Boxe

Marie-Pier Houle n’en a pas fini avec la boxe

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C’est un coup de poing – un direct de la gauche qui lui a instantanément fait plier les genoux – qui a fait dérailler le duel de championnat du monde intérimaire des mi-moyennes de la WBA que Marie-Pier Houle a livré face à Stephanie Piñeiro Aquino vendredi soir à Porto Rico.

Un coup dont la Québécoise ne s’est jamais remise et qui a mené à sa défaite par arrêt de l’arbitre quarante secondes après le début du deuxième round. Un dénouement que n’aurait jamais pu imaginer la principale intéressée, qui avait le sentiment d’avoir donné tout ce qu’il est humainement possible d’accomplir à l’entraînement les mois précédents.

« Ce qui m’a crevé le plus le cœur, je pense que c’est l’arrêt de l’arbitre. Honnêtement, j’aurais voulu continuer, parce que moi, je ne suis pas capable d’abandonner », a avoué l’athlète âgée de 35 ans à l’auteur de ces lignes pendant une rencontre organisée dans un des établissements d’un de ses commanditaires non loin du Centre Bell mardi avant-midi.

« Je me suis fait pincer par une shot au premier round. J’ai perdu tous mes repères, ça m’a vraiment déstabilisée, a-t-elle continué. Ç’a fait en sorte que peu importe ce que Seb (Sébastien Gauthier, son entraîneur, NDLR) m’a crié dans le coin, peu importe ce qu’il m’a dit de faire entre le premier et le deuxième round, ç’a été bloqué. Je n’ai pas réussi à me remettre de ça. »

« On répète souvent la phrase de Mike Tyson comme quoi tout le monde a un plan de match jusqu’à ce qu’il reçoive un coup de poing et c’est exactement ça. On avait pourtant un bon plan de match... Je n’ai pas revu ce qui s’est passé. Je ne suis pas encore prête à revoir le combat, mais je devrai le faire puisque je ne me rappelle pas vraiment ce qui s’est passé. »

C’est éventuellement une rafale de coups sans réplique qui a convaincu l’arbitre Melva Santos de mettre un terme au combat. Cependant, il ne s’agit pas des derniers coups que Houle a reçus. Et il n’est question de jabs, de crochets ou encore d’uppercuts, mais de commentaires désobligeants qui décrivaient le résultat de hautement prévisible ou bien qui sommaient celle qui a subi son second revers seulement en carrière d’accrocher ses gants.

Un quotidien montréalais a même utilisé le qualificatif « humiliée » dans le titre de l’article relatant sa prestation. Tout cela s’est rendu aux oreilles de l’athlète de Terrebonne, qui n’a pas cherché à cacher que de tels mots l’« atteignent », même si elle les trouve « ridicules ».

« Il y a beaucoup de gérants d’estrade qui s’amusent à aller dire des choses un peu partout sur Internet, a déploré Houle. Que ma préparation n’était sûrement pas bonne, que j’avais trop l’air confiante. Qui s’en va là la queue entre les deux jambes en disant qu’il va perdre, mais qu’il va l’essayer? Jamais je ne vais avoir cette mentalité-là. Si j’arrive à un combat comme ça, mon Dieu, embarquez-moi jamais dans le ring! Je n’ai pas cette mentalité -là. »

« Est-ce que c’est vraiment une humiliation?, a-t-elle demandé. Je ne suis pas fière de ça, mais je suis fière du parcours que j’ai fait pour me rendre jusque-là. Je suis fière de m’être battue en championnat du monde et je suis très fière de la semaine que j’ai connue là-bas.

« Je trouve tout ça gratuit et ça ne sert absolument à rien. Il n’y a pas tellement de monde qui a vécu ça dans la vie. De se permettre de dire que je n’étais pas préparée comme il le faut, que je ne compte pas la bonne équipe ou encore que je n’ai pas telle ou telle affaire...

« Et surtout de me faire dire que je suis bonne pour la retraite, qu’est-ce que tu en sais? T’es qui toi? Si je te dis aujourd’hui que ta job, c’est fini, que tu devrais arrêter de travailler, que t’es pourri... est-ce qu’il y a quelqu’un qui va faire : “Ah ben oui, je suis d’accord, je vais démissionner”. Voyons! Je n’aime pas me faire attaquer sur ça, car je sais ce que je vaux. »

Une réflexion partagée par les membres de sa garde rapprochée. Son gérant Yves Lévesque croit qu’il faut juger sa protégée sur l’ensemble de son œuvre, alors que son promoteur Yvon Michel rappelle que seulement un petit pour cent des boxeurs finit par combattre en championnat du monde et que Houle n’a pas à être gênée d’avoir réalisé ce fait d’armes. »

« Rendu là, est-ce que tu regrettes d’être allée championnat du monde? Jamais! Est-ce que tu veux y retourner un jour? C’est certain, a relativisé Lévesque. Marie-Pier, c’est comme une Formule 1. Ça se peut que tu partes, puis qu’au deuxième virage, tu prennes le champ. Est-ce que ça t’empêchera de gagner le championnat des pilotes à la fin de la campagne? »

« Quand tu as des occasions en championnat du monde, il y a des fenêtres qui s’ouvrent, a renchéri Michel. Quand tu es une boxeuse professionnelle, tu ne peux pas passer à côté. De perdre contre quelqu’un qui a été meilleure que toi ce soir-là, c’est une réalité. L’important, c’est de mettre les choses en perspective. Elle a une belle équipe autour d’elle, il y a du monde qui la supporte et quand elle va avoir le goût de remonter sur le ring, il y aura de la place pour elle. Elle a battu des aspirantes auparavant, elle peut recommencer le chemin. »

Houle est plus convaincue que jamais qu’elle n’en a pas fini avec ce sport et espère même remonter dans l’arène d’ici la fin de l’année. Ce n’est pas demain la veille qu’elle entend se consacrer uniquement à sa carrière de technicienne en réadaptation physique. « MPH » est encore prête à souffrir pendant plusieurs camps d’entraînement pour concrétiser ses rêves.

« J’ai encore le feu en moi, j’ai encore cette passion pour ce sport-là, a conclu Houle. La boxe, c’est la base de toute ma vie. Mes relations amoureuses, mes relations amicales, ma famille... la boxe, c’est ma priorité. Si vous n’êtes pas contents, eh bien tant pis pour vous.

« Je ne veux pas abandonner sur une défaite. Je vais arrêter quand je vais me sentir prête. »