COLLABORATION SPÉCIALE 

Je m’imagine déjà certains partisans des Alouettes vouloir relativiser la victoire de samedi, en raison du fait que les Blue Bombers de Winnipeg s’étaient amenés au Stade Percival-Molson avec plusieurs éléments partants en moins.

« Il ne faut pas partir en peur avec une victoire contre une équipe B », diront les plus sceptiques à l'endroit des Als.

Mais que ce soit le quart-arrière régulier ou son réserviste qui est derrière le centre, il faut quand même se présenter remporter le match, et à ce chapitre, on peut lever notre chapeau aux hommes de Khari Jones, qui ont offert une très belle prestation de 60 minutes… c’est-à-dire 15 minutes de plus que lors du dernier affrontement entre les deux clubs, alors que les Als n’avaient pas été dans le coup au 4e quart!

Ça avait pourtant commencé drôlement en nous laissant une impression de déjà-vu avec un cafouillage des unités spéciales sur le tout 1er jeu du match. C’était non sans rappeler que le même scénario s’était produit à Winnipeg. Le cadeau offert aux visiteurs, dans l’affrontement initial, avait mené à un touché rapide sur 33 verges. Cette fois, ça aura pris trois jeux et 19 verges aux Bombers pour obtenir le majeur.

Pas idéal pour une équipe qui gagne le tirage au sort, choisit de commencer avec le ballon afin de donner le ton au duel, de plutôt finir par donner la possession à ses adversaires avant même que l’attaque ait mis le pied sur le terrain.

Mais comme la semaine dernière, ç’a été un gros revirement provoqué par l’unité défensive qui a arrêté l’hémorragie et stabilisé les choses. Peu après, Trevor Harris repérait Eugene Lewis dans la zone des buts pour porter le score à 7-6 en faveur des Alouettes.

On peut réellement dire qu’à partir de ce moment, les Montréalais ont pris le contrôle du match et qu’ils n’ont jamais regardé derrière. C’est évidemment ce qu’on espérait voir contre un club qui envoyait un quart inexpérimenté, et ça s’est concrétisé sous nos yeux.

Il allait être intéressant de voir de quelle façon on allait attaquer un quart à son 1er départ dans la LCF. Allait-on l’attaquer physiquement en appliquant de la pression sans arrêt? Ou plutôt psychologiquement en lui présentant des stratégies auxquelles il ne s’attendait pas dans les couvertures de passes? Finalement, c’est la 2e option qui a été privilégiée par les Als. On a présenté beaucoup de pression à quatre joueurs, et la tactique a fonctionné, car ça avait l’air d’aller vite pour Sean McGuire, même si au final, il n’a pas encaissé de sac du quart.

Ça ne veut pas dire qu’on n’a exercé aucune pression pour le rendre nerveux, mais c’était un choix stratégique. Quoi que je suis certain que le coordonnateur défensif Barron Miles aurait apprécié qu’un sac ou deux soient obtenus. N’empêche que McGuire a été embêté par ce que les Als lui présentaient, et il a été victime d’interceptions qui nous amenait à nous demander : « Mais qu’est-ce qu’il regardait au juste? » La réponse : il y avait constamment des joueurs des Alouettes entre lui et ses receveurs, et ça l’a mêlé à plus d’une reprise. Il a terminé le match avec 46 % de passes complétées (11 en 26) et quatre interceptions.

Le jeune quart n’a pas jamais été en mesure de prendre la confiance, à l’exception d’une séquence rapide avec deux jeux explosifs menant au 2e touché de Winnipeg. Bref, mission accomplie pour les Oiseaux à son endroit.

Une attaque méthodique et patiente

Si on regarde du côté de l’attaque maintenant, il y a plusieurs qualificatifs qui me viennent en tête pour décrire leur performance. Elle a été méthodique, patiente, peu gourmande. Elle a pris ce que ses adversaires lui laissait. Au final, l’unité pilotée par Trevor Harris a eu le ballon pendant plus de 39 minutes et elle a déployé 60 jeux pour des gains plutôt modestes – il faut en convenir – de 252 verges offensives, à coups de 4,2 verges par jeu.

Ce ne sont pas des chiffres à couper le souffle, mais ça vient confirmer que l’attaque a été patiente et méthodique. D’ailleurs, elle avait tout le loisir de l’être puisqu’elle a bénéficié d’un positionnement de terrain avantageux pendant à peu près tout le match en raison des nombreux revirements provoqués par la défense. C’est plus difficile d’amasser des verges sur un terrain court de moins de 50 verges que lorsque le mandat est de traverser le terrain. Donc, rien d’alarmant de ce côté, à mon avis. Ça avait tout à voir avec le contexte de la rencontre.

Quant au boulot accompli par Harris, j’ai bien aimé le match qu’il a disputé. Les trois passes de touché qu’il a décochées ont fait preuve d’une belle précision et sont de beaux exemples du doigté qu’il possède. Sur ses deux connexions avec Lewis pour le majeur, l’emplacement du ballon était parfait. Il a mis le ballon exactement là où il devait être pour son grand receveur. Il n’y avait aucune chance pour le joueur défensif de toucher au ballon.

On est restés patients avec l’attaque au sol, d’autant plus que l’unité offensive des Bombers était si anémique qu’il n’y avait rien à craindre. William Stanback n’a engrangé que 3,6 verges par course, et au total, ç’a été une récolte de 94 verges sur 29 courses. Rien pour écrire à sa mère, mais il est important de rappeler que cette statistique renferme les sept faufilades du quart tentées par Shea Patterson. Mine de rien, ce sont des jeux importants car ils servent à obtenir des premiers essais la grande majorité du temps.

L’équilibre dans l’appel des jeux demeure donc un élément synonyme de victoire pour les Als, même avec le vétéran Harris au poste de quart. Face aux Bombers samedi, le ratio a été de 29 courses pour 26 passes. À ce jour, Montréal n’a toujours pas subi la défaite cette saison lorsque le total des jeux au sol dépasse celui des jeux aériens.

La récolte de 28 points nous laisse quelque peu sur notre appétit, il faut l’avouer. On a fait preuve d’un certain opportunisme, mais pas suffisamment, avec toutes les opportunités qui se sont présentées. Un total de 18 points ont été inscrits au tableau à la suite de revirements créés par la défense montréalaise, mais lorsque l’adversaire te remet le ballon cinq fois et que tu obtiens le ballon en moyenne à la ligne de 47, je ne veux pas me montrer trop sévère, mais il n’en demeure pas moins que c’est possible de faire bien mieux.

Des unités enfin un peu plus spéciales!

Je disais à blague la semaine dernière que jusqu’à preuve du contraire, les unités spéciales des Als ne méritaient pas qu’on les appelle « spéciales ». Elles se sont rachetées de belle façon cette fois, mis à part ce premier jeu du match qui lançait bien mal la rencontre. L’unité de couverture des bottés de dégagement a notamment fait de l’excellent boulot, avec un gain net moyen de 40,4 verges sur les bottés. Les retourneurs adverses ont été limités à 2,4 verges par retour. Bref, difficile de demander mieux lorsqu’il faut donner un rayon de 5 verges au retourneur.

En moyenne, Winnipeg a débuté ses 15 séquences à sa ligne de 34, tandis que Montréal les a amorcées en moyenne à son 47. Au total, c’est un avantage net non-négligeable de 195 verges dans la bataille du positionnement. Et c’est notamment attribuable au beau travail des unités spéciales, qui en ont rassuré plusieurs. Ça fait du bien, et j’espère que c’est ce qui les relancera à long terme car les trois phases doivent contribuer en football éliminatoire.

On ne sait pas où le match sera joué, mais on sait déjà que les Tiger-Cats de Hamilton seront les rivaux en demi-finale de l’Est. Cette équipe possède d’excellentes unités spéciales, alors il faut que ça reparte dans la bonne direction de côté pour les Als également.

Globalement, on peut parler d’un résultat très positif pour les Alouettes, avec un ratio de revirements de +4 et seulement trois pénalités pour 20 verges. Marc Trestman avait déjà affirmé que pour lui, le football canadien est un sport de « 57 + 3 », en ce sens qu’il faut rester éveillé dans les trois dernières minutes du match. Pour ma part, j’avais mentionné plus tôt cette semaine que je souhaitais voir un « 45 + 15 » pour que les Als gardent la pédale au plancher au 4e quart. C’est ce qu’on a vu samedi, alors qu’ils ont continué d’imposer leur volonté aux Bombers dans les 15 dernières minutes de jeu.

Et en terminant, j’étais heureux de voir Als ajouter à leur maigre récolte de victoires à domicile. Ça ramenait leur fiche au Stade Percival-Molson à 3-3 pour l’ensemble de la saison. Ce n’est pas assez, mais on est au moins revenus à la barre des ,500.

Le mot « protection » était essentiel à mon sens samedi : il fallait protéger le ballon, protéger la maison en gagnant devant nos partisans et protéger le quart-arrière. Cette dernière facette est la seule qui a été moins bien remplie, alors que Harris a été victime de trois sacs. Les nombreux changements sur la ligne offensive ne sont pas idéaux et expliquent en partie que cet aspect reste précaire à ce jour.

Il reste à voir maintenant ce qui se déroulera dans la dernière semaine d’activités, alors que les Als détiennent encore une chance de disputer leur 1er match éliminatoire à domicile. Il faudra cependant battre le Rouge et Noir d’Ottawa, tandis que Hamilton devra s’incliner devant les Roughriders de la Saskatchewan, qui en vertu de leur victoire acquise ce week-end reposeront plusieurs partants.

Les Als déploreront peut-être le fait que les Riders n’auront pas les éléments pour leur refiler un petit coup de main, mais en même temps, ils n’avaient qu’à les battre lors de leur affrontement du 30 octobre dernier!

Ce que je retiens, c’est que pour l’instant, les Oiseaux ne contrôlent que ce qui les concerne, et c’est de gagner vendredi soir prochain contre Ottawa. Ensuite, ils pourront jouer le rôle de spectateurs et espérer que des Riders amoindris réussissent à jouer les trouble-fête au Tim Hortons Field.

* propos recueillis par Maxime Desroches