MONTRÉAL – Les larmes ont rempli les yeux de Luc Brodeur-Jourdain dès qu’il a prononcé les mots confirmant son départ des Alouettes de Montréal.
Car, si des milliers de joueurs ont porté l’uniforme des Alouettes, difficile d’en identifier plusieurs qui ont mieux représenté les valeurs de cette organisation.
Dur, travaillant, intelligent et rassembleur, Brodeur-Jourdain a tout donné pour les Alouettes durant 17 saisons (10 comme joueur et 7 comme entraîneur) après avoir été sélectionné au dernier rang du repêchage de la LCF en 2008.
« Si je suis émotif, ce n’est pas par tristesse, mais par reconnaissance. Je suis reconnaissant envers l’organisation. Tout l’amour que j’ai reçu durant autant d’années. En tant qu’athlète et entraîneur, tu reçois énormément et tu essaies de donner autant. Mais je pense que tu n’es jamais vraiment en mesure d’y parvenir. Ça me rend émotif de quitter par moi-même, mais je suis extrêmement reconnaissant de toute cette aventure », a-t-il habilement résumé en cédant son poste d’entraîneur de la ligne offensive.
Le logo des Alouettes qui est tatoué sur son cœur, il ne disparaîtra jamais.
« Ce sera difficile de complètement tourner la page entre mes deux oreilles. Pour moi, l’identité des Alouettes est très forte et ça ne me quittera pas du jour au lendemain. En toute franchise, je ne sais pas si je vais être en mesure de le faire », a exprimé l’homme de 42 ans.
L’annonce de son départ a suscité une vague d’appréciation.
« Je l’aime comme entraîneur et comme personne. Il est incroyable, il procure de l’énergie au groupe tous les jours. Cette année, pour la première fois, il m’a laissé l’appeler Coach. Auparavant, il me disait ‘Je ne suis pas un coach, je suis un joueur’ », a confié Davis Alexander avec le sourire.
« Son départ fera mal, mais c’est plus important qu’il prenne soin de lui et sa famille. Je suis très reconnaissant envers Luc, il m’a aidé à grandir en tant que personne, joueur et meneur. Tout le monde partage le même sentiment. Merci beaucoup », a ajouté le quart-arrière des Alouettes.
« On a eu un long appel. À la fin, on ne parlait plus tant, c’était très émotif. Tout le monde l’apprécie énormément dans l’organisation. Il y a des gens qui sont des coachs et d’autres qui aiment le titre. LBJ, c’est un coach, un vrai. Je voulais gagner avec lui et je suis content d’avoir eu la chance de le faire », a témoigné Maciocia.
En 2019, Brodeur-Jourdain avait vécu sa première retraite émotive, celle de joueur. En se lançant dans le rôle d’entraîneur, il a facilité ce deuil. Cette fois, il se lance plutôt dans le vide, sans savoir ce que l’avenir lui réserve.
« J’aimerais obtenir une expérience administrative pour me replonger dans mon profil scolaire. J’ai été élevé dans une entreprise familiale. La gestion d’entreprise est importante pour moi, j’ai ce feu à l’intérieur », a lancé dans l’univers celui qui détient un baccalauréat en administration et qui aimerait compléter les dernières étapes de sa maîtrise.
Un retour comme président?
Avec ses compétences académiques, son immense expertise de l’organisation et le merveilleux lien qu’il a développé avec les partisans, quelques observateurs bien avisés le verrait éventuellement agir comme président des Alouettes.
« Je vais être extrêmement transparent, ça fait partie de mes ambitions de carrière. Mais la journée que ça se produira, je devrai me sentir fort et qualifié pour pousser l’organisation vers le haut. Je ne le ferai pas grâce à mon statut ou par ambition personnelle », a-t-il précisé avec sa rigueur habituelle.
« Chose certaine, je ne pourrai pas devenir propriétaire », a-t-il ajouté en riant.
Le nid réparé, il choisit sa famille
Brodeur-Jourdain a vécu l’euphorie de soulever la coupe Grey à ses deux premières saisons avec les Oiseaux. Mais il a également subi les longues années sombres avant le récent retour en force.
« Si j’en avais le luxe, je voulais quitter les Alouettes quand tout irait bien. C’est ce que je ressens. On est une équipe très unie et très forte. Je me considère privilégié d’avoir vécu cette atmosphère unique. Est-ce que je vais vivre mieux ? Je ne crois pas », a reconnu Brodeur-Jourdain.
En tant qu’entraîneur, c’est impossible de compter les heures. Habitant dans la région de Saint-Hyacinthe, Brodeur-Jourdain a souvent dormi au Stade olympique afin de s’acquitter de son exigeant mandat.
En pensant au bonheur de sa jeune famille, le moment était venu de quitter son amour du football pour privilégier son plus grand amour.
« C’est le contrecoup de tous les entraîneurs et les joueurs. C’est un travail exigeant. Mes enfants et ma femme ont eu des étés avec un père absent et j’aimerais bien leur offrir quelques étés avec un père présent », a-t-il noté.
Homme de cœur, Brodeur-Jourdain ne pouvait pas trouver un plus beau souvenir que la naissance de son fils, Noah, le 20 septembre 2015 alors qu’il avait été en mesure savourer une victoire sur le terrain à peine quelques heures plus tard.
« On avait une saison difficile. Ça faisait plus d’un mois que ma femme était alitée à l’hôpital et elle a eu besoin d’une césarienne d’urgence. J’avais appelé Jim Popp pour lui dire que je ne croyais pas pouvoir jouer le match. Finalement, le médecin m’avait dit que j’aurais peut-être le temps. J’ai regardé ma femme et elle m’avait dit que je pouvais y aller. On avait gagné le match contre Winnipeg (34-15). C’était une journée folle », s’est rappelé Brodeur-Jourdain qui avait été escorté par la police puisque les rues étaient fermées en raison du marathon de Montréal.
Si on exclut Marc-Antoine Dequoy, Brodeur-Jourdain est sans contredit le joueur qui a consacré le plus de temps aux partisans. Il a signé des milliers d’autographes et pris encore plus de photos.
« De prendre du temps pour remercier les gens et leur parler de football ou de la vie, ç’a toujours été important pour moi, car ils ont pris du temps et leur argent pour venir nous voir jouer », a-t-il justifié.
Dans un avenir rapproché, Brodeur-Jourdain assistera à son premier match comme spectateur.
« Je veux revenir aux matchs, je veux vivre ça avec les partisans », a conclu ce gentilhomme qu’on espère revoir dans l’organisation à moyen terme.






