joueurs de ne pas connaître toutes les règles. Personnellement, je blâme davantage les coureurs et les instructeurs des Red Sox de ne pas avoir su combien il y avait de retraits.
On nous enseigne très tôt de ne jamais nous fier au tableau indicateur. Alors, comment est-il possible que les coureurs au premier et au troisième but, tout comme les instructeurs à ces deux positions, n’aient pas confirmé le nombre de retraits avec un officiel?
Les Red Sox ont donc des coureurs au premier et au troisième avec un seul retrait. Pourtant, le tableau en indique deux. Et, en passant, ce n’est pas un employé des Blue Jays qui opère le tableau des balles, des prises et des retraits, mais bien un employé du baseball majeur.
Cedanne Rafaela frappe une balle au champ centre. La balle est captée pour ce que tout le monde croit être le deuxième retrait. Voyant les coureurs avancer comme s’il y avait deux retraits, les Blue Jays retournent la balle au premier but.
L’officiel déclare le coureur retiré.
Trois retraits!
Les joueurs d’avant-champ et le lanceur entrent à l’abri.
Oups! Pas si vite!
Et c’est là que le baseball devient particulièrement intéressant.
La situation devient un « time play » : il faut déterminer si Seigler, le coureur au troisième but, a touché le marbre avant ou après que le troisième retrait ait été enregistré.
Mais les Blue Jays auraient pu éviter tout ce scénario.
La Règle 5.09(c)(4) permet à la défense de réaliser ce qu’on appelle un « quatrième retrait » dans le cadre d’un jeu d’appel (appeal play). Si un appel subséquent peut produire un retrait supplémentaire qui aurait empêché un point de compter, ce quatrième retrait peut avoir priorité.
Dans ce cas-ci, Seigler pouvait être retiré pour avoir quitté le troisième but trop tôt. Les Blue Jays n’avaient qu’à conserver la balle et effectuer l’appel au troisième but, après le retrait au premier, mais avant de quitter le terrain.
Ils ne l’ont pas fait.
Les arbitres ont donc déterminé que Seigler avait touché le marbre avant que le troisième retrait ne soit enregistré. Le point comptait donc : c’était un « time play ».
Il existe trois situations où ce point n’aurait pas compté :
1. Un troisième retrait sur un jeu forcé.
Par exemple, un double jeu complété aurait annulé le point, même si Seigler avait touché le marbre avant le deuxième retrait du double jeu.
2. Un troisième retrait sur un coureur précédent.
Si le coureur au premier avait été retiré avant que Seigler ne marque, le point n’aurait pas compté.
3. Un appel au troisième but.
C’est celui qui nous intéresse ici. Si les Blue Jays avaient effectué l’appel au troisième but avant de quitter le terrain et que Seigler avait été déclaré retiré, ce retrait aurait été le troisième retrait pertinent et le point n’aurait pas compté.
C’est donc une situation où une équipe peut littéralement avoir un quatrième retrait... et où ce quatrième retrait peut décider si un point compte ou non.
Et c’est exactement ce qui rend le baseball aussi fascinant.
Je remercie sincèrement Sébastien Gagnon de m’avoir guidé dans ce jeu pour le moins inusité. Après plus de 40 ans à regarder, jouer et analyser du baseball, je peux vous confirmer une chose : on n’a jamais fini d’apprendre les règles de ce merveilleux sport.
Les contestations sur la zone des prises
Nous approchons de la mi-août et je peine encore à comprendre que certaines équipes n’aient pas instauré de règles internes concernant l’utilisation des contestations sur la zone des prises.
Je comprends qu’on fasse confiance à la maturité et au jugement des joueurs, mais il me semble évident que certains pensent parfois un peu trop au nom derrière leur uniforme plutôt qu’à celui devant.
Prenons une situation simple : votre équipe mène par trois points en fin de rencontre et il ne reste qu’une seule contestation. Comme frappeur, vous devez tout faire pour que votre lanceur de fin de match puisse avoir cette contestation en poche.
Ça prend de la discipline. Ça prend même du courage. Mais surtout, ça prend du jugement.
Et je ne parle pas seulement de juger si une balle est une prise ou si une prise est une balle. Je parle de juger la situation dans laquelle on se trouve.
Selon moi, cette réflexion doit commencer dans le cercle d’attente. Le frappeur doit analyser le contexte avant même d’entrer dans la boîte : combien reste-t-il de contestations? Quel est le pointage? Quelle manche joue-t-on? Qui est au monticule?
Une chose doit toujours passer en premier : l’équipe.
Et plus le match avance, plus conserver ses contestations devient un véritable avantage stratégique. Une contestation disponible en neuvième manche peut valoir beaucoup plus qu’une contestation utilisée en deuxième manche simplement parce qu’un frappeur était convaincu d’avoir raison.
Le talent fait gagner des matchs. Le jugement peut faire gagner une saison.
Oui à une révolution du marqueur officiel
Ceux qui me suivent sur RDS lors de nos reportages savent que je souhaite depuis longtemps une révolution dans la façon de marquer les matchs de baseball.
Le marqueur officiel doit prendre des décisions importantes : est-ce un coup sûr? Une erreur? Ces décisions ont une influence considérable sur les statistiques du frappeur, du lanceur et même du joueur défensif.
À une époque où les statistiques occupent une place aussi importante dans le baseball moderne, il est grand temps que notre façon de penser évolue.
Selon moi, il devient difficile d’accepter qu’une chandelle frappée à l’avant-champ, que personne ne touche ni ne saisit, soit automatiquement considérée comme un coup sûr. Pourquoi ne pas développer la notion d’erreur d’équipe? Un lanceur ne devrait pas nécessairement être pénalisé pour un manque de communication entre ses coéquipiers.
Même chose sur les jeux défensifs. Un arrêt-court réalise un jeu spectaculaire et effectue un relais qui touche le sol. Le joueur de premier but avait pourtant une chance raisonnable de réaliser le retrait, mais la balle s’éloigne légèrement et le coureur avance. Automatiquement, l’erreur est attribuée à l’arrêt-court.
Pourquoi?
À l’inverse, une balle frappée à plus de 100 mph peut être extrêmement difficile à contrôler, même si elle est frappée directement vers un joueur défensif. Pourtant, on semble parfois accorder beaucoup plus d’importance à l’endroit où la balle est frappée qu’à la difficulté réelle du jeu.
Nous parlons des meilleurs joueurs au monde. Chaque jeu est différent et devrait être analysé comme tel.
Il faut arrêter les automatismes.
Le baseball moderne mérite un marquage moderne.



