COLLABORATION SPÉCIALE
À l’approche de la date limite des transactions, les Blue Jays devront décider s’ils sont réellement des aspirants... ou simplement une équipe qui refuse encore d’abandonner.
Le 1er juillet est non seulement une autre journée de paie de 1 M$ pour Bobby Bonilla et ce, jusqu’en 2035, mais c’est aussi le signal que les équipes disposent d’environ trois semaines pour déterminer si elles seront acheteuses ou vendeuses en vue de la date limite des transactions, fixée au 3 août à 18 h.
Outre les meneurs de division, on compte actuellement environ sept ou huit équipes dans chacune des ligues qui peuvent encore espérer participer aux séries. La particularité cette année? Parmi la quinzaine d’équipes qui sont toujours dans la course, quatre présentent une fiche inférieure à ,500. Autrement dit, une bonne séquence au cours des prochaines semaines pourrait complètement changer le portrait.
Pour les organisations, les questions sont nombreuses.
Doit-on foncer parce que l’équipe est construite autour de vétérans? Est-il plutôt temps de rajeunir l’effectif? Peut-on enfin se départir d’un contrat devenu trop lourd? La fenêtre est-elle suffisamment ouverte pour tout risquer? Quel impact une vente aurait-elle auprès des partisans? Le prochain lock-out doit-il influencer notre plan? Et que fait-on avec les joueurs qui deviendront autonomes à la fin de la saison?
Autant de questions auxquelles les dirigeants doivent répondre avant de tracer une direction claire.
Le baseball est en pleine évolution. Les jeunes prennent de plus en plus rapidement leur place. Le repêchage est devenu encore plus important alors qu’une quinzaine de joueurs sélectionnés en 2024 évoluent déjà dans les ligues majeures. À l’inverse, les longs contrats consentis à des joueurs qui ont dépassé la trentaine deviennent un véritable boulet pour plusieurs organisations.
Parmi les équipes qui peuvent encore espérer une remontée figurent les Blue Jays de Toronto.
Je vous invite donc à enlever votre chapeau de partisan quelques instants pour enfiler celui d’un dirigeant de l’organisation.
Les joueurs de position
Le retour d’Alejandro Kirk, combiné à l’émergence de Brandon Valenzuela, fait de la position de receveur l’une des forces de l’équipe. Kirk est sous contrat jusqu’en 2030 et touchera un peu plus de 12 M$ par saison à compter de l’an prochain.
Pas besoin de vous présenter Vladimir Guerrero Jr. 2026 est la première année de son contrat de 14 ans. Évidemment, il n’est pas question de l’échanger. En revanche, s’il poursuit sur sa lancée actuelle, on parle d’une saison de moins de dix circuits et de moins de 70 points produits. Si les Jays veulent acheter, Guerrero devra démontrer au cours des trois prochaines semaines que cette première moitié de saison n’était qu’un très long passage à vide.
Ernie Clement connaît encore une bonne saison, même si son travail défensif est un peu moins solide qu’à l’habitude. On sait toutefois qu’il élève souvent son jeu lorsque les matchs prennent de l’importance. Admissible à l’arbitrage après la saison, son salaire de 4,6 M$ devrait connaître une importante hausse.
Andrés Giménez demeure un joueur défensif de premier plan. Offensivement, il fait mieux que l’an dernier, mais après sept saisons dans les majeures, on connaît essentiellement son plafond : un frappeur d’environ ‚250, une quinzaine de circuits et une soixantaine de points produits. Le véritable défi demeure son contrat. Jusqu’en 2030, il touchera 23,5 M$ par saison. Une éventuelle transaction obligerait probablement Toronto à absorber une partie importante de son salaire.
Kaz Okamoto est, de loin, le meilleur frappeur des Blue Jays cette saison. Ses 19 circuits doublent pratiquement le total de son plus proche poursuivant, tandis que ses 53 points produits éclipsent largement le reste de l’équipe. Peu importe la direction que prendra l’organisation, il ne quittera pas Toronto.
Au champ extérieur, le portrait est bien différent.
George Springer dispute la dernière année de son contrat. À bientôt 37 ans, il pourrait encore représenter un ajout intéressant pour une équipe aspirant aux grands honneurs grâce à son expérience et à son leadership.
Daulton Varsho deviendra joueur autonome après la saison. Les blessures l’ont empêché de démontrer sa pleine valeur. Les prochaines semaines seront déterminantes.
Pour ce qui est de Nathan Lukes, Myles Straw, Jesús Sánchez, Addison Barger et Yohendrick Piñango, les attentes varient. Blessé plus souvent qu’à son tour, Barger n’a jamais eu l’impact espéré. Quant aux autres, une solide deuxième moitié de saison permettrait au moins de clarifier leur avenir.
Sean Keys n’a que 23 ans et a beaucoup de puissance. Il sera intéressant du suivre sa progression.
La rotation et l’enclos de relève
Kevin Gausman a rendu d’immenses services à cette organisation. Après quatre bonnes saisons, il deviendra joueur autonome. Si Toronto choisit de vendre, il sera certainement l’un des noms les plus intéressants sur le marché.
Dylan Cease, lui, fait partie du présent et de l’avenir. Son contrat court jusqu’en 2032.
Trey Yesavage n’en est qu’à sa saison recrue. Avec Cease, il représente une pièce importante autour de laquelle bâtir.
Shane Bieber deviendra également joueur autonome après la saison. Aura-t-il suffisamment de valeur à la date limite? Ses prochains départs répondront à cette question.
Pour moi, l’expérience Max Scherzer est terminée. Est-ce simplement l’année de trop pour un futur membre du Temple de la renommée?
Cody Ponce sera de retour l’an prochain, tandis que Patrick Corbin possède très peu de valeur sur le marché.
Dans l’enclos, Louis Varland s’est installé comme releveur de fin de match et l’organisation conservera son contrôle pendant encore trois saisons.
Il reste une année au contrat de Jeff Hoffman. Malgré une saison difficile, je demeure convaincu que certaines équipes pourraient être intéressées par ses services.
Tyler Rogers a signé une entente de trois ans avant le début de la saison.
Enfin, Mason Fluharty représente une option intéressante comme releveur gaucher, Spencer Myles possède le potentiel de devenir partant, tandis que Braydon Fisher et Adam Macko, tous deux âgés de seulement 25 ans, demeurent des projets prometteurs. Tommy Nance, lui, apporte davantage d’expérience à 35 ans.
Les Blue Jays présentent actuellement une fiche de 41-46 et accusent un retard de seulement 3,5 matchs sur une place en séries. En revanche, ils devront dépasser plusieurs équipes pour s’y rendre.
L’écart de onze matchs avec les Rays de Tampa Bay au sommet de la division Est me semble beaucoup plus difficile à combler.
Il faut également tenir compte de la réalité du marché torontois. Les Blue Jays attirent les foules et les partisans accepteraient difficilement une espèce de reconstruction.
Pourtant, plusieurs éléments expliquent pourquoi cette équipe se retrouve aujourd’hui dans cette position.
Vladimir Guerrero Jr. ne produit tout simplement pas à la hauteur des attentes.
Anthony Santander et Addison Barger, qui devaient fournir une bonne partie de la puissance offensive, ont été absents presque toute la saison.
George Springer montre les signes du temps qui passe et Daulton Varsho n’a jamais vraiment pu retrouver son rythme. Résultat : la production des voltigeurs est nettement inférieure aux prévisions.
La rotation manque toujours un véritable cinquième partant et Shane Bieber demeure une option fragile.
Enfin, la surutilisation de l’enclos de relève finit par coûter cher.
Voyons maintenant ce que les Jays pourront accomplir au cours de ces fameuses trois prochaines semaines. Et il se pourrait bien que leur sort soit réglé avant même la pause du match des étoiles.
Le défi est immense. Les Jays s’apprêtent à visiter Seattle, San Francisco et San Diego pour une séquence de dix matchs sur la route. Avec une fiche de seulement 17-21 à l’étranger jusqu’ici, difficile d’imaginer qu’ils pourront se permettre une autre performance ordinaire. Pour revenir dans la course avec une réelle crédibilité, une fiche d’au moins 6-4 apparaît presque obligatoire.
Au retour de la pause, ce seront ensuite les White Sox et les Rays qui seront au menu. Les décisions des dirigeants pourraient donc être prises bien avant le 3 août. Dans le baseball moderne, les organisations n’attendent plus la dernière minute. Les téléphones commencent déjà à sonner, les dépisteurs sillonnent les stades et les discussions qui façonneront les prochains mois sont probablement déjà amorcées.
Et c’est peut-être là que se trouve tout le paradoxe des Blue Jays.
Sur papier, cette équipe n’est pas très loin d’une place en séries. Trois ou quatre bonnes semaines pourraient complètement changer le portrait. Mais sur le terrain, on a surtout vu une équipe incapable de jouer à la hauteur de son talent pendant plus de quelques jours consécutifs.
Le potentiel est là. La constance, elle, ne s’est jamais présentée.
C’est aussi ce qui rend la décision si difficile.
Les Jays possèdent un noyau intéressant. Kirk, Guerrero, Okamoto, Cease, Yesavage et Varland représentent des bases solides. Il ne s’agit pas d’une organisation qui doit tout raser pour repartir de zéro. Avec la quatrième masse salariale du baseball majeur, un propriétaire prêt à investir et un Stade qui continue de faire le plein, Toronto n’a pas le profil d’une équipe qui entreprendra quelque forme de reconstruction qui soit.
En revanche, cela ne signifie pas qu’il faut s’entêter.
Si les résultats ne suivent toujours pas au cours des prochaines semaines, il faudra accepter une réalité parfois difficile à entendre : être vendeur ne signifie pas abandonner. Cela peut simplement vouloir dire reculer d’un pas pour mieux avancer ensuite. Échanger quelques vétérans en fin de contrat, alléger certaines obligations salariales et récupérer de jeunes joueurs prêts à contribuer rapidement n’empêcherait nullement cette équipe de viser les séries dès l’an prochain.
Parce qu’au bout du compte, la date limite des transactions n’a jamais servi à sauver une saison.
Elle sert surtout à définir les suivantes.
Une saison se joue sur 162 matchs.
Mais parfois, l’avenir d’une organisation se décide en seulement trois semaines.





