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RÉSULTATS

Le passage incognito de Fury et Usyk chez nous

Tyson Fury et Oleksandr Usyk Tyson Fury et Oleksandr Usyk - Getty
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COLLABORATION SPÉCIALE

On se souvient toujours des combats principaux d'un gala de boxe, mais très rarement des autres batailles qui meublent le programme. Pourtant on y a souvent l'occasion de voir évoluer de futures grandes vedettes et le meilleur exemple est Tyson Fury.

La première fois j'ai vu Tyson Fury sur le ring c'était au Nottingham Arena en Angleterre alors qu'il effectuait ses débuts professionnels le 6 décembre 2008. Je m'en souviens parce que j'étais là pour le premier combat de championnat du monde de Jean Pascal. C'était contre Carl Froch pour le titre WBC vacant des super-moyens que le boxeur local a remporté par décision.

La deuxième fois, le « Gypsy King » était en vacances à Toronto et Montréal au début décembre 2010. Son promoteur Mick Hennessy, avec qui nous avions tissé de bons liens à la suite de l'affrontement Froch c. Pascal nous dit que pendant ses vacances Fury voulait combattre. Nous avions justement un gala au Colisée de Québec le 18 décembre, Jean Pascal défendait son titre WBC des mi-lourds pour la première fois, contre Bernard Hopkins. 

Fury avait alors une fiche de 12-0, 9 K.-O. On s'est rapidement entendu et il a affronté l'Américain Zack Page (21-33-2, 7 K.-O.). Le combat s'est rendu à la limite des 8 rounds prévus. 

Lors de cet événement, le légendaire Emanuel Steward était sur place et Fury lui a demandé de travailler dans son coin. Ce fut la seule fois que ces deux-là travaillèrent ensemble, le célèbre entraineur étant emporté par le cancer moins de deux ans plus tard. Cependant, je me souviens de ce qu'Emanuel m'a dit après le combat : « Yvon, le grand Fury c'est ton boxeur? Si ce n'est pas le cas, signe-le tout de suite. Il va devenir un grand champion du monde. » 

Malheureusement non, il n'était pas notre boxeur!

Aujourd'hui, c'est le filleul du grand Emanuel, l'excellent Sugar Hill Steward, qui dirige le champion à l'entraînement et lors des combats. C'est la connexion du géant avec le fameux Kronk GYM et il en est très fier.

Si Tyson Fury ne peut passer inaperçu peu importe où il passe, tant par sa taille que par son attitude enjouée et tapageuse, l'Ukrainien Oleksandr Usyk, pourtant médaillé d'or olympique à Londres en 2012, champion du monde unifié des lourds légers et champion de trois des quatre ceintures des lourds, passe inaperçu dans un bain de foule.

Quand on le rencontre, on a de la difficulté à s'imaginer qu'il est un grand champion; taille moyenne, pas particulièrement musclé et surtout très effacé ou plutôt désintéressé par le « star system ». 

Le champion gaucher, en compagnie de son ami Vasyl Lomachenko, sont venus passer une semaine à Québec alors que leur compatriote Oleksandr Gvozdyk affrontait le champion WBC des mi-lourds Adonis Stevenson le 1er décembre 2018 au Centre Videotron de Québec.

Usyk était alors le champion WBC, WBA, IBF et WBO des lourds légers, alors que « Loma » était champion WBA des légers. Ce dernier avait un combat de prévu la semaine suivante, le 8 décembre, pour unifier les titres WBA et WBO des légers contre Jose Pedraza au Madison Square Garden de New York.

On avait aménagé un gymnase dans l'hôtel Bonne Entente de Sainte-Foy et ils s'y sont entrainés toute la semaine. Ils étaient extrêmement courtois, polis et agréables à côtoyer. Ils ont accompagné Gvozdyk partout, aux conférences de presse, aux entrainements publics, à la pesée officielle et jusqu'au ring lors du combat.  

On se souvient du résultat, ce fut le dernier combat de la carrière de notre « Superman », qui a subi un K.-O. au 11e round avant de sombrer dans le coma pour quelques semaines.

Pourtant, ni Lomachenko ni Usyk n'ont été sollicités pour des entrevues, pour des photos ou pour des autographes. Ils ont passé la semaine tout à fait incognito, même après avoir été présentés aux médias par leur gérant Egis Klimas lors de son allocution durant la conférence de presse.  

Qui va l'emporter?

Le gala « Ring of Fire » de samedi est composé de 10 combats dont quatre d'entre eux sont extrêmement relevés. Or, c'est évidemment le combat d'unification des lourds, une première depuis celui de Lennox Lewis contre Evander Holyfield à Las Vegas le 13 novembre 1999, qui retient toute l'attention.
Le gala va commencer à midi, heure d'ici, et huit combats sont à l'horaire de la présentation de la télé à la carte. Fury et Usyk vont monter sur le ring vers 18 h.

Qui va l'emporter? Les pronostics sont très partagés. Selon les preneurs aux livres, on est incapable d'identifier un favori. En fait, il n'y a pas de négligé alors que les cotes sont autour de -110 pour les deux boxeurs. Moi, je n'ai jamais vu ça!

Ici, Stéphan Larouche dit que Usyk va se jouer de Fury avec ses grandes habiletés. Moe Latif, contrairement à son grand ami Russ Anber qui est le « cutman » de l'Ukrainien, pense quant à lui que Fury est trop imprévisible et trop lourd pour Usyk.

Les deux sont invaincus chez les professionnels Fury (34-0-1, 24 K.-O.) et Usyk (21-0, 14 K.-O.). La dernière défaite à vie du gaucher Usyk remonte à 2009 à Milan en demi-finale des championnats amateurs contre l'éventuel médaillé d'or, le Russe Egor Mekhontsev chez les moins de 91 kg. 

La dernière défaite de Fury remonte quant à elle au 14 juillet 2007, en finale des championnats d'Europe juniors contre Maxim Babanin de Russie.

Le moins qu'on puisse dire, c'est que ni l'un ni l'autre ne sait comment perdre et les deux, malgré toute l'adversité qu'ils ont connue, ont toujours trouvé le moyen de l'emporter. 

Le style des deux boxeurs a plusieurs qualités communes; une intelligence du ring hors norme qui se compare aux meilleurs de l'histoire, de solides fondamentaux, une grande fluidité de mouvements et un jeu de pieds efficace. Ils ont aussi en commun ce courage indomptable, ce cœur au ventre, cette rage de gagner et la faculté de rallier toutes leurs forces et énergies requises en conséquence.

La grande différence entre eux est évidemment le physique; 6 pouces et 40 livres de plus pour l'Anglais et l'utilisation tactique pour maximiser leurs atouts. Usyk est plus stable mentalement et d'une fidélité exemplaire à l'entrainement. Fury est plus excessif dans tout ce qu'il entreprend et pour lui l'entrainement n'est pas une doctrine, mais un mal nécessaire.

Durant un combat, Usyk est toujours motivé et parfaitement préparé peu importe l'adversaire. C'est un pur boxeur d'une technique parfaite qui analyse rapidement ses adversaires pour comprendre l'opposition et adapter les stratégies requises.

Fury a besoin de motivation pour allumer sa passion et ses préparations sont pondérées en fonction de l'adversité. C'est un boxeur imprévisible plutôt instinctif qui est compliqué à décoder et qui sait imposer son rythme.

Ses plus grandes victoires en carrière, l'Ukrainien les a obtenues contre un autre grand champion, Anthony Joshua, à qui il concédait 3 pouces et 20 livres. Deux victoires par décision serrées dans des matchs d'échecs entre deux boxeurs habiles. Joshua, malgré son formidable physique, était champion parce qu'il avait toujours été plus habile et brillant que ses adversaires. De ce côté, Usyk était encore plus habile et Joshua n'a pas été capable de hausser son jeu. 

De son côté, ce qui définit Fury ce sont ses deux victoires contre Deonty Wilder, l'un sinon le plus dur cogneur de l'histoire de la division. Fury a dû surmonter des chutes au plancher à trois reprises dans ses deux victoires, mais il a bousculé l'Américain à sa guise, imposant sa volonté à tous les instants du combat tout en exposant ses failles techniques.

Demain vers 18h, on aura le combat le plus intrigant et le plus difficile à prédire depuis très longtemps. Toutes les analyses savantes n'ont pas plus de chances de prédire le résultat exact que de tirer un trente sous à pile ou face.

À mon avis, pour qu'Usyk l'emporte, il devra faire un combat parfait, discipliné et apporter les solutions rapidement aux actions de son opposant. Mais tous les boxeurs techniques vont vous dire que ce qu'ils détestent le plus, c'est un boxeur tout croche qui boxe par instinct et qui est imprévisible. C'est exactement Fury.

Si Usyk s'est préparé avec professionnalisme, comme c'est son habitude, les circonstances ont fait que Fury a connu sa meilleure préparation en carrière. Il a connu sa pire performance à vie dans sa victoire par décision partagée contre Francis Ngannou et son égo en a pris un coup.

Le report du combat à cause de sa coupure va aussi lui servir. On me dit que le camp menant au combat de demain lui a permis de se détacher totalement du négatif qui entourait son premier camp et que ses dispositions et performances à l'entrainement ont été meilleures.

À mon avis, Fury devrait l'emporter par décision très serrée et les deux vont se retrouver sur la même scène en octobre prochain pour sceller cette saga.

Finalement, c'est toute l'industrie de la boxe qui va être la grande gagnante de cette aventure. Tous les participants vont obtenir leurs meilleures bourses en carrière, les promoteurs vont aussi encaisser et vont avoir encore plus de ressources pour investir dans leur relève. Tous les distributeurs télé et numériques vont également faire des profits puisqu'aucune garantie n'a été requise.

En tout « Ring of Fire » va coûter entre 150 et 200 millions $ dont 100 millions $ remis aux deux finalistes. Les revenus aux guichets et à la télé à la carte ne seront pas suffisants pour payer une seule des deux bourses des finalistes, mais personne ne s'inquiète. La rentabilité de cet événement n'a jamais été une préoccupation. General Entertainment Authority, dirigé par son excellence Turki Alalshikh, va subventionner ce qui va manquer.

Vasyl Lomachenko le virtuose du ring

Vasyl Lomachenko

C'est le meilleur qualificatif qui nous vient à l'esprit, un virtuose sur le ring, en observant au démantèlement total, round par round, de l'ancien champion du monde IBF, WBA et WBO des légers George Kambosos Jr (21-3, 10 K.-O.) par l'incomparable Vasyl Lomachenko (18-3, 12 K.-O.). « Loma » est redevenu samedi dernier champion des légers pour la deuxième fois en accrochant la ceinture IBF à son palmarès déjà bien garni.

Comme à ses meilleurs jours alors qu'il évoluait chez les super-plumes et qu'il a poussé à l'abandon quatre adversaires consécutifs, il a brisé le physique et la volonté de l'Australien jusqu'à le décourager totalement au 11e round, alors qu'il a mis le genou au tapis deux fois à la suite de charges au corps pour voir son père et entraineur lancer la serviette à 11 secondes de la fin du round.

C'est grâce à son intelligence du ring supérieure, un jeu de pieds sans faille, une attaque déroutante et une défense étanche qu'il a dominé celui qui est le seul à avoir vaincu l'actuel champion WBO des super-légers Teofimo Lopez (20-1, 13 K.-O.) et qui concédé deux défaites tout de même compétitives face à Devin Haney (31-1, 15 K.-O.)

Contre Kambosos Jr., « Loma » était juste dans une autre classe. Le double médaillé d'or olympique a encore une fois démontré des qualités techniques et tactiques uniques qui font de lui le meilleur en son genre dans l'histoire de la boxe.

Les options sont nombreuses pour le champion. Le président de Top Rank, Todd DuBoef, a dit que Lomachenko a mérité le privilège de dicter la suite pour son prochain combat. Les choix pourraient être entre le champion WBA Gervonta Davis (29-0, 27 K.-O.), celui de la WBC Shakur Stevenson (21-0, 10 K.-O.), ou encore Emanuel Navarrete (38-1-1, 31 K.-O.) s'il remporte le titre WBO samedi contre Denys Berinchyk (18-0, 9 K.-O.)

Ce sont tous d'excellents choix, mais personnellement ma préférence serait contre le champion unifié des super-coqs Naoya Inoue (27-0, 24 K.-O.). L'affrontement pourrait se tenir quelque part entre les plumes et les super-plumes, un poids qui convient beaucoup mieux à Lomachenko que celui des légers. Ce combat serait épique!

Haney demande une disqualification de Garcia

Ryan Garcia, à gauche, et Devin Haney

Devin Haney a retenu les services de l'excellent avocat spécialisé en affaires de boxe Pat English pour le représenter dans sa demande auprès de la commission athlétique de New York de modifier sa défaite contre Ryan Garcia en victoire par disqualification. 

Je connais bien English pour avoir été opposé à lui quand Kathy Duva a intenté une poursuite contre GYM, PBC, Al Haymon et Adonis Stevenson pour tenter d'imposer Sergey Kovalev comme adversaire en 2014. Cette action a été abandonnée quelques mois plus tard.  Il était également l'avocat d'Arturo Gatti. 

On se souvient que Ryan Garcia (25-1, 20 K.-O.) a testé positif à un produit dopant interdit deux fois, l'Ostarine, la veille et le jour de son combat contre Haney. 

Haney demande que la défaite par décision majoritaire qu'il a subie le 20 avril dernier au Barclays Center de Brooklyn soit changée par une victoire par disqualification. Habituellement, dans ces situations, la décision est changée par un « no contest ». 

Dans la demande, on indique que de surcroit Garcia n'a pas fait le poids, volontairement, et que ses actions en général ont nui à la réputation globale de la boxe et que seule une disqualification pourrait compenser pour les torts causés au champion WBC.

On invoque un précédent, Lucian Bute contre Badou jack en avril 2016 à Washington, alors que Bute a finalement été disqualifié par la commission athlétique locale à la suite du test positif à l'ostarine. À noter que Bute a prouvé que ce résultat provenait de suppléments contaminés. 

Je suis d'accord avec la demande de Haney qui ne mérite pas cette tache à sa fiche.