MONTRÉAL – Assis dans son casier du Stade olympique, Pier-Olivier Lestage fixait le podium installé devant lui à l’autre extrémité du vestiaire des Alouettes, peinant quelque peu à réaliser que l’an prochain, ce ne sera plus pareil.
Son coéquipier, son ami, Marc-Antoine Dequoy, n’y sera plus.
Devant sa conjointe, son père, des membres de l’organisation et quelques-uns de ses coéquipiers, c’est dans cette pièce que le maraudeur bienaimé des partisans montréalais a confirmé mardi que c’était fini.
Un contrat répondant à toutes ses exigences lui avait bien été offert, mais c’est aux petites heures du matin lundi que Dequoy en est venu à la conclusion implacable que son « corps ne peut plus suivre ».
« Marc-Antoine et moi, on s’est suivi un petit peu dans nos carrières, chez les Carabins et chez les Alouettes, alors c’était important de lui payer un dernier hommage, d’être là pour sa grosse journée », confiait Lestage, dans les minutes suivant l’annonce de la retraite du Québécois de 31 ans.
« Je suis ici pour souligner qu’il a eu une très belle carrière avec les Alouettes et qu’il ne se sera pas oublié. »
Dans le cœur de ses fidèles, bien sûr, mais aussi dans celui de ses frères d’armes.
« C’est sûr que c’est difficile pour lui et pour tous les joueurs des Alouettes, surtout nous les Québécois. C’était pas mal le cœur et l’âme du noyau de joueurs québécois. Ça va être difficile de ne pas l’avoir avec nous l’année prochaine, mais en tant qu’athlète, il faut juste qu’on aille de l’avant et qu’on essaie de lui faire honneur. »
— Pier-Olivier Lestage
« C’est définitivement quelqu’un qui a laissé sa marque et qui laisse un certain trou à remplir pour les gars qui vont devoir s’élever », a ajouté le spécialiste des longues remises Louis-Philippe Bourassa.
S’ils se sont par ailleurs dits surpris par la dure décision de Dequoy, ses coéquipiers la comprennent. Car eux aussi, un de ces jours, n’auront d’autre choix que de prendre la même décision avant qu’il ne soit trop tard.
« On est des joueurs de foot et on sait que nos carrières ne sont pas éternelles, mais par orgueil on peut être tenté de jouer une autre saison. On se dit qu’on est capable de jouer un autre match. C’est difficile de réaliser que ton corps ne suivra peut-être pas pour 18 games », a témoigné Lestage, un joueur de ligne offensive de 28 ans qui amorcera sa cinquième saison dans la LCF l’été prochain.
« Je suis vraiment content pour lui qu’il ait pris cette décision et qu’il s’écoute. Il va peut-être être capable de jouer avec ses enfants un peu plus tard au lieu d’avoir mal dans le dos tout le temps. C’est tout à son honneur », a poursuivi Lestage.
« Je pense qu’il en avait encore beaucoup dans les jambes, mais c’est cool de voir quelqu’un se retirer au top et après avoir accompli tout ce qu’il voulait accomplir. Le voir le faire avec le sourire, c’est encore plus cool », a de son côté commenté le receveur canadien Tyson Philpot.
« Quand je vais me retirer un jour, j’espère pouvoir dire que j’en ai accompli autant que lui », a ajouté Philpot.
« Il est où Dequoy? »
Si le départ de Dequoy crée un trou certain dans le vestiaire, il sera fera assurément aussi sentir dans la communauté.
Les partisans des Alouettes, pour qui Dequoy a toujours été présent, devront se trouver un autre favori.
« Chaque fois que j’allais à un match des Alouettes, c’est fou comment les gens convergeaient vers lui », a souligné son ami et agent Sasha Ghavami. « Ce qui m’impressionnait le plus, c’est à quel point il passait du temps avec tout le monde après les matchs. Gagne ou perd, peu importe, il était toujours là. »
« À la blague dans le vestiaire, on l’appelait le maire de Montréal », a révélé Lestage.
« Tous les joueurs, on voyait à quel point il était important. Après les matchs, c’était toujours pareil. Des kids venaient nous voir, on leur signait un autographe, et ils nous demandaient toujours : “Il est où Dequoy? On veut le voir!”. On a vu à quel point il était important pour l’organisation et cette base de partisans. »
Questionné à savoir ce que ses plans d’avenir lui réservaient à court terme, Dequoy a promis de prendre du temps pour lui. Pour la première fois depuis une éternité, il pourra enfin prendre des vacances avec sa conjointe Victoria cet été.
Après, ce ne sera pas les options qui manqueront. On peut affirmer sans trop risquer de se tromper que vous devriez le revoir sur l’écran de votre choix. Une carrière dans les médias apparaît comme naturelle. Tout comme un rôle d’ambassadeur à la Jean Béliveau pour les Alouettes.
Le coaching? Qui sait…
« Il a cette personnalité et cette capacité à créer des liens entre les gars, observe Philpot. Mais il a tellement d’autres choses à faire en dehors du football. C’est ce qui est vraiment cool chez lui. Il n’est pas quelqu’un qui se limite à une seule voie.
« Ce serait vraiment cool [de le voir devenir entraîneur un jour], mais j’aimerais le voir se lancer d’abord dans une nouvelle aventure, puis peut-être revenir plus tard dans sa carrière. »
Chose certaine, malgré son attachement pour la défense de la langue française, exprimée au grand jour dans une entrevue que vous avez déjà vu passer, Dequoy ne s’aventurera pas sur le terrain politique.
« Je m’en vais prendre la place de PSPP (Paul St-Pierre Plamondon, chef du Parti Québécois, NDLR) », a-t-il d’abord blagué lorsqu’interrogé à savoir s’il songeait à se lancer.
« J’apprécie vraiment ce que les femmes et hommes politiques font, ce n’est pas facile et on a besoin d’eux pour notre société, mais ce n’est pas dans mes plans. »













