L’énergie a manqué à Jérôme Gauthier lors des Championnats du monde de cyclisme sur route. Cela dit, il n’était pas question de poser pied à la maison. Le cycliste d’Amos a préféré souffrir et profiter de chaque instant d’une course sur route que « rien ne pourra égaler » durant sa carrière.
Le Torontois Ashlin Barry, qui représente les États-Unis depuis 2024, l’a emporté en solo chez les moins de 23 ans, le jour de son 19e anniversaire. Ancien cycliste canadien, son père Michael Barry avait pris part à sa toute dernière course sur route à Montréal en 2012.
Le nouveau champion du monde U23 a été en tête durant une bonne partie de la course. Il s’est retrouvé seul à un peu moins de 30 kilomètres lorsque le Danois Kristian Egholm a été décroché. Barry a alors accentué son avance sur ses poursuivants. Il a devancé l’Espagnol Hector Alvares et le Norvégien Jesper Stiansen par 53 secondes, eux qui l’ont accompagné sur le podium.
Luke Valenti a été le meilleur Canadien en 26e place (+2 minutes 29 secondes), alors qu’Adam Smith et Jonas Walton ont terminé 72e (+10 minutes 24 secondes) et 76e (+10 minutes 48 secondes).
On a vu Jérôme Gauthier franchir l’arrivée quelques minutes plus tard, au 88e rang, 15 minutes 30 secondes après le triomphe de Barry.
« Je m’attendais à une course extrêmement dure et ç’a été une course extrêmement dure. Je voulais finir sans avoir d’énergie et je n’ai plus d’énergie, alors mission accomplie », a-t-il déclaré aux journalistes, sourire au visage malgré la fatigue.
Lui et son compatriote Jonas Walton étaient les seuls coureurs du peloton à avoir pris part au Grand Prix Cycliste de Montréal deux semaines plus tôt. Gauthier s’est d’ailleurs senti plus en contrôle en début de journée, capable de mieux anticiper les virages et de bien se positionner dans le peloton. Cet atout n’aura toutefois pas suffi.
Le parcours était plus court de 40 kilomètres vendredi. Les cyclistes ont effectué 13 tours sur le circuit montréalais pour un total de 174,2 km, incluant 3497 mètres de dénivelé.
Walton s’est retrouvé en queue de peloton dès le début de la course. Gauthier, qui avait fait partie de l’échappée sur une centaine de kilomètres au Grand Prix de Montréal, a perdu un peu plus de 50 secondes sur le peloton lors du 10e tour.
« C’était à fond dans toutes les côtes et il me manquait de force dans Camillien-Houde. J’ai perdu un peu de temps, après je voulais juste prendre mon rythme pour finir la course» a souligné le Québécois.
« Un tour à la fois » est devenu le mantra de Gauthier. « Ce n’était juste pas une option d’abandonner. Je voulais continuer et toujours faire un tour de plus, jusqu’à la fin. »
« J’aurais aimé faire un meilleur résultat, mais mon objectif principal était juste de finir la course. Je n’aurai probablement jamais l’occasion de refaire des mondiaux à Montréal, même en étant dans le cyclisme d’une autre manière, alors je voulais en profiter le plus longtemps possible. »
Jérôme Gauthier caressait le rêve de participer à ces mondiaux depuis qu’ils ont été octroyés à Montréal en 2022. Du moment où il a pris le départ sur l’avenue du Parc à celui où il a franchi l’arrivée au même endroit, le champion canadien en titre pédalait sur un nuage.
« Je suis vraiment, vraiment chanceux. Il n’y a rien qui peut égaler ça dans ma carrière de vélo. […] Avec des côtes comme ça, c’est tellement dur, mais il y avait beaucoup de monde sur le bord du parcours, c’était vraiment cool. J’en ai profité le plus possible. »
Élodie Malois a tout donné
Vomir en pleine course aurait découragé bien des cyclistes, mais pas Élodie Malois. La Québécoise a plutôt choisi de poursuivre sa route au cinquième tour de la course féminine de la catégorie junior.
Elle ne s’est pas laissé abattre, mais la nervosité s’est tout de même fait sentir sur le chemin de la Côte-des-Neiges.
« J’ai pris un gel (énergétique) et j’ai commencé à vomir. On roulait tellement à bloc, j’étais au bout de mon souffle, mon ventre n’a pas aimé ça et ç’a sorti, a-t-elle raconté en zone mixte. J’ai paniqué. Je me disais : “pas maintenant!’’ J’étais avec le peloton, tout allait bien, j’avais un bon rythme et j’étais en contrôle. »
Malois a réussi à rattraper le groupe de tête en moins de deux kilomètres, juste avant la redoutable côte du Chemin de Polytechnique, qui s’est avérée encore plus difficile dans les circonstances.
« C’est arrivé où il ne faut pas que ça arrive, au bas d’une côte. […] C’était plus dur que je l’aurais pensé, ça, c’est sûr ! J’ai mouliné et maintenu un bon rythme tout au long de cette côte-là. Après, ça descendait et j’ai eu le temps de reprendre mon souffle et de prendre un peu d’eau. »
La meilleure représentante canadienne de cette épreuve réussissait à se frayer un chemin dans les ascensions, mais elle avait du mal à conserver sa place dans les descentes. Un aspect qu’elle souhaite améliorer sur son vélo au cours des prochaines années.
Motivée par la foule, l’athlète de Saint-Basile-le-Grand a complété le parcours de 80,4 kilomètres au 36e rang, malgré une crampe à un muscle ischio-jambier. Des partisans particulièrement bruyants l’attendaient à quelques mètres de l’arrivée.
« Je me suis tellement poussée. Ça montre que j’ai tout donné et que j’ai vidé ma réserve d’énergie entièrement », a souligné celle qui s’était classée 19e du contre-la-montre individuel mardi. Elle a accusé un retard de 7 minutes 5 secondes sur l’Espagnole Alejandra Neira, nouvelle championne du monde junior. Matilde Rossignoli, de l’Italie, et Anja Grossmann, de la Suisse, ont terminé deuxième et troisième au sprint.
Sandrine Veilleux, de Boucherville, s’est quant à elle classée 60e, à 14 minutes 3 secondes de la gagnante. D’abord ralentie par la chute d’une adversaire, elle a combattu un « énorme mal de tête » dès le troisième tour, accentué par les nombreux cris en bordure de la route. Paradoxalement, ce sont aussi ces encouragements qui l’ont motivée à terminer la course.
« C’était vraiment le fun d’entendre tout le monde. J’ai pris le temps de regarder et j’ai remarqué les drapeaux du Canada, c’était vraiment beau à voir. Tout au long de la montée, j’entendais mon nom et ça faisait du bien au moral. »
Veilleux estime qu’elle ne s’est pas présentée au sommet de sa forme devant le parc Jeanne-Mance, au départ de ses premiers Championnats du monde sur route. Elle n’avait pas les meilleures jambes, de son propre aveu, et compte rebondir dès l’an prochain.






