La poussière a eu un tout petit peut le temps de retomber, et pourtant, Christian Mbilli a de la difficulté à cerner les sentiments qui l’animent depuis qu’il a dû se « contenter » d’un verdict nul majoritaire des juges contre Léster Martínez, samedi soir dernier, à Las Vegas.
D’un côté, le Français d’origine camerounaise est toujours champion intérimaire des poids super-moyens du WBC et a été impliqué dans ce qui est aujourd’hui considéré comme le combat de l’année, et de l’autre, le boxeur d’Eye of the Tiger est triste de ne pas avoir gagné.
« J’en fais une analyse assez complexe. C’est sûr qu’au début, j’étais assez déçu, a avoué Mbilli en entrevue avec RDS.ca mercredi après-midi. Mais après avoir visionné le combat, je suis quand même assez content, satisfait de mon spectacle. La ceinture reste quand même à la maison, je suis très satisfait. Nous avons fait un très bon combat, qui a été élu meilleur combat de la soirée par son excellence d’Arabie saoudite Turki [Al-Sheikh].
« Après, c’est sûr qu’il reste un arrière-goût amer. Je voulais cette victoire. Je suis quelqu’un de compétitif. Je suis quelqu’un qui aime la victoire, qui entre sur le ring pour gagner. Mais parfois, il faut se contenter de ce genre de match pour pouvoir revenir plus fort.
« Mais c’est quand même une grosse victoire d’avoir eu le combat de l’année pour le moment… c’est ce qui se dit un peu partout. Devant un tel public et tellement de spectateurs dans le monde entier, j’en suis très fier. J’ai encore des retours par téléphone, par des [courriels]. Des milliers de fans du monde entier qui me remercient. »
Dans un affrontement aussi serré – les trois juges ont présenté des cartes de 95-95, 93-97 et 96-94 –, la tentation est forte de ressasser certains moments clés et de se demander ce qui serait survenu si certaines erreurs – largement évitables – n’avaient pas été commises.
Mbilli a notamment évoqué la fin du combat, au neuvième round, où il aurait eu tout intérêt à resserrer sa défense. Deux coups au corps envoyés par Martínez l’ont clairement ralenti.
« Comme me l’a fait remarquer mon coach [Marc Ramsay] il y a beaucoup de fois où c’est mon ego qui a répondu et non la stratégie, a expliqué le pugiliste âgé de 30 ans. Parfois, je prenais des coups au corps au lieu de monter la garde et changer un petit peu de stratégie.
« C’était plus mon ego qui revenait en mode : “non, tu ne me feras pas mal. C’est moi qui vais te faire mal, c’est moi qui vais te faire reculer.” C’est sûr qu’il y a eu des hauts et des bas comme dans plusieurs combats qui sont très serrés. Il y a beaucoup de coups échangés! »
Malgré tout, Mbilli essaie de ne pas trop s’autoflageller, d’autant plus qu’il s’agissait pour lui d’une première expérience dans un gala d’une telle envergure. En plus des 70 482 amateurs qui se sont déplacés à l’Allegiant Stadium, plus de 41 millions de partisans ont suivi le gala sur Netflix, sans compter tous ceux et celles branchés sur leur plateforme illégale préférée.
« Je ne sais pas si monsieur, madame Tout-le-Monde se rend compte de ce genre d’événement dans un stade de football américain devant plus de 70 000 personnes, a-t-il demandé. Pour un sportif, c’est déjà un bon emmagasinage d’expérience pour ma carrière.
« Je pense qu’après ce genre d’événement, plus rien ne me fera peur comme événement. Je pense que faire plus gros que ça, ça va être compliqué. Et je n’ai pas encore eu le temps de m’asseoir avec mon équipe pour parler un peu de stratégie, de comment a été le combat. »
Cette discussion devra avoir plus tôt que tard, puisque le WBC a annoncé tard mercredi soir qu’il ordonnait une revanche entre Mbilli et Martínez, après que le camp du Guatémaltèque l’eut demandé. Un mal pour un bien, étant donné que le Français était résolument plongé dans l’incertitude à la suite de la victoire de Terence Crawford sur Saúl « Canelo » Álvarez.
Plusieurs s’attendent en effet à ce que Crawford abandonne les quatre ceintures des super-moyens qu’il a remportées samedi, alors qu’Álvarez a déclaré en conférence de presse à la suite de sa défaite que son « corps ne suivait plus », générant plusieurs rumeurs de retraite.
« Si la ceinture du WBC tombe, le champion intérimaire devient champion “régulier”, a rappelé Mbilli, qui a assuré qu’il ne remontera pas dans le ring d’ici la fin de l’année. C’est un des objectifs que je m’étais fixés dans ma carrière : être champion du monde “régulier”.
« Après, j’espère pouvoir obtenir de gros combats, marquer l’histoire de la boxe, mettre ma French touch dans ce sport, donner le maximum de spectacle au public du monde entier. »
D’ici à ce que Mbilli connaisse la date de son prochain combat, il aura peut-être le temps de poser un regard différent sur celui qu’il vient de disputer. Mais pour le moment, son corps a besoin de repos. « Comme je l’ai dit, ça y est, l’esclavage est aboli », a-t-il conclu.





