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Au Pakistan, les boxeuses luttent pour pouvoir se battre

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La boxeuse professionnelle Aliya Soomro (ASIF HASSAN/AFP via Getty Images)

En perfectionnant ses coups de poing dans un quartier de Karachi, Hoorain Zahra, 13 ans, veut suivre l’exemple de la boxeuse Aliya Soomro, son idole.

Aliya Soomro, 21 ans, a fait les gros titres au Pakistan après avoir remporté un combat international l’an dernier. Un rare exploit dans le pays, où les filles sont poussées par des normes patriarcales et culturelles à rester à la maison plutôt qu’à fréquenter les salles de sport.

En juillet, les sportives ont à nouveau fait parler d’elles avec Fatima Zahra, 22 ans, devenue la première boxeuse pakistanaise à remporter une médaille dans les Jeux du Commonwealth, avec le bronze à Glasgow.

La société “pense que (la boxe) ce n’est pas pour les filles. Elle pense aussi que les filles ne devraient même pas pouvoir sortir, parce qu’elles ne sont pas en sécurité dehors”, raconte à l’AFP Hoorain Zahra avant son cours de boxe à Karachi.

« Mais ce n’est pas possible de vivre sans aller dehors; on doit sortir », martèle la jeune fille en ajustant son hijab noir.

Comme son modèle Aliya Soomro, elle vient de Lyari, un quartier populaire où brûle aujourd’hui la passion du sport.

Autour d’elle, d’autres filles se préparent pour le cours, dans une pièce d’un immeuble délabré. De bruyants ventilateurs atténuent la chaleur estivale lorsque l’électricité revient, en fin d’après-midi.

Le coach, Ustad Younis Qambrani, a entraîné des dizaines de boxeuses depuis l’ouverture de sa salle aux filles, il y a plus de dix ans.

« J’étais convaincu que la boxe était très importante pour les filles », explique l’homme de 56 ans à l’AFP.

« Mes deux filles ont été les premières à faire de la boxe féminine (...) Les filles qui s’entraînent avec nous sortent dehors avec beaucoup de confiance. Elles font preuve d’un grand courage et elles n’ont peur de rien. »

Affronter l’extérieur

Avant de se battre sur un ring, les filles doivent d’abord lutter pour sortir de leurs maisons et trouver des espaces sûrs pour faire du sport.

Lyari était autrefois considéré comme le quartier le plus dangereux du Pakistan. Au cours du djihad afghan contre l’URSS, Karachi était une plaque tournante des armes et de la drogue.

En 2013, les forces paramilitaires ont lancé une opération contre les gangs, laissant un vide que les partis religieux se sont empressés de remplir jusqu’à remporter les élections en 2018.

Les activités autorisées aux filles ont alors été davantage restreintes. Dans certaines zones, elles ne peuvent même plus faire du vélo.

Mais au sein de cette communauté profondément conservatrice, le sport a continué à croître. Lyari est réputé pour former des athlètes, dont des boxeuses aux poings d’acier.

Certains parents, comme ceux d’Hoorain Zahra et d’Aliya Soomro, soutiennent fermement leurs enfants.

« Les gens pensent que les filles sont faibles et ne peuvent rien faire », dénonce Aliya Soomro auprès de l’AFP, déterminée à poursuivre sur sa lancée.

« Mais je crois que les filles peuvent tout faire, parfois encore plus que les hommes », affirme-t-elle dans une salle de boxe mixte.