MONTRÉAL – « Dans le temps de Christy Martin et Laila Ali, la boxe féminine était simplement une attraction spéciale au même titre que Butterbean. Ces filles étaient très bonnes, mais elles n’avaient pas d’adversaires. Il n’y avait pas assez de profondeur, pas assez de pays impliqués... »

Yvon Michel était loin de se douter que la boxe féminine deviendrait populaire de la sorte il n’y a pas si longtemps encore, mais en observant l’ascension qu’elle a connue au cours de la dernière décennie, le promoteur est persuadé qu’elle a sa place aux côtés des autres sports majeurs.

« La boxe féminine va devenir comme le tennis féminin, comme le golf féminin, a prédit Michel, mercredi avant-midi, en marge de la dernière conférence de presse faisant la promotion du gala mettant en vedette Kim Clavel qu’il présentera vendredi soir au Cabaret du Casino de Montréal.

« Ç’a pris du temps à la boxe féminine avant de s’installer, mais ç’a changé à partir du moment où le Comité international olympique a obligé les sports à avoir la parité, sans quoi ils allaient disparaître. À partir de ce moment-là, tous les pays se sont mis à investir des sommes colossales.

« Ces investissements ont éventuellement permis de découvrir des vedettes. Katie Taylor et Amanda Serrano ont rempli le Madison Square Garden de New York en avril dernier. Claressa Shields en Savannah Marshall vont remplir l’O2 Arena de Londres en septembre. Nous ne sommes vraiment pas loin du jour où une fille va remplir un amphithéâtre majeur au Québec. »

Le promoteur a observé qu’une nouvelle génération d’amateurs a commencé à s’intéresser au sport en raison de la présence accrue des femmes, un peu à l’image de ce qui s’était déroulé pendant le parcours d’Éric Lucas vers le titre des poids super-moyens du WBC en juillet 2001.

« Il y a des gens qui ont des craintes par rapport à la boxe, parce qu’ils la connaissent moins, qui vont apprendre à la connaître et l’apprécier davantage grâce aux filles, explique Michel. Il n’y a pas encore de parité au chapitre des bourses, mais les filles gagnent néanmoins bien leur vie.

« C’est qu’elles reçoivent beaucoup plus d’argent en commandites que les gars. Les filles ont des institutions financières comme partenaire, ce que nous n’avions jamais vraiment vu chez les gars. Les filles vont s’incruster et s’installer dans le sport, elles vont devenir très populaires. »

Évidemment, Lucas n’a pas gagné en notoriété uniquement parce que les gens s’identifiaient à lui ou à Marie-Ève Dicaire parce qu’il manie le verbe avec brio. Les athlètes doivent livrer la marchandise et prouver que leur succès n’est pas dû à un banal concours de circonstances.

« Je me souviens de la première fille que nous avions mise sous contrat, Chrystelle Samson, elle était championne du monde [amateur], mais sans rien lui enlever, il n’y avait pas beaucoup de compétition, rappelle Michel. Nous l’avions embauché pour rendre service [au vice-président opérations et recrutement de Groupe Yvon Michel (GYM)] Bernard Barré, qui était proche d’elle.

« Les filles [qui sont à l’affiche du gala de vendredi] ne sont pas là pour faire les belles. Elles ont beaucoup de talent et nous avons beaucoup d’espoir en elles. Nous allons en voir de plus en plus. »

En plus de Clavel et Dicaire, qui est championne des poids super-mi-moyens de l’IBF, GYM compte en ses rangs Marie-Pier Houle et la nouvelle venue Caroline Veyre. Celle qui a participé aux derniers Jeux olympiques de Tokyo effectuera ses débuts chez les professionnelles vendredi.

« Ce gala-là est super important : les femmes prennent enfin leur place, mentionne Houle, qui disputera son huitième combat chez les pros contre Timea Belik vendredi. Le combat de championnat de Kim attirera beaucoup et c’est juste excellent pour l’image de la boxe féminine.

« Il y a beaucoup de gens qui m’en parlent et qui m’amènent leurs enfants [pour en discuter] et c’est quelque chose que j’adore. Nous serons confrontés à plusieurs choses dans nos vies et plus nous sommes forts mentalement, plus nous pourrons les affronter et ne jamais abandonner. »

« Je trouve ça formidable cette évolution en boxe féminine et je voulais faire partie de ce mouvement », continue Veyre, qui s’est classée 5e du tournoi des moins de 57 kilos à Tokyo.

Mine de rien, si Clavel l’emporte contre la championne des mi-mouches du WBC Yesenia Gomez vendredi, la boxe québécoise compterait alors autant de champions chez les hommes que chez les femmes. Un énième signe qui démontre que nous n’avons pas fini d’en entendre parler.

Gomez en confiance, même à l'extérieur du Mexique
Cette fois, c’est la bonne pour Clavel