Cyclisme

Avant Pogacar, un quatuor cinq étoiles

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Tadej Pogacar (Dario Belingheri)

En remportant son cinquième Tour de France dimanche à Paris, Tadej Pogacar égale le record de victoires finales d’un quatuor composé de Jacques Anquetil, Eddy Merckx, Bernard Hinault et Miguel Indurain.

À 27 ans, l’ogre slovène est le plus jeune à décrocher cinq couronnes dans la plus grande course cycliste au monde. C’est aussi sa troisième d’affilée, mais ce record-là lui échappe: Indurain a remporté ses cinq Tours en cinq saisons, de 1991 à 1995.

Anquetil, Merckx, Hinault, Indurain: rappel des succès de ce quatuor légendaire.

Jacques Anquetil : le « Maître » du temps (1957, 1961, 1962, 1963 et 1964)

Il souffle, « Maître Jacques », quand il remporte son cinquième Tour le 14 juillet 1964 à l’âge de 30 ans. Une fois n’est pas coutume, la domination du Normand a été contestée par son compatriote Raymond Poulidor. S’il est resté impérial lors des chronos, Anquetil a mal digéré un méchoui dans les Pyrénées puis a été décroché par “Poupou” dans le Puy de Dôme, où l’image des deux coureurs épaule contre épaule restera. Au Parc des Princes, il l’emporte avec 55 secondes d’avance, loin de ses standards. Après une victoire dès sa première participation en 1957, à 23 ans, Anquetil avait en effet mis la concurrence à plus de 12 minutes (l’Italien Guido Carlesi) en 1961.

Quand a-t-il loupé l’occasion d’en gagner plus? Sa rivalité exacerbée avec Louison Bobet et les talents du Luxembourgeois Charly Gaul et de l’Espagnol Federico Bahamontes lui coûtent les éditions 1958 et 1959. En 1960, il gagne le Giro, devenant le premier coureur à remporter les trois Grands Tours, mais zappe la Grande Boucle. Puis, après son 5e sacre, Anquetil décide en 1965 de privilégier un audacieux doublé Dauphiné/Bordeaux-Paris. L’année suivante, le Normand est au départ de son dernier Tour. À 32 ans, il abandonne, malade, après avoir aidé le futur vainqueur, son équipier Lucien Aimar.

Eddy Merckx : « Cannibale » sur le Tour aussi (1969, 1970, 1971, 1972 et 1974)

Comme Anquetil, Eddy Merckx s’impose dès sa première participation en 1969, acte de naissance du « Merckxisme », cette période d’ultra-domination du Belge sur son sport. Car c’est sa caractéristique première (que l’on retrouve chez Pogacar un demi-siècle plus tard) : le Tour n’est qu’une part de son oeuvre.

Ainsi, quand il fait ses débuts sur le Tour en 1969, il a déjà remporté Paris-Nice, Milan-Sanremo, le Tour des Flandres, Liège-Bastogne-Liège... Dans la Grande Boucle, cela donne d’emblée six victoires d’étape et un dauphin, Roger Pingeon, relégué à 18 minutes.

Les Tours 1970-1971-1972 ne varient guère, avec 18 victoires d’étape au total. Les écarts? Plus de 10 minutes sur le Néerlandais Joop Zoetemelk et l’Italien Felice Gimondi. Seul l’Espagnol Luis Ocaña, en 1971, le défie jusqu’à sa chute dans la descente du col de Menté. Logiquement, Ocaña l’emporte en 1973, en l’absence de Merckx qui a voulu se changer les idées en disputant Giro et Vuelta. Une « bêtise », dira-t-il plus tard, estimant qu’il aurait alors été le premier à remporter cinq Tours consécutifs, « et six à la fin ».

De retour en 1974, Merckx reprend sa domination (huit victoires d’étape). L’année suivante, il paraît avoir encore course gagnée mais cale subitement à Pra-Loup face au Français Bernard Thévenet. Victime d’un coup de poing d’un spectateur dans le Puy de Dôme, il termine deuxième sur les Champs-Élysées. En 1976, il n’a que 31 ans mais déclare forfait puis boucle son dernier Tour l’année suivante à la 6e place. Sans même glaner une 35e victoire d’étape.

Bernard Hinault : le « Blaireau », forte tête (1978, 1979, 1981, 1982 et 1985)

Merckx à peine parti, un autre patron déboule. Celui-là est Breton et, comme le Belge, il s’impose dès sa première participation, à 24 ans. Hinault construit méthodiquement ses victoires, « à la Anquetil », matant ses rivaux lors des chronos, dont Joop Zoetemelk, deuxième en 1978 et 1979. Et si son règne s’interrompt, c’est à cause de pépins physiques. En 1980, il est champion du monde mais quelques semaines plus tôt, son genou droit l’a contraint à abandonner dans le Tour.

Le « Blaireau » reprend sa domination en 1981 (le 2e Lucien Van Impe est à 15 minutes) et en 1982, qui est l’occasion d’un premier doublé Giro-Tour. Mais l’orage gronde avec son directeur sportif Cyrille Guimard et son genou grince encore. Hinault est forfait en 1983. Puis, opéré, il quitte Renault et crée avec l’homme d’affaires Bernard Tapie sa propre formation, La Vie Claire. Après une défaite face à Fignon, qui réalise le doublé en 1984, le Breton retrouve les sommets en 1985. Mais une fin de Tour marquée par une grosse chute à Saint-Étienne et un rhume lui coûte la promesse d’aider son ambitieux coéquipier américain Greg LeMond l’année suivante. Pour sa dernière, en 1986, Hinault la regrettera et jouera un rôle longtemps ambigu, jusqu’à la mise en scène des deux hommes main dans la main à l’Alpe d’Huez. À 31 ans, le Blaireau termine deuxième.

Miguel Indurain : le « roi Miguel », souverain dans les chronos (1991, 1992, 1993, 1994 et 1995)

Des saisons axées exclusivement sur le Tour, une domination outrancière dans les chronos et une capacité à suivre les meilleurs en montagne. Telle est la formule gagnante du « roi Miguel » durant cinq Grandes Boucles d’affilée.

Contrairement à ses prédécesseurs et à Pogacar, le Navarrais ne s’impose pas dès sa première participation, puisqu’il est présent dès 1985. En 1990, encore au service de Pedro Delgado, il remporte à Luz Ardiden ce qui sera sa seule victoire d’étape hors chrono. L’année suivante, le favori est encore LeMond mais Indurain, 27 ans, réalise un coup d’État dans les Pyrénées.

Claudio Chiapucci, Gianni Bugno, Tony Rominger, Alex Zuelle, Richard Virenque... Au fil des éditions, ils se casseront tous les dents sur l’Espagnol, qui fait la différence dans les contre-la-montre puis verrouille la course avec son équipe Banesto. Indurain est même parti pour un sixième sacre en 1996. Mais un Danois de 32 ans, Bjarne Riis - qui avouera plus tard s’être dopé -, écrase soudain les pédales plus fort que lui. Son règne prend fin, une période sombre s’ouvre.