QUÉBEC — Wilkens Mathieu a une fois de plus prouvé qu’il appartenait à l’élite mondiale de la boxe en passant le K.-O. au Brésilien Esquiva Falcao, jeudi.
Mathieu (16-0, 11 K.-O.) a stoppé pour la première fois de sa carrière le médaillé olympique Falcao (32-3, 21 K.-O.), le forçant à mettre un genou au sol après l’avoir bombardé de coups au huitième round, défendant ainsi avec succès son titre de la North American Boxing Federation (NABF) des super-moyens.
Toujours très sûr de ses qualités athlétiques, Mathieu — classé 10e au World Boxing Council, 14e à la World Boxing Association (WBA) et 15e à la World Boxing Organization (WBO) avant le combat — ne se satisfait déjà plus de ce titre mineur.
« Le prochain combat, je suis prêt [pour un championnat du monde] », a-t-il lancé aux nombreux journalistes sur place au Théâtre du Capitole. [...] Je ne pense pas [que les offres vont venir]. De façon réaliste, il va falloir trois autres combats contre des [gros] noms, afin que je sois connu internationalement et d’avoir une opportunité.
« J’aimerais bien faire partie de la sous-carte du combat Christian Mbilli-Canelo Alvarez à Riyad (en septembre), mais je ne sais pas si ce sera possible. »
Il peut probablement compter le combat contre Falcao comme l’un de ses trois duels auxquels il fait référence. S’il était moins connu au Québec, Falcao, médaillé d’argent des 75 kg aux Jeux olympiques de Londres, en 2012, était perçu comme une vedette en devenir quand il est passé chez les professionnels. Il a rapidement signé un contrat avec le promoteur américain Top Rank et même s’il n’a pas répondu à toutes les attentes, il demeure une figure phare de la division.
En lui passant le K.-O. comme il l’a fait jeudi, Mathieu a laissé sa carte de visite.
« C’est un vol »
Le combat nul entre le Suisse Yoann Kongolo (18-3-2, 7 K.-O.) et Mehmet Unal (15-0-1, 13 K.-O.), qui a permis à ce dernier de conserver ses ceintures Continentale de la WBA et Continentale des Amériques du WBC des mi-lourds, a fait vibrer le Capitole, mais pas dans le sens désiré par Eye of the Tiger Management.
Il s’agit de l’une des plus mauvaises décisions des dernières années dans la boxe. Les spectateurs sur place, comme les journalistes et les équipes de télédiffusion, ont été extrêmement surpris de ne pas voir l’Helvète repartir avec les titres du Québécois d’origine turque.
« C’est un vol. J’ai gagné au moins huit rounds », a calmement déclaré Kongolo après le combat, avant que deux officiels de la Régie des alcools, des courses et des jeux ne s’empressent de l’éloigner de la table des journalistes, prétextant le protocole médical d’après-combat. Ces officiels ne semblent pourtant pas pressés d’amener les boxeurs locaux victorieux interviewés dans le ring voir le médecin quand il n’y a pas de controverse...
Marc Ramsay, l’entraîneur d’Unal, est venu rencontrer les médias après ce combat. Il a tenté de calmer le jeu.
« Tout le monde crie au vol quand il ne gagne pas. C’est vrai pour nous aussi », a-t-il noté. Fin renard, il savait qu’il ne pouvait pas dire ouvertement que son poulain venait de vivre un énorme coup de chance.
« On savait que c’était un combat serré. De notre côté, on savait que Mehmet ne travaillait pas assez, ne donnait pas suffisamment de volume de coups. Il ne travaillait qu’en puissance, a-t-il ajouté. On a tenté de le motiver comme on a pu dans le coin. Je dirais qu’à partir du cinquième ou du sixième round, le côté tactique du combat a pris le bord et on était au niveau émotif, ce n’est pas idéal comme performance. »
L’entraîneur a toutefois vu du positif dans ce verdict.
« Depuis le début de sa carrière qu’il passe le K.-O. à tout le monde, c’est difficile de lui vendre ça autrement. C’est le genre de combat qui va lui faire comprendre qu’il y a des gars qui sont capables de prendre ses coups de poing et qu’il va falloir qu’il boxe à un moment donné. Ce sont des situations que j’ai vécues avec David Lemieux et Artur Beterbiev. C’est typique des gros cogneurs.
« Ça va me permettre d’asseoir mon gars dans le gym. Ce qu’on essaie de lui montrer depuis quelques mois, il en a les conséquences maintenant. Ça prend des tactiques. Tu ne gagnes pas des combats de boxe seul, ou uniquement avec ta puissance. »
Ce dernier passage en dit long sur l’attitude d’Unal pendant ce camp d’entraînement. Voyons voir s’il comprendra maintenant le message de son entraîneur, qui n’a pas l’habitude de traîner avec des athlètes qui ne se dédient pas à 100 %.




