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RÉSULTATS

Les célébrations, en attendant les sanctions?

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L'an dernier, Max Verstappen avait dû attendre jusqu'à la toute fin. Jusqu'au dernier tour du dernier Grand Prix, remportant le titre à la dernière seconde, dans une saga qui n'a toujours pas fini de faire jaser.

Je ne veux pas revenir trop longtemps sur Abou Dhabi 2021. J'ai l'impression que tout, et même plus, a déjà été dit. Mais qu'on soit d'accord ou non avec la façon dont la direction de course a géré la fin de l'épreuve, je crois qu'on peut s'entendre sur une autre chose : Max Verstappen n'y était pour rien.

On lui a offert une opportunité inattendue, et il a fait ce qu'il avait à faire pour aller chercher le premier titre de sa carrière.

Cependant, en 2022, la domination de Verstappen n'a fait aucun doute. Douze victoires en 18 courses jusqu'à présent, 14 podiums, et une avance telle qu'il a pu confirmer son titre avec quatre courses à faire à la saison, un exploit réussi seulement par Michael Schumacher et Sebastian Vettel auparavant.

Verstappen devient sous nos yeux le pilote au grand potentiel qu'on prédisait lors de son arrivée en Formule 1 en 2015, à seulement 17 ans. Les attentes étaient immenses et il aura eu besoin de quelques saisons pour gagner en maturité et polir le diamant brut qu'il était.

Aujourd'hui, il est à la fois rapide, mais aussi constant et mature dans son pilotage. Il comprend bien les situations de courses. Il aura toujours son style agressif, mais on voit qu'il l'utilise de façon plus calculée, quand la situation l'impose. Il en fait rarement trop, comparativement au jeune Verstappen qui lui avait valu le surnom de Mad Max. Il sait reconnaître les moments quand attaquer, mais aussi, ceux où il peut préserver les pneus ou la voiture.

 

Évidemment, une saison aussi dominante ne s'expliquerait pas sans une excellente voiture, et c'est ce que Red Bull lui a offert cette année. Dans une saison de grands changements aérodynamiques, il ne fallait évidemment pas sous-estimer l'apport d'Adrian Newey. Ce n'était peut-être pas un design aussi agressif que Mercedes, par exemple, mais c'était drôlement efficace. Peu affectée par le marsouinage comparativement aux autres, la Red Bull s'est montrée rapide sur tous les types de circuit tout en étant douce sur les pneus, une caractéristique qui a beaucoup aidé l'écurie à prendre l'avantage en course sur Ferrari.

Soulignons aussi le travail d'Hannah Schmitz et du département stratégique de Red Bull qui a fait de l'excellent boulot, bien meilleur que leurs rivaux en rouge. Il y avait plusieurs bons défis stratégiques cette saison, plusieurs courses où la pluie ou des voitures de sécurités se sont invitées, et Red Bull semblait toujours prendre la bonne décision.

La seule erreur qui me revient en tête, c'est le manque d'essence dans la voiture de Verstappen en qualification à Singapour, forçant Max à revenir aux puits alors qu'il allait vraisemblablement chercher la position de tête. Sauf qu'à ce point dans la saison, l'écurie de Christian Horner s'était donnée une telle avance qu'elle pouvait se permettre une erreur du genre sans trop de conséquences.

Finalement, soulignons aussi la capacité à rapidement trouver des solutions aux problèmes de fiabilité qui ont marqué le début de la saison. Après deux abandons lors des trois premières courses, Verstappen a ensuite pu rallier l'arrivée lors de tous les Grands Prix suivants.

Mais à quel prix?

Vous avez là une bonne partie de la recette qui a fait le succès de Red Bull cette saison. Un excellent pilote, une voiture rapide et efficace, une bonne fiabilité une fois les ennuis du début de saison réglés, et de bonnes décisions stratégiques.

Mais en Formule 1, tout ça finit par coûter cher. Trop cher? C'est la question que tout le monde se pose depuis que la FIA a terminé le processus de vérification des dépenses des écuries lors du championnat de 2021.

En résumé, l'écurie Red Bull est la seule à avoir dépassé le plafond l'an dernier. La FIA a également noté une erreur procédurale pour Aston Martin, mais a souligné que l'équipe de Lawrence Stroll n'a pas dépensé davantage que la limite permise.

Alors, quelle est la suite des choses? Disons que la décision de la FIA sur les pénalités que ce dépassement engendrera est très attendue, car honnêtement, à peu près personne ne sait exactement à quoi s'attendre.

On sait que le dépassement de Red Bull est jugé comme étant « mineur » selon la réglementation, ce qui signifie que l'écurie n'a pas dépassé le plafond par plus de cinq pour cent. Cependant, pour l'instant, rien n'a été officialisé sur le montant exact, et Red Bull a même émis un communiqué affirmant que rien dans les documents qu'ils ont remis à la FIA indiquait un dépassement des coûts.

On sait aussi qu'un dépassement de coût mineur peut entraîner des sanctions financières et/ou sportives mineures.

Concrètement, ça veut dire quoi?

C'est ce qu'on verra au cours des prochaines semaines. Chose certaine, c'est un verdict qui risque de faire beaucoup de mécontents et qui, surtout, servira de base pour les décisions futures, puisqu'il s'agissait de la première année où le plafond était effectif.

Bien sûr, le jeu de relations publiques est bien lancé et devrait se poursuivre encore un bon moment. Toto Wolff s'est joint à la partie, affirmant notamment que Mercedes n'allait pas hésiter à dépasser le plafond budgétaire à l'avenir si Red Bull écope seulement d'une amende.

Pensons par exemple au baseball majeur, où les équipes à grand budget n'hésitent pas à payer une taxe de luxe afin d'augmenter leur masse salariale. On pourrait ainsi se retrouver dans une situation similaire en Formule 1 si les grandes écuries décident de simplement payer les amendes imposées pour des dépassements de coûts.

Zak Brown et Mattia Binotto, notamment, font aussi partie de ceux qui réclament des sanctions sportives pour Red Bull afin d'établir la crédibilité et la pertinence du plafond.

Par contre, une autre question se pose : est-ce que la F1 devrait imposer des pénalités sur le championnat de 2021, soit celle du dépassement de coût, ou devrait-on imposer des pénalités à la suite de la décision, comme le propose Zak Brown? Ce dernier a notamment suggéré, dans une lettre envoyée à la FIA, de réduire le plafond d'une écurie prise en défaut et de réduire le temps autorisé en soufflerie, par exemple.

Et il y a aussi l'envers de la médaille, soit le côté de Red Bull, qui doit avoir la chance de se défendre, surtout qu'il s'agit de la première année que ce règlement est en vigueur. Peut-il s'agir d'une simple erreur de bonne foi? Est-ce que Red Bull a su déceler une zone de grise dans l'écriture du règlement et a décidé de l'exploiter? C'est ce que les écuries de Formule 1 tentent de faire chaque année avec la réglementation technique, alors il est tout à fait possible que Red Bull ait tenté la même chose avec la réglementation sportive.

Présentement, les rumeurs vont dans tous les sens. De Telegraaf, un média néerlandais, rapporte que le surplus budgétaire proviendrait des dépenses de restauration et de l'absentéisme de certains employés pour des congés de maladie. Ziggo Sport, de son côté, avance que c'est le statut d'Adrian Newey qui poserait problème. Est-il un employé de Red Bull, qui peut donc voir son salaire être exclu du plafond puisqu'il est l'un des trois plus haut salariés de l'écurie, ou est-il engagé via sa compagnie d'ingénierie, ce qui voudrait dire que son salaire doit être comptabilisé?

Bref, comme vous voyez, on nage en territoire inconnu présentement et il est très ardu de prédire quelle direction prendra la FIA. Par contre, ce sera une décision scrutée de près qui en dira beaucoup sur ce que les équipes peuvent se permettre ou non dans cette nouvelle ère de plafond sur les dépenses.

Surtout, espérons une décision claire et transparente, qui définira clairement la suite des choses. Personne n'aimerait revoir un accord secret comme celui entre la FIA et Ferrari en 2020 qui avait laissé place à tellement de spéculation.

En attendant, Verstappen peut célébrer son deuxième titre consécutif. Il peut même aider Red Bull à mettre la main sur le titre des constructeurs dès cette fin de semaine, à Austin.